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Solarec, à Libramont, transforme chaque année environ 1,6 milliard de litres de lait et va lancer produit sans lactose (vidéo)

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Geoffray Paulus est le patron de la société anonyme Solarec. Dans une interview qu'il nous a accordée, il explique le plan d'investissement de 145 millions d' € que son CA a validé en novembre dernier. Cela va permettre d'améliorer encore la valorisation du lait fourni par la coopérative Laiterie des Ardennes en diversifiant notamment la production. Une nécessité pour rendre l'outil pérenne, à l'heure où les cours du lait sont au plus bas.

Le groupe est composé de deux entités principales : La Laiterie des Ardennes, une coopérative actionnaire majoritaire (avec plus 90 %) de Solarec qui est l'autre entité qui transforme et commercialise le lait venant de la Laiterie des Ardennes. Benoît Hoscheit est CEO de cette coopérative et en même temps directeur financier du groupe ; Patrick Georges, est le directeur industriel du groupe et Geoffrey Paulus, le directeur général de Solarec.

Geoffrey Paulus combien de personnes votre groupe emploie-t-il ?

Nous occupons 600 personnes pour l'ensemble des deux entités. Nous avons aussi une unité de production de mozzarella à Baudour (Saint-Ghislain) dans le Hainaut.

Combien de coopérateurs rassemble la Laiterie des Ardennes ?

Actuellement 1 950 coopérateurs qui sont aussi nos producteurs de lait. Plus de 90 % de notre lait vient de toute la Belgique et le reste est produit par nos actionnaires minoritaires français du nord (exclusivement des coopératives) ou du Grand-Duché.

Quelle est votre stratégie de production aujourd'hui ?

On est un des plus gros producteurs de poudre de lait, sans doute dans le top 10 européen. Mais notre stratégie a pour objectif de réorienter la transformation de notre lait davantage vers l'horeca et le retail. Aujourd'hui, 80 % de notre business, ce sont les ingrédients industriels comme la poudre de lait, le beurre, la mozzarella et le concentré de lactosérum. Quelque 15 % se font vers la grande distribution et concernent le lait UHT et les paquets de beurre de 250 grammes. Les 5 % derniers pour cent se font avec l'horeca (lait, beurre et beurre de tourage) en plus gros conditionnement.

Quand vous parler de réorientation, comment votre business va-t-il se faire dans les prochains mois, alors ?

On va réduire la partie ingrédient industriel de 80 à 60 % pour la grande distribution avec la production de fromages à pâte semi-dure et le concentré de protéines de lactosérum (WPC80) ; mais on va augmenter la part de 15 à 20 % pour la grande distribution avec notamment le lait sans lactose ; mais aussi faire passer la part vers l'horeca et la boulangerie de 5 à 20 % avec notamment la production de deux crèmes en formats 1 litre, l'une culinaire (18 % MG) pour les chefs et l'autre à fouetter (35 % MG) pour les boulangers. Notre investissement de 145 millions d'euros va servir à implémenter cette stratégie.

Vous évoquez votre site de Baudour. Pourquoi avoir investi là-bas ?

On a choisi Baudour en 2017, parce que le coût de transport étant élevé ce site servait à la préconcentration (on écrème le lait pour avoir moins de matière à transporter jusqu'à Recogne) et que l'on a eu de plus en plus de producteurs en Flandre. À partir de là, on a décidé de produire de la mozzarella sur ce site et, avec les investissements prévus, on va fabriquer des fromages à pâte semi-dure, tout en continuant la concentration de la protéine de lactosérum (WPC 80) protéines qu'utilisent les sportifs.

À Recogne, on va construire un frigo qui va permettre de stocker 6 500 emplacements de palettes de beurre et de crème ! Jusqu'ici on externalisait le stockage de beurre parce qu'on n'avait pas assez de place. Du coup en réintégrant le stock, on fait des économies de transport.

