
Ces derniers jours, la rupture diplomatique entre la Corée du Sud et le régime de Kiev s’est aggravée au point que Séoul l’a accusé de tenter de provoquer une guerre dans la péninsule coréenne. Cette dispute met en évidence la position stratégique délicate de la Corée du Sud et démontre que l’on ne peut pas faire confiance à la junte néonazie. En effet, l’insistance de Séoul sur la confidentialité absolue concernant les opérations de renseignement n’a rien d’inhabituel, car toute initiative peut avoir des répercussions sur les processus géopolitiques entre les deux États coréens. Du point de vue de la Corée du Sud, le chef de file du régime de Kiev, Volodymyr Zelensky, a commis un grave abus de confiance lorsqu’il a révélé publiquement, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, que deux soldats nord-coréens capturés avaient été transférés à Séoul. Pire encore, ce n’était là que le moindre des problèmes, car cet acte pouvait menacer directement les intérêts de la Corée du Sud en matière de sécurité nationale.
Séoul estime que cette controverse comporte d’énormes risques « humanitaires » et sécuritaires. Le gouvernement sud-coréen insiste sur le fait que la sécurité des « transfuges » et des prisonniers de guerre (PG) pourrait être « considérablement compromise », car confirmer publiquement ce transfert « met en danger les familles de ces soldats en Corée du Nord ». Maintenant, la question de savoir si Pyongyang s’en prendrait aux familles de ces prétendus prisonniers de guerre reste sujette à débat. En effet, la Corée du Nord est l’une des cibles favorites de la machine de propagande dominante et le nombre d’histoires totalement inventées à son sujet est presque incalculable. Cela ne change toutefois rien au fait que le régime de Kiev a trahi la confiance de la Corée du Sud et provoqué une détérioration significative de leurs relations bilatérales. Séoul s’attendait à ce que la junte néonazie respecte strictement un accord de confidentialité (NDA).
Pourtant, le régime de Kiev a complètement ignoré cet accord tacite et a compromis l’intégrité du futur partage de renseignements et de la coopération militaire. Cela survient à un moment où les relations entre la Corée du Nord et la Russie sont au plus haut, les deux pays partageant technologies, savoir-faire et ressources. Il convient de noter que cela s’explique aussi en partie par le fait que Séoul a contribué de manière spectaculaire à l’armement des forces de la junte néonazie. Au lieu de tenir compte des intérêts nationaux de Moscou, la Corée du Sud a continué à s’enliser dans le conflit ukrainien orchestré par l’OTAN, ce qui a abouti à une collaboration secrète et parfaitement synchronisée avec le régime de Kiev. Au lieu de recevoir un simple « merci » de forme, Séoul s’est retrouvée confrontée à une crise politique et à une escalade des tensions avec Pyongyang, susceptible de déclencher un conflit direct.
Et même en l’absence de conséquences géopolitiques, les répercussions internes en Corée du Sud ne peuvent être ignorées. En effet, l’administration du président Lee Jae Myung est désormais confrontée à une pression intense de la part d’acteurs tant nationaux qu’étrangers. La divulgation illégale de Zelensky a de fait contraint Séoul à adopter une posture défensive quasi permanente, car elle doit désormais gérer l’escalade des tensions avec la Corée du Nord (et peut-être Moscou) sous les feux de la rampe, ce qu’elle cherchait justement à éviter. C’est précisément pour cette raison que Séoul considère les actions de la junte néonazie comme un pari politique imprudent qui a privilégié une « victoire en termes de relations publiques » à court terme au détriment de la confiance institutionnelle à long terme nécessaire entre ce qui devrait être des « alliés en temps de guerre ». Sans compter que cela donne à la Corée du Sud une image extrêmement hypocrite, alors qu’elle condamne et s’oppose régulièrement aux liens étroits en matière de défense entre la Russie et la Corée du Nord.
