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La fusillade survenue lundi dans un collège à Aubagne (Bouches-du-Rhône) a mis en lumière un type de violences encore peu connues et peu documentées en France : l’extrémisme violent nihiliste (EVN). L’EVN peut être décrit comme l’agrégation de communautés en ligne qui partagent une fascination pour la violence sous des formes diverses : exploitation sexuelle de mineurs en ligne, actes de torture et de barbarie ou encore violence planifiée en milieu scolaire.
L’adolescent de 14 ans, suspecté d'avoir blessé lundi le principal du collège d’Aubagne et une enseignante avec un fusil de chasse appartenant à son père, pourrait adhérer à la mouvance True Crime Community (TCC), glorifiant les tueries de masse. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a donc décidé de se saisir du dossier. C’est la première fois que le lien est fait directement en France entre un passage à l’acte et ce type de profil.
Né aux États-Unis en 1999
« La True Crime Community est un écosystème en ligne, lié à l’extrémisme violent nihiliste, rassemblant des individus fascinés par les tueries en milieu scolaire. Ce phénomène mondial est apparu avec la tuerie de Columbine (Colorado) aux États-Unis en avril 1999. Et a rapidement évolué, avec une accélération en fin d’année 2010, notamment sur Tumblr, et puis a été très fortement catalysé par la période Covid et les serveurs Discord privés », retrace le chercheur Alexandre Rodde, chercheur spécialisé en terrorisme.
« Le but pour les acteurs de la mouvance TCC est de se placer dans la lignée des attaques passées, de rejoindre ce club privé, et d’avoir un statut au sein de la communauté. Ce mouvement n’est pas structuré. Il n’y a pas un chef, pas une organisation. C’est plutôt un écosystème qui vit avec des individus à l’intérieur. Pour certains, c’est juste une fascination pour la violence sur laquelle ils échangent. Pour d’autres, cela va par exemple consister à s’habiller comme les auteurs de tueries ou faire des montages sur les attaques passées. Et pour d’autres, ce sont les prémices à une attaque réelle », explique Alexandre Rodde.
La garde à vue du collégien, scolarisé au collège Joseph-Lakanal, a été prolongée de 24 heures mardi. Photo Sipa /Alain Robert
Les communautés EVN diffusent des contenus variés, incluant des symboles extrémistes (croix gammées, symboles satanistes, etc.), sans forcément l’adhésion à une idéologie, qui si elle existe, reste secondaire.
« Explosion des faits » depuis septembre
« La TCC est un phénomène qui joue sur l’émulation », reprend Alexandre Rodde. Avec le risque d’une multiplication des actes violents. « Depuis le mois de septembre, on est sur une explosion des actions violentes liées à la TCC », observe le chercheur, qui a recensé 12 attaques liées dans le monde depuis le 8 septembre (États-Unis, Turquie, Slovaquie, Croatie, Philippines, jusqu’à la Pologne, qui a connu trois attaques liées à la TCC la semaine dernière).
Bien que minoritaire par rapport aux phénomènes tels que le djihadisme, l’ultra-droite et l’ultra-gauche, l’EVN progresse de manière inquiétante dans notre pays. En France, le premier cas lié à la TCC remonte en mars 2017 avec la fusillade de Grasse au lycée Alexis de Tocqueville où un élève de 16 ans avait blessé 5 personnes. Avant la fusillade d’Aubagne, le dernier cas remontait à mars 2026 où un collégien de 13 ans a poignardé l’un de ses camarades dans l’enceinte d’un établissement à La Rochelle. Il racontait avoir été inspiré par des vidéos en ligne de tueries de masse.
Dans un récent rapport sur l’extrémisme violent nihiliste paru en juin 2026, les auteurs Alexandre Rodde et sa collègue Alejandra Mariscal Lopez signalaient « 8 attaques dans les établissements scolaires français depuis 2008, dont 6 depuis 2024. Ces attaques ont fait un total d’un mort et de dix-huit blessés ». «La multiplication récente des faits et leur diffusion géographique (sept départements impactés) indiquent une montée en puissance du phénomène », alerte ce même rapport.
«Plusieurs dizaines de jeunes » suivis par les renseignements
« Plusieurs dizaines de jeunes sont suivis par les services de renseignement », a indiqué mardi à l’Assemblée nationale le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez. « Nous apprenons, y compris avec les enseignants, à détecter ces profils. Ce type de violence est très récent et les services de sécurité intérieure s’y adaptent », a-t-il ajouté.
Les auteurs sont principalement âgés entre 13 et 18 ans, de sexe masculin, « bien qu’on observe de plus en plus une féminisation des profils », note Alexandre Rodde.
Un récent procès a mis en avant l’EVN : la condamnation la semaine dernière de Rohan Rane, un étudiant de nationalité indienne, à vingt ans de réclusion criminelle par la cour d’assises spéciale de Paris. Le jeune homme de 29 ans a été reconnu coupable d’actes de torture ou de barbarie sur mineurs. Il imposait à ses jeunes victimes de s’infliger des actes de tortures en ligne, les menaçant de diffuser des photos d’elles à caractère sexuel si elles ne s’exécutaient pas.
Autre fait documenté, et différent des tueries en milieu scolaire : le 19 août 2025, un homme d’une vingtaine d’années a été arrêté et mis en examen dans l’Eure. Il est soupçonné d’avoir forcé une cinquantaine de jeunes filles à se mutiler, les encourageant à se planter un couteau dans la cuisse ou dans la poitrine et à inscrire son nom sur leur bras ou leur ventre. Environ 2 000 fichiers, comprenant des documents pédocriminels, des vidéos de tueries de masse et des vidéos de violences contre des animaux, ont été découverts chez lui.


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