On investit aussi aura un outil de décartonnage du beurre dans le hall de stockage, et dans un nouvel outil de barattage pour la beurrerie. On va aussi améliorer les moyens de transport de la coopérative.

"On est sur des productions de lait jamais vues"

Le lait sans lactose, c'est une révolution ?

On avait déjà lancé des études sur un lait sans lactose voici quelques années. Le trend est meilleur aujourd'hui. C'est pour cela que ce lait va être produit dès cette année.

Comment vos actionnaires ont-ils accueilli cet invest visant à cette diversification ?

Bien, d'ailleurs ce sont nos producteurs eux-mêmes qui nous demandent de mieux valoriser encore leur lait. On va ainsi mieux répondre à long terme à leur demande. Ils savent que nous sommes très sensibles à la volatilité du marché. Notre prix du lait est plus vite impacté car on a encore une petite partie du business qui va vers le retail. Or, on peut dégager une plus grande valeur ajoutée en renforçant ce retail. C'est une façon de procéder qui existe depuis le début de la création de Solarec.

L'origine du groupe remonte à 1965. La société de l'époque à Recogne est passée par différents groupes laitiers pour être, en 2001, acheté par deux coopératives qui n'avaient pas d'outil de transformation. Ces deux coopératives ont fusionné en 2010 pour former la Laiterie des Ardennes. Le début de la diversification remonte à 2004 avec le lait UHT. Une production qui s'ajoutait à la production de beurre et de poudre de lait déjà existante. C'était très intelligent car c'est une force. On est toujours dans cette logique de diversification de nos produits aujourd'hui avec ce plan d'investissement de 145 millions d'euros.

Le prix du lait a baissé si fort ? Pour quelles raisons ?

Cela s'explique par l'afflux de lait sur le plan mondial et en particulier dans la grande région. On est sur des croissances de production laitière jamais vu. Avec ce surplus, le prix du marché s'effondre. On est dans cette période-là. Dans notre modèle coopératif, notre mission est d'acheter le lait le plus cher possible à nos producteurs. On doit donc mieux le valoriser pour mieux les payer. Nous sommes mutuellement exclusifs : on leur garantit qu'on prend toute leur production de lait au meilleur prix et eux ne peuvent vendre leur lait à personne d'autre que nous.

Qui fixe les prix d'achat de lait aux producteurs ?

Notre conseil d'administration. Il fixe le prix du lait à chaque fin de mois. On regarde le chiffre d'affaires qu'on a eu, on retire les coûts et on a le prix du lait. C'est très transparent.

Êtes-vous impactés par les droits de douane américains ?

On a des impacts indirects. Des producteurs de gaufres ou de viennoiseries qui utilisent notre beurre ont des clients là-bas qui ralentissent leurs commandes. C'est un premier impact.

Ensuite, les Américains soutiennent vraiment le développement de leur production laitière et son exportation. L'Europe a importé énormément de beurre américain en 2025. Cela nous retire de la compétitivité. Nous ne sommes pas capables de rivaliser avec leurs prix. Si bien qu'une partie des acheteurs se sont tournés vers eux. Et, comme ce sont les volumes marginaux qui créent les nouveaux prix, nous avons été impactés par cela.

Et le Mercosur ? Quel impact pour vous ?

Cela n'a pas d'impact pour le secteur laitier, contrairement à d'autres secteurs, car les exportations vers l'Amérique du Sud et les achats de produits laitiers de cette région du monde sont assez faibles au niveau européen. Par contre, l'autre problème qui va surgir à la suite des bagarres douanières, c'est la Chine qui ajoute des taxes sur l'importation des crèmes et des fromages. Nous, nous n'en exportons pas, mais bien des Européens le font. Donc, la matière grasse qui ne partira plus en Chine va se retrouver sur le marché ici et cela va chambouler le marché.

110 00 tonnes de poudre de lait et 160 millions de briques de lait !

Dans ce contexte assez morose, était-ce le moment pour investir une telle somme ?

