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Derrière les plages de Tel Aviv et les selfies au Mur des Lamentations se cache un programme bien rodé de diplomatie publique made in Israël.
Tourismes politiques et valises diplomatiques
Dans une émission au titre révélateur — « Entre besoin et quête de vérité : pourquoi des influenceurs francophones se tournent vers Israël » — l’analyste Isabelle Bloch-Azoulay détaille les modalités du dispositif. L’Agence juive et le KKL ont invité une dizaine de créateurs de contenu, principalement français et belges, à un séjour en Israël. Objectif officiel : leur faire découvrir le pays « de l’intérieur ». Objectif réel : transformer ces jeunes gens en relais dociles de la communication gouvernementale israélienne.
Ces « Avengers du net » — le terme est employé sérieusement dans le reportage — défendaient déjà la cause israélienne sur TikTok et Instagram. Anciens entrepreneurs sans succès, vidéastes amateurs en quête de reconnaissance ou simples militants du clavier, ils ont trouvé dans ce programme une consécration : leurs convictions valent désormais un voyage tous frais payés.
Le reportage met en avant Boris Daune. Ce Belge très suivi a fait son alyah après des menaces de mort. D’autres sont convaincus que leur combat pour la hasbara — la propagande pro-israélienne dans le langage diplomatique — gagnera en crédibilité s’il est mené depuis Tel Aviv. Comme si poster une story depuis une plage de Jaffa rendait soudain plus objectif un discours de soutien inconditionnel à l’État hébreu.
Le soutien prend des formes classiques : voyages, hébergements, formations, networking. Aucun salaire mensuel, aucun contrat « un post = X euros », mais des prestations dont le coût total dépasse sans doute ce que gagnent ces jeunes gens en un an de création de contenu. Ces influenceurs étaient déjà engagés avant le programme, insiste le reportage. L’argument classique : « ils le faisaient déjà gratuitement, alors pourquoi pas avec notre aide ? » Comme si le passage à la caisse ne modifiait pas radicalement la nature du discours.
🚨🇫🇷 C’EST CONFIRMÉ : des influenceurs français sont bien financés par des organisations israéliennes pour défendre Israël sur les RS !
Sur i24NEWS, l’Agence juive + KKL-JNF admettent payer des créateurs de contenus pour propager la hasbara (arguments pro-Israël destinés à… pic.twitter.com/nVvInqDyXE
— The News (@thenews_fr) March 15, 2026
Diplomatie publique ou ingérence caractérisée ?
Le reportage d‘i24NEWS utilise le terme aseptisé de « diplomatie publique ». Traduction : un État étranger finance des ressortissants français et belges pour orienter l’opinion dans leurs pays d’origine. Les États-Unis, la France ou l’Allemagne font-ils la même chose ? Sans doute. Mais ils le font généralement avec plus de discrétion, et surtout, ils ne prétendent pas soutenir des « citoyens engagés » quand ils arrosent d’argent des relais d’influence.
La différence fondamentale : ces programmes occidentaux visent à promouvoir la langue, la culture, l’attractivité économique. Israël, lui, finance des jeunes gens dont le contenu se résume à défendre une politique de colonisation, à justifier des bombardements sur Gaza, à relativiser l’apartheid. La nuance a son importance.
Le reportage insiste lourdement sur la « transparence » du dispositif. Comme si le fait d’assumer rendait soudain acceptable ce qui ne l’est pas. Comme si un État étranger pouvait tranquillement acheter l’influence de citoyens européens au nom de la « liberté d’expression ».
L’exploitation cynique du malaise identitaire
Le reportage d’i24NEWS ne cache pas non plus l’argument le plus discutable du dispositif : l’exploitation du sentiment d’insécurité d’une partie de la jeunesse juive française et belge. Hausse des actes antisémites, sentiment d’abandon, peur diffuse… Tous ces éléments sont mobilisés pour justifier ce programme. Comme si le malaise d’une communauté devait naturellement déboucher sur un engagement pro-israélien sponsorisé.
L’Agence juive constate une augmentation des demandes d’alyah, rappelle le reportage. Traduction : la peur des Juifs d’Europe est une opportunité pour Israël. Ces jeunes gens qui ne se sentent plus chez eux en France ou en Belgique deviennent, une fois pris en charge par les institutions israéliennes, les meilleurs ambassadeurs d’une politique que beaucoup, chez eux, récusent.
Le cynisme atteint son comble quand le reportage présente ces influenceurs comme des victimes cherchant refuge. Ils sont en réalité devenus des instruments, des porte-voix dociles d’un État qui instrumentalise leur détresse personnelle pour servir ses intérêts stratégiques.


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