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  • Limogeage du Premier ministre : le président Faye ouvre une crise politique majeure

La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son très populaire Premier ministre Ousmane Sonko renforce l'incertitude politique Sénégal. Le tandem était arrivé au pouvoir sur une promesse de changement qui avait suscité un grand enthousiasme.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Le Premier ministre Ousmane Sonko (à droite sur la photo) faisait de l’ombre au président Bassirou Diomaye Faye (à gauche) qui a élu à sa place car le charismatique leader du Pastef avait été empêché de se présenter en 2024.  Photo Sipa /Sylvain Cherkaoui Le Premier ministre Ousmane Sonko (à droite sur la photo) faisait de l’ombre au président Bassirou Diomaye Faye (à gauche) qui a élu à sa place car le charismatique leader du Pastef avait été empêché de se présenter en 2024.  Photo Sipa /Sylvain Cherkaoui

Après des mois de tensions, le divorce est consommé au sein du tandem qui avait incarné un grand espoir de changement à la tête du Sénégal. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a fini par limoger vendredi son très populaire Premier ministre Ousmane Sonko avec lequel la brouille était de plus en plus visible. Élu avec 54 % des voix au premier tour en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye avait dû en grande partie sa large victoire à son ancien mentor. Ousmane Sonko, le charismatique leader du Pastef, qui est aussi le parti du président, avait été empêché de se présenter à cause d’une condamnation pour diffamation qui l’avait rendu inéligible.

À l’époque, les deux hommes affichaient une grande complicité et le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko doy Diomaye » (« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye ») semblait sincère. Leur arrivée au pouvoir 10 jours à peine après leur sortie de prison avait suscité l’enthousiasme des Sénégalais, pressés de tourner la page après une longue crise politique et sociale. La promesse de rupture avec le système politique et la corruption avait offert aux responsables du Pastef une période d’état de grâce qui a pris fin.

Le duo au pouvoir s’est rapidement déchiré. Ousmane Sonko faisait de l’ombre à son ancien protégé. La rivalité entre les deux hommes dans la perspective de la présidentielle de 2029 a freiné le rythme des réformes promises aux électeurs. Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre étaient notamment en désaccord sur les moyens de réduire l’endettement du Sénégal, le deuxième pays le plus endetté en Afrique subsaharienne. La dette héritée des précédents gouvernements atteint 132 % du PIB (Produit intérieur brut).

Une rivalité pour la présidentielle 2029

Le limogeage d’Ousmane Sonko ouvre une crise politique inédite. Le président Bassirou Diomaye Faye a besoin pour gouverner du soutien du parti dirigé par son ancien Premier ministre. Le Pastef dont il reste le leader incontesté dispose en effet d’une majorité très confortable à l’Assemblée nationale (130 députés sur 165). Même mis sur la touche, Ousmane Sonko reste le véritable vainqueur de la présidentielle de 2024.

« Il bénéficie d’un lien fort avec la jeunesse et porte une vision claire de la souveraineté, loin des logiques de corruption ou des accessions au pouvoir par la force que l’on observe ailleurs en Afrique », commentait Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), qui a débattu avec lui à Dakar en avril dernier. « Ousmane Sonko paraît incarner un espoir réel pour son pays, malgré les défis structurels et financiers considérables. Contrairement à ce qu’on entend parfois, il n’est pas antifrançais : il défend la souveraineté du Sénégal et nous invite à repenser nos relations sur de nouvelles bases », soulignait-il sur le site de l’IRIS.

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