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Tout le monde dégage une odeur. Pas seulement après le sport ou une journée d'été particulièrement chaude: nos corps émettent en permanence des milliers de molécules chimiques, perceptibles ou non, qui racontent des choses très précises sur notre état de santé. Certaines de ces effluves trahiraient une maladie, parfois des années avant l'apparition des symptômes. C'est cette intuition qu'a confirmée une incroyable histoire relayée par la BBC: celle d'une Écossaise capable de «sentir» la maladie de Parkinson.
Lorsque la chercheuse Perdita Barran a entendu parler pour la première fois de Joy Milne, elle a cru à une farce. «Elle doit simplement renifler des personnes âgées, reconnaître les symptômes de Parkinson et faire une association», se souvient-elle avoir pensé. Pourtant, la septuagénaire, ancienne infirmière à Perth en Écosse (Royaume-Uni), affirmait percevoir une odeur musquée très particulière chez les personnes atteintes de cette maladie. L'idée lui était venue des années plus tôt, lorsqu'elle avait remarqué que son mari, Les, dégageait une nouvelle odeur; c'était bien avant son diagnostic clinique.
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Intrigués, Perdita Barran et le neuroscientifique Tilo Kunath ont décidé de mettre cette affirmation à l'épreuve. Ils ont confié à Joy Milne douze t-shirts: six portés par des personnes malades, six par des volontaires sains. Elle a tout bonnement fait un sans-faute et même mieux: elle a désigné une personne «soupçonnée» qui, moins d'un an plus tard, a effectivement été diagnostiquée. «C'était incroyable, raconte Perdita Barran. Elle a pré-diagnostiqué la maladie, exactement comme elle l'avait fait pour son mari.»
Depuis, l'histoire de Joy Milne a fait le tour du monde et une explication a même été trouvée à ce talent hors du commun. Cette femme souffre d'hyperosmie héréditaire, une hypersensibilité olfactive qui fait d'elle un «super-nez». Or, son cas n'est pas isolé: chaque maladie modifie notre métabolisme, donc les composés organiques volatils (COV) libérés par notre peau, notre sueur ou notre haleine. Ces variations chimiques modifient notre empreinte odorante sans que nous en ayons conscience.
Certaines pathologies produisent des signatures olfactives si nettes qu'un nez humain peut les déceler. Un diabétique en hypoglycémie émettra par exemple une haleine aux relents de fruits pourris, en raison d'un excès de cétones dans le sang. L'insuffisance hépatique sent parfois le soufre, l'insuffisance rénale l'ammoniaque. Même certaines infections dégagent des odeurs typiques: le choléra, la tuberculose ou le Clostridium difficile peuvent influencer les effluves d'un patient avant même son diagnostic clinique.
Des dépistages simplifiés
Mais pour repérer les maladies de manière systématique, il faut des nez d'exception. Les chiens, dotés d'un flair jusqu'à 100.000 fois plus puissant que le nôtre, ont déjà été entraînés à identifier le cancer du sein, des poumons, de la prostate, le diabète, l'épilepsie ou même le paludisme, avec des taux de succès parfois spectaculaires. «C'est fou de se dire qu'on continue à faire des biopsies alors que le signal est déjà manifeste et détectable», peste le physicien Andreas Mershin, cofondateur de la start-up RealNose.ai, qui conçoit un «nez robotique» inspiré de celui des chiens.
L'enjeu aujourd'hui est en effet d'imiter ces performances avec des capteurs artificiels. L'équipe de Perdita Barran, à l'Université de Manchester (Angleterre), a mis au point une méthode d'analyse du sébum humain grâce à la chromatographie en phase gazeuse. Parmi les 25.000 composés chimiques identifiés sur la peau, une trentaine se distinguent systématiquement chez les personnes atteintes de Parkinson. Ces molécules, souvent issues d'un dysfonctionnement du métabolisme des lipides, pourraient bientôt servir de biomarqueurs pour un test de dépistage simple: «Nous voulons un test très rapide, non invasif, qui permette de trier les patients de manière efficace, avant qu'ils voient un neurologue qui leur donnera une réponse définitive», explique la chercheuse.
Chez RealNose.ai, Mershin tente de fusionner biologie et intelligence artificielle. Son équipe cultive en laboratoire de véritables récepteurs olfactifs humains à partir de cellules souches, qu'elle connecte à un réseau neuronal capable de repérer des motifs d'activation spécifiques au cancer de la prostate. «Connaître les composants d'un échantillon ne suffit pas, souligne-t-il. C'est comme pour un gâteau: la liste des ingrédients ne dit rien du goût ou de l'odeur. Ce qui importe, c'est la manière dont vos capteurs interagissent avec les composés volatils, et dont votre cerveau traite l'information et la transforme en expérience de perception.»
Quant à Joy Milne, elle travaille désormais aux côtés des chercheurs. À 75 ans, elle ne participe plus aux tests olfactifs, trop éprouvants émotionnellement, mais son «don» a ouvert une piste prometteuse pour des millions de patients. «Ce que je trouve remarquable, conclut Perdita Barran, c'est que Joy et Les, tous deux formés à la médecine, ont su reconnaître la signification de cette odeur inhabituelle. Leur histoire nous rappelle que chacun devrait être acteur de sa santé, de celle de ses amis ou de sa famille –et ne pas hésiter à faire des remarques et à agir s'ils pensent que quelque chose ne va pas.»





























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