Cet investissement ne met pas nos ratios en danger. Notre santé financière est bonne et on a encore de la marge s'il y a des opportunités sur le marché, on peut encore agir. Notre chiffre d'affaires est juste en dessous du milliard d'euros. L'entreprise a été bien renforcée ces dernières années, car avec plus de lait, on a eu plus de moyens. On calcule notre capital aux cent litres. Il y a eu des augmentations de capital par les producteurs, mais maintenant c'est terminé. Le capital ne va plus bouger.

Quel est le volume de production de Solarec ?

On transforme un peu moins de 1 milliard 600 millions de litres de lait en 110 000 tonnes de poudre de lait, 50 000 tonnes de beurre (dont 4 000 tonnes en paquets de 250 g), 25 000 tonnes de mozzarella à Baudour et 160 millions de litres de lait et donc autant de briques UHT. Environ 10 % de l'activité concerne les briques de lait. Nous ne produisons pas de lait en bouteilles. Uniquement des briques et majoritairement des marques de distributeurs (Aldi, Colruyt, Lidl, Intermarché, Carrefour) ou les nôtres.

Quel est votre produit phare ?

Le véritable lait d'Ardenne. La marque la Bande des Félait, qui avait été lancée par l'APAQW, nous a été retirée car nous étions les seuls à la produire. Le produit Véritable lait d'Ardenne de la Laiterie des Ardennes est commercialisé depuis 2019. Nous avons entamé tout un plan pour d'abord améliorer le taux de distribution. En mars 2025, on a même lancé une campagne de pub avec Arnaud de Lie, dont le papa est un de nos producteurs, pour faire connaître le produit. Et cela marche plutôt bien dans un secteur pourtant très concurrentiel.

Pourquoi ce lait marche-t-il bien auprès des consommateurs ?

Cela marche parce que c'est un produit cohérent. C'est un lait local. Les gens ont envie d'acheter le produit de nos producteurs au juste prix. C'est le cas. On a tous un voisin producteur. C'est un bon moyen de les aider. Le Véritable lait Ardenne n'est pas commercialisé sous la forme d'un demi-litre comme on peut le voir en échantillonnage sur la Foire de Libramont. Mais on réfléchit à l'idée. Nous, on est convaincus, mais c'est difficile d'arriver avec une nouveauté dans un contexte fort concurrentiel.

Comment sait-on si la brique de lait ou de beurre qu'on a en main vient de chez vous à Recogne ?

C'est simple. Il suffit de se référer à l'estampille sanitaire sur l'emballage. S'il est indiqué Be L352, c'est que ce produit sort bien de notre usine de Recogne.

Envisagez-vous de créer une ligne de fabrication de fromage à Recogne aussi ?

Ce n'est pas dans les plans. Et concernant Recogne, nous constatons que certains ateliers commencent à être à l'étroit ; mais on a des terrains pour s'étendre s'il le faut. Il est envisagé aussi d'arrêter l'utilisation d'une des tours de séchage de poudre de lait qui a plus de 30 ans et est très énergivore. On va la stopper quand la fromagerie de Baudour sera opérationnelle. On pourrait construire une nouvelle tour de séchage ici à Recogne pour sécher la protéine de lactosérum produite à Baudour, mais ce n'est pas prévu dans le plan d'investissement actuel.

Quelle est l'empreinte carbone de l'usine de Recogne ?

À Recogne, nous avons atteint une autonomie de 100 % en eau et en électricité grâce à la turbine gaz vapeur, la cogénération à partir de gaz naturel, et la station d'épuration, les unités de potabilisation de l'eau de récupération après le processus de séchage du lait en poudre ainsi que nos puits.

À Baudour, on a atteint 50 % d'autonomie en électricité grâce à de la cogénération, les 1 450 panneaux solaires, etc.

Notons aussi que tous nos camions roulent au gaz. Notre bilan carbone en amélioration continue.

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