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Ce mercredi, Médiapart publiait une enquête autour du chanteur Patrick Bruel visé par au moins deux plaintes : l'une pour agression sexuelle et tentative de viol, l'autre pour viol. De son côté, le chanteur, par la voix de son avocat, Christophe Ingrain, a assuré à l'AFP n'avoir "jamais cherché à contraindre quiconque à un acte sexuel".
On apprend par ailleurs qu'une plainte aurait été déposée par une Belge, Karine Viseur. À l'époque des faits, en 2010, elle est attachée de presse pour un distributeur de cinéma, chargée de la promotion du film Les cinq doigts de la main, dans lequel le chanteur tient l'un des rôles principaux. Aujourd'hui, elle accepte de témoigner dans La DH et revient, avec précision, sur sa rencontre avec celui contre lequel elle affirme avoir porté plainte pour attouchements sexuels et corporels non désirés.
"Je devais aller chercher les cinq acteurs à la gare du Midi. Ils restaient deux jours à Bruxelles", raconte-t-elle d'abord. Un déplacement professionnel qui s'annonçait classique pour l'attachée de presse. Si le trajet initial se déroule sans encombre, dès le premier rendez-vous, un passage dans les locaux de Ciné Télé Revue, la jeune femme, âgée de 35 ans à l'époque, dit sentir un changement d'attitude. "Quand il désirait me parler, il devait d'office me toucher, me prendre par l'épaule ou par la taille et être à dix centimètres de moi", explique-t-elle. Une proximité qu'elle ne juge pas immédiatement problématique : "Je me suis simplement dit qu'il ne voulait peut-être pas que tout le monde entende ce qu'il pouvait dire."
Patrick Bruel visé par au moins deux plaintes pour violences sexuelles : le chanteur réagitAvec le recul, elle confie pourtant un certain malaise. "On sortait une centaine de films par an. J'étais en promo avec des artistes toutes les semaines. Ce sont des gens respectueux, très attentifs à leur image. Pas un seul instant, je n'aurais imaginé un tel comportement", nous glisse-t-elle, visiblement encore marquée.
"Celle-là, tu me la ramènes ce soir"
Le basculement, selon elle, intervient lors d'une rencontre fortuite : "Lorsque nous sommes arrivés à la DH, nous avons croisé une vedette de la télévision belge, qui était également là pour une interview." Et c'est là que l'interprète de "Qui a le droit" se serait cru, selon la victime présumée, avoir tous les droits : "Quand il l'a vue, il est venu directement me voir et m'a dit : 'Celle-là, tu me la ramènes ce soir'." Des propos "choquants", et qui marquent, à ses yeux, le début d'une escalade. "À partir de ce moment-là, ça a été crescendo."
Car après un bref passage à l'hôtel pour y déposer leurs affaires, durant lequel le chanteur aurait alors confié ne pas vouloir rester seul le soir : "Il m'a regardée et m'a dit : 'Tu me plais bien'", l'attachée de presse et Patrick Bruel prennent la route pour le JT de la RTBF, où l'artiste est attendu, les autres acteurs filent quant à eux vers une autre interview. "Je me suis dit, à nouveau, je travaille, je vais devoir rester avec lui une nuit et deux jours. Je dois rester professionnelle. Et surtout, ne pas le braquer pour que tout ce qui va se passer en promotion et en presse se déroule bien", se souvient Karine Viseur.
L'hôtel de luxe de Patrick Bruel fortement critiqué"Il m'a prise dans ses bras, a voulu m'embrasser"
Après s'être fait maquiller, le duo patiente dans une salle où l'on peut prendre un café. C'est là que l'attachée de presse décrit une série de gestes de plus en plus intrusifs… jusqu'à y vivre ce qu'elle désigne comme une agression : "Il m'a prise dans ses bras, a voulu m'embrasser. Je disais non, tout en gardant le sourire… tu ne sais pas comment réagir." Malgré des excuses, comme lui proposer de l'eau, rien n'y fait. "Il m'a attrapée par les hanches, il a essayé d'abaisser mes bas collants, a baladé ses mains, les remontant sous ma robe." Plus ferme cette fois, la jeune femme le repousse une nouvelle fois et part rejoindre la maquilleuse.
Un répit de courte durée, selon elle. "Il est venu me demander de lui indiquer les toilettes. Je l'y ai conduit. Et de force, il m'a prise et m'a emmenée dans l'une d'entre elles. Il m'a embrassée, mis les mains aux fesses, à nouveau sous ma robe." Elle parvient finalement à s'extraire de la situation, non sans peur : "Je me suis dit : 'si je le blesse, je vais le payer toute ma vie'."
Elle affirme également que, peu avant son passage à l'antenne, l'artiste lui aurait lancé : "Regarde bien, à un moment, je mettrai mes doigts et ma main… Comme si j'allais te lécher". Un geste qu'il aurait, selon elle, reproduit à l'écran.
Une plainte déposée
Aujourd'hui, si Karine Viseur ose en parler ouvertement, elle nous confie avoir vécu cette épreuve difficilement : "Je l'ai repoussé, je n'ai pas arrêté de le repousser. Mais à cette époque, j'étais dans un état d'esprit où je me disais : 'il faut que je reste professionnelle'. C'était une star. Alors, même si je me rendais bien compte que c'était de l'abus, je n'ai pas su directement mettre les mots sur ce qu'il s'était passé. Je me dégoûtais", explique-t-elle. Elle évoque une semaine de pleurs, une incapacité de travail, et un soutien de ses supérieurs pour le moins inexistant : "Ils m'ont répondu : 'C'est pas toujours facile de gérer des artistes'." Finalement, elle affirme avoir porté plainte à l'issue de cette incapacité. "Je fais partie des femmes qui ont porté plainte."
Elle assure n'avoir "jamais reçu de proposition d'argent" de sa part pour se taire et ne jamais avoir recroisé l'artiste depuis. Quant au silence qui a suivi pendant des années, elle l'explique simplement : "J'étais jeune dans le métier… et quand quelqu'un est autant adulé, c'est difficile de croire qu'il puisse être comme ça."
Aujourd'hui, elle espère que cette mise en lumière fera basculer les choses : "J'en suis à environ 13 000 euros de frais d'avocat", nous confie-t-elle encore. Rappelons toutefois que le chanteur et acteur de 66 ans reste, à ce stade, présumé innocent. Contacté par nos soins, l'attachée de presse belge de l'artiste n'a pas répondu à notre appel. Quant à ses représentations théâtrales et musicales – en France comme en Belgique – toutes sont actuellement maintenues, nous confirme-t-on.
Patrick Bruel, l'espion israélien qui a 72h pour éviter la catastrophePour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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