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Dans « Secrets d’histoire », Stéphane Bern enquête pour savoir si Ravaillac a vraiment agi en loup solitaire, ceci à l’aune des dernières recherches historiques.
Passer la publicité Passer la publicitéRavaillac ? Une espèce flamboyante. Celle des assassins passés à la postérité. John Wilkes Booth a trouvé Lincoln, Gavrilo Princip a eu l’archiduc François-Ferdinand, Ramon Mercader n’a pas manqué Léon Trotski. François Ravaillac, lui, a occis Henri IV. Cela s’est passé un vendredi, le 14 mai 1610. Le meurtrier bondit sur le carrosse royal, arrêté rue de la Ferronnerie, et plante sa dague dans le cœur de sa cible. Il paie son crime en étant mis au supplice quelques jours plus tard, sur la place de Grève. Mais qui était l’homme, derrière le régicide ? Un illuminé solitaire ? Le bras armé d’un complot, fomenté par les opposants du Béarnais ? Pour démêler cet écheveau d’intrigues et d’hypothèses, l’émission « Secrets d’histoire » revient - armée des derniers travaux des historiens - sur cet épisode, parmi les plus retentissants de l’Ancien Régime. De Paris à Angoulême, en passant par le château de Pau, Stéphane Bern et son équipe mènent l’enquête, entourés d’un panel d’historiens, d’écrivains, de conservateurs du patrimoine ou encore… de François Bayrou, auteur d’une biographie du Vert Galant.
Silences révélateurs
Comment donc devient-on régicide ? Les rapports de l’enquête réalisée entre l’assassinat d’Henri IV et l’exécution de Ravaillac sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France. Quoique expéditifs, les interrogatoires dressent un bon portrait de l’assassin, décrit comme un personnage au tempérament émotif et à la foi catholique intense. Issu d’une famille de bourgeois d’Angoulême bien implantée dans la cité, le futur régicide a vu son père malmener sa mère et dilapider la fortune familiale. Formé par ses oncles, de stricts chanoines ultra-catholiques, le jeune Ravaillac grandit dans une ville fréquemment assiégée par les forces protestantes. Promis à une carrière de notable, il renie son milieu pour embrasser, en 1606, une foi rigoriste. Son expérience au sein de l’ordre des Feuillants tourne court. L’Angoumoisin s’en trouve expulsé après six semaines, en raison des visions délirantes qui l’assaillent. Suivent des années difficiles, proches de la mendicité, au cours desquelles il rejoint notamment Paris, à pied, dans l’espoir de rencontrer le roi. Un souhait qui lui sera refusé jusqu’à son passage à l’acte.
Saisir ce moment de bascule reste chose délicate. Ravaillac l’illuminé a-t-il vraiment voulu tuer Henri IV de sa propre initiative ? Soumis à la question dans les geôles de la Conciergerie, l’homme assure avoir agi seul, inspiré par des visions divines. « Il est passé très rapidement d’un fou de Dieu à un fou tout court », remarque l’historien Jean-Christian Petitfils. « Les gens qui délirent n’ont pas conscience qu’ils délirent. Pour eux, ces mécanismes mentaux sont des réalités », abonde le criminologue Jean-Pierre Bouchard.
Mais qu’en était-il vraiment ? Les mobiles du crime ne manquaient pas, à une époque où le souvenir des guerres de Religion était encore vif. Stéphane Bern passe en revue les différentes thèses, de l’intrigue de cour au complot étranger, sans oublier une éventuelle conjuration catholique. La présence, lors de l’assassinat, d’un mystérieux groupe d’hommes encourageant le geste de Ravaillac, donnerait du crédit à la piste d’un assassinat commandé, réalisé en poussant au crime l’Angoumoisin dérangé. Quels étaient les possibles initiateurs du complot ? La reine Marie de Médicis, couronnée la veille du meurtre ? Henriette d’Entragues, une ancienne maîtresse du roi ? Le duc d’Épernon, l’ancien favori ambitieux d’Henri III ? Une autre piste, plus sérieuse, concerne celle des opposants à la guerre que le bon roi était sur le point d’entamer contre les Habsbourg - un conflit qui aurait embrasé le continent. À Lille, les archives de l’archiduc Albert d’Autriche renferment des détails, et quelques silences, révélateurs. La mort d’Henri IV garde de belles parts d’ombre.


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