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Le numéro d’identification des policiers et gendarmes (RIO) reste mal porté voire absent chez certains agents, comme cela a pu être constaté lors des manifestations lycéennes. Le Conseil d’État vient de rappeler à l’ordre le ministère de l’Intérieur sur cette obligation qui peine à être appliquée, treize ans après son entrée en vigueur.
Alexandra Simard - Aujourd'hui à 10:00 - Temps de lecture :
Certains manifestants en ont fait une habitude : traquer les numéros RIO (Référentiel des identités et de l’organisation) des policiers et gendarmes lors des manifestations. Ce matricule individuel de sept chiffres, que les forces de l’ordre doivent afficher sur leur uniforme ou leur brassard, est obligatoire depuis le 1er janvier 2014, afin de permettre de les identifier, notamment en cas de violences illégitimes.
Près de treize ans plus tard, le port de cet identifiant reste néanmoins pas systématique. Et, quand il est porté, le numéro n’est pas toujours clairement visible, comme cela a pu être constaté lors des manifestations lycéennes ces derniers jours.
En avril dernier, le Conseil d’État a rappelé à l’ordre le ministère de l’Intérieur, comme il l’avait déjà fait en 2023. La plus haute juridiction administrative du pays a enjoint la Place Beauvau à rendre effectif le port obligatoire de cet identifiant et à distribuer aux agents un RIO agrandi et plus lisible d’ici le 31 décembre 2026. Le ministère s’est engagé à augmenter la surface de cette plaque de 88 % pour les policiers et de 70 % pour les gendarmes. L’épaisseur des caractères sera également augmentée et l’identifiant inscrit en blanc sur fond noir pour en assurer une meilleure lisibilité.
Les commandes ont été passées, selon le ministère
Contacté, le ministère de l’Intérieur indique à notre journal que « les commandes [de ces nouveaux RIO] ont bien été passées » et que « leur déploiement devrait s’échelonner dans les semaines à venir selon les délais du fournisseur ».
Encore faut-il que les agents acceptent de le porter. Des rappels réguliers sont effectués aussi bien du côté de la police que de la gendarmerie, comme récemment par le directeur général de la police nationale dans une note du 30 juillet 2026. Que ce soit lors du mouvement des gilets jaunes en 2018, des manifestations anti-bassines à Sainte-Soline ou des manifestations contre la réforme des retraites en 2023, des manquements n’ont cessé d’être repérés.
Simple oubli ou véritable fronde ? « Les syndicats de police sont tout à fait hostiles à l’identification de façon générale, que ce soit pour le port du RIO ou dans les procès-verbaux où ils souhaitent également être anonymisés », explique Évelyne Sire-Marin, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme. « S’il y a une certaine obstination du ministère de l’Intérieur à ne pas bien vérifier la mise en œuvre de cette mesure, c’est pour avoir la paix sociale », avance la magistrate, qui suggère « l’instauration d’une astreinte journalière » pour presser la place Beauvau à appliquer la décision du juge administratif.
Systématiser l’usage de la caméra piéton
« Même avec ce numéro, il peut être long à identifier l’agent mis en cause, notamment parce que la Police n’est pas toujours pressée de donner les noms qui correspondent au RIO », souligne Évelyne Sire-Marin. Alors quand le RIO n’est pas visible et que le policier est cagoulé ou porte un casque, l’identification s’avère encore plus compliquée, et peut ne pas aboutir. Surtout, les sanctions disciplinaires sont encore trop peu nombreuses, ce qui n’incite pas au port de cet identifiant.
« Nos collègues sont les agents de la fonction publique les plus contrôlés par les instances disciplinaires. Les policiers attendent avant tout du soutien, de la considération de la part de nos institutions et non pas d’être stigmatisés en permanence », se défendait le syndicat UP Unsa Police dans un tract diffusé en avril dernier à la suite de la décision du Conseil d’État. Pour les policiers, la crainte d’être identifié et pris pour cible est réelle - les personnels de la DGSI sont ainsi exemptés de cette obligation de port de RIO.
Mais la transparence est nécessaire, il en va du respect des principes démocratiques. En ce sens, la Cour des comptes recommande, de son côté, dans un rapport de juillet 2026, d’automatiser le déclenchement des caméras piétons dont sont équipés policiers et gendarmes. Les Sages de la rue Cambon demandent de lancer cette expérimentation « au plus tard en 2028 ». Pour l’heure, l’enregistrement des images et sons captés par ces appareils reste à la discrétion des agents équipés.


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