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Marjorie habite depuis une dizaine d’années dans son appartement qu’elle a acheté dans l’Est Lyonnais. Un « cocon » dans lequel elle se sent bien. Pourtant, depuis plusieurs mois, elle est confrontée à un problème de voisinage. « Je n’ai jamais vraiment fait attention à cette voisine. Elle ne sortait presque pas, ne parlait à personne, mais rien d’alarmant en soi. Au début, on pensait juste à quelqu’un de très discret », raconte-t-elle. « Les premiers problèmes ont commencé il y a environ deux ans. Une odeur un peu étrange dans le couloir, surtout l’été. On s’est dit que c’était peut-être les poubelles, ou un problème de canalisation. Puis on a commencé à avoir quelques cafards dans l’appartement. »
Habitant au premier étage de son immeuble, elle pense d’abord que les insectes proviennent du local à poubelles. Elle mène l’enquête avec des voisins et le syndic de copropriété : elle s’aperçoit alors que les odeurs et les nuisibles viennent d’une locataire du rez-de-chaussée, qui souffrirait du syndrome de Diogène. « Aujourd’hui, ce qui m’inquiète le plus, ce n’est même plus l’odeur ou les nuisibles, c’est le risque. On sait qu’il y a énormément de choses entassées chez elle. S’il y a un incendie, ça peut aller très vite. Et puis il y a aussi la question de sa santé à elle. On ne la voit presque jamais, on ne sait pas si elle mange correctement, si elle se soigne. On a fini par prévenir le syndic, puis la mairie. Des services sont passés, mais ça prend du temps », poursuit Marjorie.
Risques sanitaires, d’incendies
Le syndrome de Diogène est un trouble du comportement se caractérisant généralement par une négligence extrême du domicile, une hygiène corporelle très limitée, un isolement social et un déni de la réalité, avec des conséquences qui dépassent largement la sphère privée. La situation peut vite tourner au cauchemar pour le propriétaire comme pour les autres résidents si la personne atteinte vit en immeuble.
Car lorsque l’accumulation d’objets et de déchets devient extrême, les effets se diffusent rapidement à l’ensemble du bâtiment : odeurs, nuisibles prolifèrent, installations qui se dégradent… Dans les cas les plus avancés, les risques ne sont plus seulement gênants, mais dangereux. Les amas de papiers et de matériaux inflammables, combinés à l’absence d’entretien des installations et des appareils électriques augmentent fortement le risque d’incendie. Les fuites non traitées ou des canalisations obstruées peuvent, elles, provoquer des dégâts des eaux. À cela s’ajoutent les risques sanitaires liés aux moisissures, aux bactéries et à la décomposition de déchets, surtout organiques, qui attirent toutes sortes de nuisibles susceptibles d’affecter les voisins.
Proposer un accompagnement psychologique
Face à ces situations, locataires comme propriétaires se retrouvent souvent dans une impasse. Dans le cas d’un immeuble, la marge de manœuvre des autres résidents est étroite. Impossible d’intervenir directement dans le logement du voisin, même si les nuisances sont évidentes. Si la personne est locataire, la première étape consiste généralement à alerter le propriétaire de l’immeuble ou le syndic de copropriété, qui ont un rôle central dans la gestion de la salubrité des parties communes et, dans une certaine mesure, des logements. Lorsque la situation s’aggrave, un signalement auprès de la mairie permet de déclencher l’intervention des services d’hygiène. Ceux-ci peuvent constater l’état du logement et, si nécessaire, engager une procédure pour insalubrité.
Mais dans bien des cas, la réponse ne peut être uniquement administrative. Le syndrome de Diogène s’accompagne souvent d’un isolement social profond et d’un déni de la situation. C’est pourquoi les services sociaux jouent un rôle déterminant. Leur intervention permet parfois d’établir un contact, de libérer la parole, d’évaluer la situation et d’envisager un accompagnement psychologique essentiel. En cas de danger immédiat (suspicion d’incendie, odeur inhabituelle, inquiétude pour la santé de l’occupant), les secours peuvent être sollicités en urgence.
Du côté des propriétaires bailleurs, la situation est encore plus délicate. Car même si les dégradations sont causées par le locataire, ils restent tenus de louer un logement décent et de veiller à ce qu’il ne devienne pas dangereux. Dans un premier temps, une approche amiable est souvent privilégiée. À savoir : prendre contact, proposer une aide et, si possible, contacter la famille et les proches. Il est aussi possible de se rapprocher d’une association spécialisée dans ce syndrome. Elle pourra tenter de discuter avec le locataire et faire intervenir une aide psychologique pour débloquer la situation. Les personnes touchées, souvent en grande détresse et en souffrance, ont surtout besoin d’un suivi psychologique. La mairie peut également être contactée : elle pourra activer les services sociaux pour aider cette personne.
Des procédures souvent longues
Lorsque le dialogue est impossible ou inefficace, le recours à un constat officiel devient indispensable. Les services d’hygiène et de salubrité ou un commissaire de justice peuvent documenter l’état du logement, ouvrant la voie à des procédures. Celles-ci peuvent aller d’une mise en demeure à une action en justice pour trouble de jouissance, voire, dans les cas les plus graves, à la résiliation du bail. Mais ces démarches sont longues, encadrées, et rarement immédiates.
Si le voisin en question est propriétaire de son logement, la situation devient plus complexe, car il est libre de faire ce qu’il veut chez lui et il n’existe pas de bailleur pouvant servir d’intermédiaire. Pour autant, les voisins ne sont pas démunis. Dans une copropriété, le premier interlocuteur reste le syndic, car les nuisances relèvent du cadre collectif. Il peut adresser une mise en demeure, faire constater la situation et, si nécessaire, engager une action en justice pour trouble anormal de voisinage. La mairie peut aussi être saisie. Dans certaines situations, notamment lorsque la personne semble incapable de gérer seule sa situation, une mesure de protection juridique comme une tutelle ou une curatelle peut également être envisagée.
Dans certains cas, notamment lorsque la situation présente un danger pour l’ensemble de l’immeuble, les autorités administratives peuvent intervenir plus fermement. La mairie peut engager une procédure d’insalubrité, tandis que la préfecture peut prendre des arrêtés imposant des mesures urgentes. Si un sinistre survient, il est essentiel que le locataire soit assuré, auquel cas l’assurance du copropriétaire bailleur prendra le relais (ou celle de la copropriété le cas échéant).


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