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Louis H., 17 ans, atteint d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), est mort à Narbonne le 23 juin, lynché sur un chantier après deux mois dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance. Son placement, demandé par sa propre famille faute d’alternative, illustre les failles d’un système de prise en charge qui laisse des milliers d’enfants neuroatypiques sans solution adaptée.
Juan Tendero-Tourné - Aujourd'hui à 06:10 | mis à jour aujourd'hui à 09:42 - Temps de lecture :
Son histoire est révélatrice des failles d’un système. Le jeune Louis, mort des suites d’un lynchage sur un chantier la semaine dernière, pose la question de la prise en charge des personnes porteuses d'un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. Un trouble qui touche entre 5 et 6 % des enfants.
Louis portait ce diagnostic depuis l’enfance. Orienté vers un Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique, structure médico-sociale financée par l’Assurance maladie et accueillant des jeunes de 6 à 20 ans présentant des troubles du comportement perturbant leur socialisation et leur scolarité, il y avait été suivi pendant plusieurs années. La France compte 180 établissements de ce type, qui accueillent près de 12 000 jeunes.
Un vide institutionnel
À 16 ans, Louis quitte l’établissement. Selon sa famille, il y était victime de harcèlement. « Il en avait marre. Il était harcelé là-bas », rapporte sa tante Charlotte. Sans structure de remplacement, il se retrouve chez son père, qui élève également deux jeunes enfants. Les chiffres confirment cette réalité : le délai médian pour une admission effective dans une structure de suivi atteint neuf mois dans certains départements, selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de 2024. Quand les familles ne trouvent plus d’autre issue, elles se tournent vers les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Incapable de gérer seul la situation, ce dernier la saisit début mai. « Je n’en peux plus, je n’arrive plus à le gérer avec les deux petits », confie-t-il à sa famille.
Ce type de rupture de parcours n’a rien d’exceptionnel. La présidente du Conseil national de la protection de l’enfance, Anne Devreese, le confirme dans les colonnes du Figaro : « Il arrive que des parents démunis saisissent eux-mêmes le juge des enfants pour demander une solution d’accueil. »
L’ASE, dernier filet
Le jeune homme résidait dans un foyer de Narbonne hébergeant une vingtaine de jeunes de 8 à 18 ans aux profils hétérogènes. Sa famille ignorait les détails de son quotidien. « Il ne voulait pas m’en parler », confie sa tante. Ce silence dit pourtant quelque chose d’une réalité plus large : selon le rapport annuel de la Drees publié ce 30 juin, au 31 décembre 2024, 392 600 mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient d’au moins une mesure d’ASE. Près de la moitié des bénéficiaires de l’ASE pris en charge par les structures médico-sociales pour enfants sont atteints de troubles du psychisme, du comportement ou de la communication.
Face à ces profils, ce genre de structures peinent à répondre. Pour Cédric Galera, pédopsychiatre et épidémiologiste à l’université de Bordeaux, « ce qui compte, c’est de connaître le mode de fonctionnement propre aux personnes TDAH, leur rapport au temps, à l’organisation, à l’impulsivité. Quand cette connaissance existe, on peut adapter l’environnement et réduire significativement les manifestations d’hyperactivité. Il faut aussi prendre en compte les troubles associés : le TDAH est rarement seul. » Le chercheur se refuse néanmoins à un jugement à charge contre l’ensemble du dispositif : « Je ne jetterais pas la pierre à l’ASE de façon globale. Il y a des lieux où les choses sont bien mises en place, et une vraie montée en compétences des professionnels est en cours. »
Des alertes ignorées
Concernant Louis, les signaux d’alarme n’ont pas manqué. Dès le 11 mai, il dépose plainte pour coups et blessures. Le 12 juin, il signale de nouvelles violences à la gendarmerie depuis sa fugue. Sa mère alerte l’ASE. « Je les avais prévenus qu’un drame pouvait arriver, mais personne ne m’a entendue », déclare-t-elle au Journal du Dimanche. Elle se rend elle-même à la gendarmerie pour demander que la fugue de son fils soit qualifiée de disparition inquiétante : « Mon message est resté sans réponse », assure-t-elle.
Ces défaillances ne sont pas propres à l’Aude. Selon une enquête de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), seulement une dizaine de départements sur 58 interrogés déclaraient avoir des liens formels avec la pédopsychiatrie. Un rapport parlementaire établissait que les formations des personnels ASE n’étaient pas assurées dans 70 % des départements. La Haute autorité de Santé, dans ses recommandations de 2023, note pourtant que la formation des professionnels de la protection de l’enfance aux TND est « indispensable ».
Des centres ressources, mais pour quand ?
Des réponses sont en cours d’élaboration, mais leur calendrier interroge. La stratégie nationale TND 2023-2027 prévoit la création de centres ressources TDAH, dont l’ouverture est attendue à l’automne 2026.
Pour Cédric Galera, ces futurs centres constituent une avancée : « L’objectif est de créer une filière suffisamment lisible pour soutenir les professionnels face à des situations complexes. Ces centres auront un rôle de pivot régional, à plusieurs niveaux d’intervention. Ils pourront être amenés à interagir avec l’ASE. »
Sa mère, elle, ne souhaite plus attendre. « Ce n’est pas le temps du deuil, c’est le temps de la guerre. Il est hors de question qu’un autre cœur de maman ou de papa soit brisé comme le nôtre », déclare-t-elle au Journal du Dimanche. Une marche blanche est en préparation. Les cinq suspects encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Louis devait quitter le foyer en juillet. Il avait trouvé un emploi dans la restauration. Il est mort à 17 ans.


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