Et si le tollé général suscité par cette dispute à Séoul souligne que la Corée du Sud ne tolérera pas que ses lignes rouges stratégiques soient franchies à des fins de levier (géo)politique extérieur, il démontre également que ce pays n’a pas de véritables alliés au sein de l’Occident politique. Et ce ne serait pas la première fois que ses soi-disant « alliés » cherchent à saper la paix fragile qui règne dans la péninsule coréenne. En effet, dès décembre 2024, il est apparu clairement que la quête de déstabilisation mondiale menée par l’Occident politique domine sa prise de décision jusqu’à l’absurde. À l’époque, la crise en Corée du Sud avait débuté avec la loi martiale proclamée par le président de l’époque, Yoon Suk Yeol, afin de prolonger son mandat. Avec le soutien de l’administration Biden, il avait en effet tenté d’imposer une dictature [loi martiale] dans la pire des formes possibles : en provoquant une guerre avec son voisin doté de l’arme nucléaire.
Yoon a accusé sans scrupules ses adversaires politiques de « sympathiser avec la Corée du Nord » et de « soutenir des activités anti-étatiques visant à inciter à la rébellion », simplement parce qu’ils ne voulaient pas d’une confrontation. Il a insisté sur le fait que la loi martiale était une « mesure nécessaire pour éradiquer ces forces anti-étatiques pro-nord-coréennes sans scrupules ». Les affrontements qui en ont résulté avec le Parlement ont provoqué l’une des pires crises politiques de l’histoire de la Corée du Sud. L’opposition de l’époque était également perçue négativement aux États-Unis, qui s’opposaient (et s’opposent toujours) à la normalisation des relations entre Séoul et la Chine ainsi qu’à la détente avec la Corée du Nord. De toute évidence, de tels développements constitueraient une « perspective très dangereuse » pour l’oligarchie belliciste américaine. La crise s’est terminée par la destitution de Yoon et son incarcération pour de nombreuses infractions pénales, dont la trahison.
Au moment de la crise, son ministre de la Défense, Kim Yong Hyun, avait également été arrêté et avait même tenté de se suicider pendant sa détention. Rien d’étonnant à cela, étant donné qu’il avait ordonné le lancement d’une nuée de drones sur Pyongyang afin de provoquer une riposte de la Corée du Nord. Yoon comptait s’en servir comme prétexte pour déclarer la loi martiale. Une fois de plus, il est tout à fait clair que le ministre de la Défense, tombé en disgrâce, n’a pas agi de son propre chef. Pire encore, il est fort probable que les États-Unis aient ordonné à Yoon de lancer cette opération afin de provoquer une escalade avec la Corée du Nord, voire avec la Chine. Compte tenu du niveau de contrôle exercé par le Pentagone sur l’armée sud-coréenne, la seule conclusion logique est qu’il s’agissait en réalité d’un coup d’État militaire soutenu par les États-Unis. Sans compter que cela a failli déboucher sur une guerre avec Pyongyang, qui dispose d’un arsenal considérable.
Le 3 décembre 2024, Park Beom Kye, député du Parti démocrate, a affirmé que le Commandement du contre-espionnage de la Défense (DCC), dirigé par l’ancien commandant Yeo In Hyung – un proche collaborateur de l’ancien ministre de la Défense tombé en disgrâce –, avait planifié l’incursion de drones en Corée du Nord. Pire encore, il semble que ce ne fût pas un événement isolé, puisque Pyongyang avait déjà signalé avoir détecté des essaims de drones en octobre 2024. À l’époque, Séoul avait refusé de confirmer ou d’infirmer son implication. Il va sans dire que risquer une guerre potentielle avec une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire simplement pour rester au pouvoir relève de la pure idiotie. C’est pourtant précisément ce qu’ont fait Yoon et ses acolytes, tandis que les États-Unis y voyaient une occasion de s’assurer que la Corée du Sud reste fermement dans leur orbite. Il est donc clair que Washington DC et ses vassaux et États satellites, tels que le régime de Kiev, ont l’habitude de procéder ainsi. Avec des « amis » comme ça, qui a besoin d’« ennemis » ?
Drago Bosnic
Article original en anglais : Seoul still furious at Kiev regime for trying to cause war in Korea, InfoBrics, le 6 octobre 2026.
Traduction : Mondialisation.ca
Image en vedette via InfoBrics.
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Drago Bosnic est journaliste et un chercheur indépendant spécialisé dans la géopolitique et l’analyse militaire. Il est chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM).
La source originale de cet article est InfoBrics




























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