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Sept des caribous montagnards qui vivaient en captivité dans le parc de la Gaspésie ont été remis en liberté vendredi en début de journée, rapporte le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Par voie de communiqué, le ministère de l'Environnement soutient que cette remise en liberté vise à soutenir la population en nature et à maintenir une taille optimale de la population captive à des fins de reproduction.
Le groupe relâché dans la nature est composé d'une femelle et de six mâles, dont cinq sont nés en captivité. L'un des mâles du groupe et la femelle sont nés en nature.
Leur inclusion dans le groupe remis en liberté vise à ce qu’ils servent de guides pour les cinq caribous nés en captivité, explique le MELCCFP.
Durant l’hiver 2023, le MELCCFP a mis en place des installations de garde en captivité sur le territoire du parc de la Gaspésie pour tenter de mieux protéger les caribous des prédateurs, particulièrement les femelles gestantes.
Tous les caribous relâchés sont munis de colliers télémétriques, ce qui permettra d'assurer un suivi de leurs déplacements.
Radio-Canada a tenté d’obtenir une entrevue avec un représentant du ministère de l'Environnement vendredi, sans succès.

La plupart des caribous en liberté ont été aperçus sur le mont Jacques-Cartier en octobre 2025. (Photo d'archives)
Photo : Louis Fradette
Lors du dernier inventaire réalisé par Québec, à l'automne 2025, le troupeau de caribous de la Gaspésie était constitué de 36 individus, soit 14 en liberté et 22 en captivité.
Le MELCCFP a indiqué qu’une mise à jour de la population de caribous en enclos sera dévoilée plus tard cet été, une fois que la période des naissances sera terminée dans l’ensemble des installations de garde en captivité.
Des réactions positives
Le professeur titulaire en écologie animale à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Martin-Hugues St-Laurent, de même que le directeur de la Société de la nature et des parcs (SNAP Québec), Alain Branchaud, affirment que cette remise en liberté est une bonne nouvelle.
Ça signifie que les individus en enclos sont en augmentation et ont une densité plus élevée, soutient M. St-Laurent. Considérant la capacité des enclos, quand les naissances sont plus élevées que les mortalités, il faut relâcher des individus en nature pour respecter les capacités d’accueil de ces enclos-là.

Le biologiste Martin-Hugues St-Laurent étudie le caribou de la Gaspésie depuis de nombreuses années. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Force est d’admettre que, sans les enclos, on aurait déjà une population éteinte, ou presque en Gaspésie, ajoute-t-il.
La stratégie au niveau des enclos et de la reproduction semble avoir fonctionné.
Bien que le Ministère n’ait pas expliqué publiquement les raisons qui ont poussé à la remise en liberté du petit groupe de caribous, M. St-Laurent indique avoir participé à des discussions avec des scientifiques du gouvernement et du secteur universitaire sur le sujet.
Je sais qu’il y a une belle logique de modélisation derrière tout ça, ce n’est pas une décision qui a été est prise à la sauvette, dit-il.

Le taux de survie des caribous nés en enclos est difficile à prédire en raison du peu de connaissances scientifiques sur le sujet. (Photo d'archives)
Photo : Photo fournie par le Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs
Concernant les chances de survie des individus relâchés, Martin-Hugues St-Laurent mentionne que la littérature scientifique ne propose pas encore de portrait clair.
Il y a des cas de figure où on a vu des animaux avoir des comportements bien adaptés à la sortie, ils avaient gardé une crainte des infrastructures humaines et un bon comportement face aux prédateurs, qui ont eu des taux de survie intéressants, explique le spécialiste. Toutefois, il y a d’autres cas de figure où on a vu des animaux avoir des comportements plus naïfs, prendre des risques et se faire tuer par des prédateurs.
C’est une science relativement jeune, la remise en liberté de caribous en enclos. C’est difficile de tirer des généralités de tout ça […], mais je suis assez confiant que certains de ces caribous-là vont réussir à s’implanter en nature et auront potentiellement la capacité de consolider la harde.
Une survie qui ne peut reposer que sur la captivité
Autant le professeur titulaire en écologie animale à l’UQAR que le directeur de la SNAP Québec soutiennent que l'utilisation d’enclos ne peut assurer à elle seule l'avenir de la population des caribous de la Gaspésie.
Si les causes du déclin hors des enclos ne sont pas complètement endiguées, on ne peut pas penser que ça va fonctionner à merveille, lance Martin-Hugues St-Laurent.
M. St-Laurent souligne qu'il faut continuer de protéger l'habitat du caribou. Il note que les prédateurs sont encore très présents, que les coupes forestières et les jeunes peuplements forestiers favorisent l’accroissement de leur population et que le réseau de chemins forestiers, qui favorise leurs déplacements, est toujours très dense.
Il faut continuer à mettre des efforts pour endiguer ces facteurs-là, avec des moratoires sur la coupe, des travaux de restauration de l’habitat, le démantèlement et la fermeture de chemin, et le contrôle des prédateurs.
Le directeur de la SNAP Québec abonde en ce sens, mais il plaide aussi pour une bonification du bagage génétique du troupeau gaspésien, en proie à des problèmes de consanguinité en saison du nombre limité d’individus restants.

Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec, estime que la diversification génétique de la harde gaspésienne est nécessaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier
On demande au gouvernement du Québec et aux scientifiques d’explorer sérieusement la possibilité de faire une rescousse génétique, c’est-à-dire d’emmener des individus d’écotype similaire dans la population de la Gaspésie, explique Alain Branchaud. C’est une approche utilisée avec succès pour d’autres espèces animales ailleurs dans le monde, dont les panthères de la Floride, et, dans l’état actuel des choses, je pense qu’il y a urgence d’agir de ce côté-là.
Alain Branchaud et Martin-Hugues St-Laurent rappellent que le gouvernement provincial n’a toujours pas déposé une stratégie de protection des populations de caribou vulnérables au Québec, un document attendu depuis plusieurs années.


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