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C’est sans tambour ni trompette qu’on souligne cette année les trois quarts de siècle depuis l'inscription de Sept-Îles comme « cité ». À l'époque, « pour les gens du coin, ça ne changeait pas grand-chose », fait remarquer Steve Dubreuil, le conservateur du Musée régional de la Côte-Nord. « Mais c’est une porte qui s’ouvre sur un développement extraordinaire. »
En 1951, Sept-Îles a officiellement cessé d’être un village de pêche. Elle a été constituée en tant que ville. Si elle ne comptait toujours qu’environ 2000 âmes, c’était sur le point de changer.
Les années qui ont suivi ont constitué un point de bascule. Cette histoire est bien connue : quelques années après son incorporation, la minière IOC a transporté en 1954 sa première livraison de minerai de fer à Sept-Îles, signal d’un âge d’or industriel pour la région.

Le premier ministre du Québec Maurice Duplessis (deuxième à partir de la gauche) était à Sept-Îles en 1954 à l'occasion du départ du premier bateau de minerai de fer à quitter son port.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
La population de Sept-Îles a décuplé en 1960 pour atteindre environ 20 000 habitants et a frôlé les 35 000 en 1970. Les travailleurs arrivaient par milliers avec leurs familles.
Plus qu’un développement industriel, toute une jeunesse a été formée à la suite de l’incorporation de la Ville de Sept-Îles. Ses souvenirs sont toujours là 75 ans plus tard.

La rue Brochu ensablée dans les années 1940.
Photo : Radio-Canada
Ce qui nous frappait, c'était le sable
Diane Bhérer avait 15 ans quand elle est arrivée à Sept-Îles, au début des années 1960. Son père fromager avait quitté les boisés du Saguenay–Lac-Saint-Jean avec sa famille pour s’établir sur le bord de la mer au pays des épinettes noires.
Quand il ventait, il y avait des tempêtes de sable, se rappelle encore cette femme de 79 ans. Tout était beige et maman nous avertissait de fermer les fenêtres.
Steve Dubreuil est arrivé en ville à la même époque. Son père Réal s'était fait offrir trois ou quatre jobs bien payées et bonnes pour le restant de ses jours.

Steve Dubreuil est chercheur et conservateur au Musée régional de la Côte-Nord.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
À l’école, on avait tous ça en commun, d’être des petits "flos" du minerai de fer.
De fil en aiguille, ces enfants ont grandi et se sont attachés à leur ville d’adoption. On a appris à aimer la mer. On mangeait de la truite au Lac-Saint-Jean, mais manger des fruits de mer, c’était quelque chose! raconte Diane Bhérer.
Celle-ci, après avoir été déracinée une première fois dans sa jeunesse, n’avait pas l’intention de l’être une deuxième fois à l’âge d’or. Mon mari est aussi très attaché à la Côte-Nord.

Diane Bhérer est arrivée à l'adolescence à Sept-Îles. Après le choc initial, elle s'est attachée à cette ville et n'a plus voulu la quitter.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Je ne vois pas comment on pourrait penser aller ailleurs. On se demande parfois comment ça va se terminer ici, mais on préfère ne pas trop y penser. Chaque jour, je suis heureuse.
Anniversaire d’anniversaire
Pour Steve Dubreuil, 1951 a aussi ouvert une fenêtre sur l’histoire de Sept-Îles. Certes, on a incorporé la ville en mars de cette année-là, mais en juillet, on y soulignera un événement beaucoup plus ancien encore : la première messe récitée dans le secteur de Sept-Îles.
Celle-ci avait eu lieu 300 ans plus tôt, en 1651. Le père Jean de Quen était venu dans la région pour baptiser des Innus.
Il ne faut pas oublier que ce sont eux, les vrais fondateurs du coin : les Innus de la rivière Sainte-Marguerite et ceux de la Moisie, qui fréquentent les lieux depuis des millénaires.
La présence allochtone, elle, n'a commencé à se faire sentir que deux siècles plus tard. Les premières familles à s’établir vers 1860 étaient les Giasson, les Smith et les Marquis, selon Steve Dubreuil.
Ils vivaient à Moisie, à Clarke City et à Sept-Îles, qui ont été regroupées dans le canton de Letellier en 1904.

Le village de Clarke City pendant les activités de la Gulf Pulp and Paper Company.
Photo : Comité culturel de Clark City
Ces gens-là transportaient avec eux un mode de vie maritime. Ils pêchaient le maquereau, la morue, dit-il.
Ce mode de vie a duré jusqu’aux environs de 1951. Cette année-là, la Ville de Sept-Îles a été officiellement incorporée, mais à des centaines de kilomètres au nord, la minière IOC se préparait déjà à la changer à tout jamais.

Le géologue Joseph Arlington Retty a découvert, vers 1936, les vastes gisements de minerai de fer qui allaient mener au développement de la minière IOC et de Sept-Îles.
Photo : Collection de photos des Résidents & Anciens Résidents de Schefferville, Matimekush-Lac-John et Kawawachikamach
Pour le maire Benoit Méthot, cette histoire continue. Ayant lui-même longtemps travaillé pour cette compagnie, il estime que Sept-Îles reste une ville de possibilités. L’envergure des projets, du travail qu’il y a à faire, le besoin d’être indépendant, c’est quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs, avance-t-il.
Avec les informations de Lucas Sanniti


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