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Si les campements de travailleurs des chantiers d’Hydro-Québec ont déjà fait trembler la Minganie, ils sont aujourd'hui perçus comme un mal nécessaire, selon certains élus et représentants syndicaux. En pleine crise du logement, ils y voient désormais une option inévitable pour héberger des travailleurs, mais pas au détriment de l’équilibre régional.
Hydro-Québec étudie l’option d’établir un tel campement pour le projet de suréquipement de la centrale Sainte-Marguerite-3 (SM-3), dans le territoire non organisé de Lac-Walker.
Cathy Hamel, porte-parole pour la société d’État, explique que trois principaux facteurs entrent en compte pour déterminer la meilleure façon de loger des travailleurs pour de tels chantiers.

Cathy Hamel, porte-parole d'Hydro-Québec, confirme que la décision sur le campement de SM-3 sera rendue publique cet été lors du dépôt de l’étude d’impact. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin
[Il y a d'abord] la distance entre la ville la plus proche et le chantier. […] Il y a aussi le risque de santé et de sécurité lié au transport de ces gens-là, matin et soir, après de longs quarts de travail. Enfin, si un chantier est à proximité d’une ville, c’est la capacité d’accueil du milieu.
Les cicatrices du passé
Or, à Havre-Saint-Pierre, l’implantation d’un campement de travailleurs pour le chantier du barrage hydroélectrique de la rivière Romaine était, au départ, loin d’une solution miracle.
Il y a eu beaucoup de travailleurs de chez nous qui ont été laissés pour compte, laisse tomber Luc Noël, qui était à la tête de la MRC de Minganie pendant une décennie. Ça a fait en sorte qu’il y a eu moins de retombées économiques parce que les travailleurs de la région n’étaient pas une priorité, et les entreprises locales non plus.

L’ex-préfet de la Minganie Luc Noël se souvient que de nombreux travailleurs locaux ont été « laissés pour compte » lors du chantier de la Romaine. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
En 2017, seuls 40 % à 45 % des travailleurs du chantier provenaient de la Côte-Nord, loin de la cible de 60 % annoncée par Hydro-Québec. Luc Noël et son équipe avaient longuement négocié avec la société d'État pour favoriser l’embauche régionale.
Loger, mais où?
Mais lorsque de nouveaux travailleurs viennent d’ailleurs, il faut tout de même les loger. Et pour des villes comme Sept-Îles et Port-Cartier, les options sont limitées.
Au moins, un campement à SM-3, ça ne mettrait pas la pression sur le peu de logements qui restent à Sept-Îles et Port-Cartier, remarque le conseiller régional de la FTQ pour la Côte-Nord, Pascal Langlois.

Pour Pascal Langlois, conseiller régional de la FTQ, les campements à SM-3 sont nécessaires pour ne pas accentuer la pression sur le marché du logement à Sept-Îles et Port-Cartier. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
À défaut d'engager uniquement des travailleurs locaux, le représentant syndical croit que les installations du campement devraient, à terme, bénéficier aux deux villes.
Si l’une des municipalités pouvait mettre la main sur ces infrastructures une fois le chantier terminé, elle pourrait s’en servir pour les travailleurs en navettage, ça pourrait libérer de vrais appartements pour les arrivants et faire baisser le prix du logement dans nos deux villes, suggère-t-il.
Du côté de la Manicouagan, le préfet, Guillaume Tremblay, dresse un parallèle avec la centrale Manic-3, où un campement est déjà opérationnel depuis le début de l’année. Il dit vouloir entrer en discussion avec Hydro-Québec pour partager ces installations avec les futurs travailleurs du projet éolien Peshu Napeu.

Le préfet de la Manicouagan espère mutualiser les campements de Manic-3 pour y loger les futurs travailleurs du projet éolien Peshu Napeu. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Soutenir la région
Selon Cathy Hamel, Hydro-Québec prévoit plusieurs autres mécanismes pour maximiser les retombées économiques régionales lors de tels chantiers, dont la valorisation de la sous-traitance locale, l’organisation de rendez-vous d’affaires avec les chambres de commerce de la région et l’embauche de main-d’œuvre autochtone.
Il faut miser sur des stratégies qui vont assurer que les retombées reviennent au milieu, même si les travailleurs ne dorment pas dans la ville la plus proche, dit-elle.

Le chantier de la Romaine a marqué la Minganie par le faible taux de main-d'œuvre locale, un souvenir encore vif pour les élus de la Côte-Nord. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lambert Gagné-Coulombe
Luc Noël, lui, exprime tout de même ses réserves face à un possible campement à SM-3.
Sainte-Marguerite a un potentiel. Ça, c’est une bonne affaire. Ça va être bon pour la région, pour Sept-Îles et pour Port-Cartier, mais il faut que ce soit bon pour les travailleurs aussi!
La nécessité d'un campement pour SM-3 devrait être confirmée d'ici l'été, au moment où Hydro-Québec déposera son étude d'impact, affirme Cathy Hamel.


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