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- Stress, troubles du sommeil, idées noires... L'été des records climatiques fait ...
Le réchauffement climatique ne bouleverse plus seulement les paysages : il trouble de plus en plus la santé mentale des Français, qui voient arriver cette semaine une cinquième vague de chaleur.
Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:35 | mis à jour aujourd'hui à 06:54 - Temps de lecture :
L’angoisse monte avec le mercure. Quatre (et bientôt cinq, à partir de ce mardi) épisodes caniculaires depuis le mois de mai, avec près de 15 000 départs de feux qui ont conduit à plus de 120 000 hectares brûlés depuis le début de la saison, une sécheresse record avec plus d’un tiers du territoire métropolitain en état d’alerte… Les manifestations du réchauffement climatique se sont imposées avec une intensité inédite ces derniers mois, marquant les corps et les esprits.
Selon une étude de l’Insee publiée en juin, quatre Français sur dix se déclarent très inquiets des effets du dérèglement climatique. Depuis, les événements extrêmes de cet été semblent avoir fait franchir un nouveau cap à l’éco-anxiété : « C’est une inquiétude liée à la crise environnementale, qui se transforme en détresse psychologique. Avec le sentiment que le monde s’effondre et que la société n’est pas préparée à y faire face, notamment en raison des atermoiements des politiques », décrit le psychologue Pierre-Éric Sutter.
« Une dizaine de nouveaux patients depuis mai »
Selon une estimation de l’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca) qu’il a fondé, la succession d’événements climatiques de ces derniers mois aurait fait basculer 2,5 millions de Français supplémentaires dans l’éco-anxiété, dont 1,1 million dans la catégorie des personnes fortement éco-anxieuses. « Beaucoup de Français ont pris conscience que notre pays était en train de passer d’un climat tempéré à un climat méditerranéen », poursuit-il.
Même constat chez la psychopraticienne Charline Schmerber et co-fondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (Rafue) : « J’ai une dizaine de nouveaux patients depuis mai. Et tous mes confrères constatent aussi une hausse des demandes de rendez-vous. Des personnes qui pensaient habiter dans des régions à l’abri des canicules ont compris qu’ils n’étaient plus épargnés. Cela crée un stress pour les étés à venir. »
Des symptômes parfois sévères
Une détresse qui prend parfois des formes pathologiques : « Avec de l’hypervigilance, des troubles du sommeil, la consommation à outrance des bulletins météo, des ruminations, voire des idées suicidaires », énumère Charline Schmerber. D’autres arrivent à composer avec leurs angoisses.
« C’est ce qui s’appelle l’éco-anxiété adaptative et qui consiste à passer à l’action, à imaginer un éco-projet permettant de limiter son impact ou de mieux s’adapter au changement climatique : déménager d’une zone souvent touchée par les incendies, s’acheter un véhicule électrique, arrêter de prendre l’avion, changer d’alimentation… », détaille Pierre-Éric Sutter.
Selon l’Insee, 46 % des zones urbaines denses se déclarent très inquiètes des effets du dérèglement climatique. Photo CanvaEt avec la multiplication des épisodes problématiques cet été, force est de constater que l’éco-anxiété n’épargne plus une tranche d’âge : si selon une étude de l’Agence de la transition écologique (Ademe) parue en 2025, les 25-34 ans sont les plus sujets à cette détresse mentale (8 et 10 % d’entre eux sont très fortement éco-anxieux contre 5 % tous âges confondus), les seniors ne sont plus à l’abri. « Ils souffrent souvent de solastalgie, cette détresse psychologique rétrospective liée à la destruction de l’environnement qu’ils ont connu enfants et qui n’existe plus. Ils doivent faire un deuil écologique », explique Charline Schmerber.
Une anxiété appelée à durer ?
Autre évolution : l’éco-anxiété ne touche plus seulement les catégories sociales supérieures, traditionnellement plus sensibilisées aux enjeux environnementaux. « Cet été, ceux qui souffrent le plus des vagues de chaleurs sont les personnes vivant dans des bouilloires thermiques. Les ruées de clients chez Lidl pour s’acheter un ventilateur illustrent bien cette logique de survie », analyse Pierre-Éric Sutter,
Cette angoisse face au dérèglement du climat pourrait-elle s’estomper avec la fin de l’été ? « Il y a une forme de saisonnalité de l’éco-anxiété. Certains retrouvent une forme de déni lorsque les températures redescendent et que la météo redevient plus clémente », reconnaît Charline Schmerber. Mais pour d’autres, cet été 2026 pourrait marquer un tournant. Avec, peut-être, l’espoir que les enjeux climatiques s’imposent enfin dans le débat public, à l’approche de la campagne présidentielle.


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