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Un collectif marseillais a appelé à un rassemblement pour dénoncer la venue de l’auteur de bande dessinée, attendu vendredi 29 mai au théâtre de La Criée. Le maire de Marseille, Benoît Payan, a soutenu sa venue, tandis que le festival «Oh les beaux jours !» défend sa liberté de programmation.
À Marseille, la venue de Joann Sfar au festival littéraire «Oh les beaux jours !», organisé à Marseille du 26 au 31 mai, ravive les tensions autour du conflit israélo-palestinien. Le dessinateur de bande dessinée, cinéaste et romancier est attendu vendredi 29 mai au théâtre de La Criée pour présenter Terre de sang, son dernier ouvrage, publié aux Arènes, dans lequel il explore les fractures liées à ce conflit. Mais le 25 mai, le collectif marseillais «Cultures en lutte 13», qui se présente comme une «assemblée des travailleur.ses de l’art et de la culture à Marseille» «antifasciste, anticapitaliste, intersectionnelle et intersectorielle», a publié sur Instagram un appel au boycott et à un rassemblement devant le théâtre, sous le slogan : «Sionistes hors de notre ville !»
Dans son communiqué, le collectif estime que l’invitation de Joann Sfar «ne peut être considérée comme neutre dans le contexte actuel». Il reproche à l’auteur ses prises de position depuis le 7 octobre 2023, l’accusant d’être «l’un des relais médiatiques francophones les plus actifs d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’État israélien contre le peuple palestinien». Le collectif vise notamment sa signature d’une tribune collective publiée dans Le Figaro et adressée à Emmanuel Macron, s’opposant à une reconnaissance de l’État palestinien «sans conditions préalables».
«Cultures en lutte 13» accuse aussi Joann Sfar de développer, «sous couvert d’“humanisme”, de “paix” ou de “dialogue”», une rhétorique qui «contribue à rendre acceptable la poursuite de la politique coloniale et génocidaire israélienne». Le collectif demande au festival de retirer l’auteur de sa programmation ou d’organiser un débat avec «un groupe antiraciste, anticoloniale et pro-palestinien». En l’état, poursuit-il, le festival «mérite le boycott de tous les spectateurices et des artistes».
«Une exigence de pluralité»
Face à cette mise en cause, l’association Des livres comme des idées, organisatrice du festival, défend sa programmation. Dans un communiqué envoyé au Figaro mercredi, elle rappelle que Joann Sfar est invité «en tant qu’auteur et artiste pour présenter une œuvre de bande dessinée et un concert dessiné». Le festival souligne que cette création, déjà programmée notamment «à l’Institut du monde arabe ou à la Maison de la poésie à Paris», «fait dialoguer dessin et musique».
L’association répond également aux accusations formulées par le collectif : «Cette œuvre ne contient aucun propos raciste ou fasciste. Si tel avait été le cas, elle n’aurait évidemment pas sa place dans notre manifestation.» Elle insiste sur la distinction entre une œuvre et les prises de position publiques de son auteur : «Nous pensons qu’il est essentiel que des artistes puissent encore aujourd’hui exprimer des paroles complexes, contradictoires, parfois inconfortables, sans que la programmation d’une œuvre soit immédiatement assimilée à une adhésion totale à chacune des prises de position publiques de son auteur.» Le festival revendique plus largement une «exigence de pluralité» et rappelle avoir accueilli, dans ses différentes programmations, des personnalités comme Karim Kattan, Leïla Shahid, Elias Sanbar ou Hiam Abbass. «Nous sommes très attachés à notre liberté de programmation et la souhaitons la plus large possible», conclut le communiqué.
Contactée par Le Figaro, la préfecture des Bouches-du-Rhône indique que «le rassemblement publié sur Instagram contre la venue de Joann Sfar n’a pas été déclaré comme manifestation auprès de nos services». Elle précise toutefois qu’il est «connu des forces de sécurité intérieure et bien pris en compte». Le collectif «Nous Vivrons» prévoit également d’être présent, en soutien à l’auteur, devant le théâtre de La Criée vendredi soir.
Le maire de Marseille, Benoît Payan, a lui aussi apporté son soutien à la venue de Joann Sfar, rapporte L’Opinion. L’édile estime que «ce sont la violence et les messages de haine qui ne sont pas les bienvenus à Marseille», ajoutant que la ville ne «triera pas les artistes en raison de leur origine, leur religion ou leur couleur de peau». Benoît Payan affirme que Marseille «se tient aux côtés des artistes qui portent une voix de dialogue, de paix et de vivre-ensemble». De son côté, Joann Sfar n’a pas souhaité «réagir à cette polémique».


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