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Se tourner vers le sociofinancement pour accoucher

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Privé d'assurance maladie en raison de leur statut migratoire, un couple népalais de Rimouski est contraint de se tourner vers le sociofinancement afin d'assurer les suivis de grossesse et l'accouchement de la future mère. Une histoire loin d'être unique, selon des organismes qui souhaitent un élargissement de la couverture d'assurance maladie au Québec.

Cela fait maintenant trois ans que Pratistha Shrestha et son conjoint, Dipesh Sharma, ont posé leurs valises à Rimouski. Elle comme biologiste de formation, lui comme étudiant à la maîtrise, puis candidat au doctorat à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Elle est enceinte de 29 semaines et attend des jumeaux, qui naîtront vraisemblablement bien loin des montagnes de l'Himalaya. On est excités pour l'arrivée des bébés, confie Pratistha Shrestha, au cours d'une entrevue qu'elle a réalisée dans sa sixième langue. Mais en même temps, on s'inquiète pour notre situation financière.

Pratistha Shrestha et son conjoint, Dipesh Sharma.

Le couple originaire du Népal se voit contraint de solliciter la générosité du public afin de payer leurs factures.

Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque

Inquiète, car inadmissible aux soins couverts par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), Mme Shrestha étant détentrice d'un permis de travail ouvert. Ses assurances privées n'incluent pas plus les suivis de grossesse ou l'accouchement.

Rien pour simplifier son cas, la grossesse gémellaire est considérée comme à risque, ce qui implique plusieurs consultations, notamment à Québec.

Une option qui nous est restée est de payer tous ces frais en versements mensuels. Mais le montant est assez élevé, ça nous prendrait des années, explique celle qui multiplie les pauses, soucieuse d'avoir les mots justes.

Sans issue, le couple s'est résigné à se tourner vers la générosité du public pour couvrir leurs frais, chiffrés dans les dizaines de milliers de dollars.

Depuis trois ans, ils vivent, étudient, travaillent et participent activement à la vitalité de notre communauté. Leur présence, leur générosité et leur engagement sont précieux pour nous tous, peut-on lire sur la page de sociofinancement, créée par des proches du couple népalais.

On a essayé tout ce qu'on pouvait, mais il n'y a aucune solution à ce problème. Ça augmente notre stress

Élargir la couverture médicale?

Ce n'est pas du tout une situation unique, réagit Stéphanie Harvey, conseillère en analyse des politiques chez Médecins du Monde Canada. Au Québec, environ 50 000 immigrants vivent sans couverture médicale en raison de leur statut migratoire, selon l'institut universitaire SHERPA. Et de plus en plus d'entre eux se retrouvent en région dite éloignée.

Parlez-en à Rosanne Lord d'Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent. L'intervenante communautaire interculturelle pour le volet Santé de l'organisme signale que le quart de sa clientèle la rencontre en lien avec une absence de couverture médicale. Il y a plusieurs craques dans lesquelles elles peuvent tomber, se désole-t-elle.

Rosanne Lord.

Rosanne Lord est intervenante communautaire interculturelle pour le volet Santé d'Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque

Dans ce contexte, des organismes québécois, comme Médecins du Monde Canada, qui gère une clinique pour les personnes immigrantes à statut précaire, militent pour un élargissement de la couverture offerte par la RAMQ. Malgré les coûts supplémentaires d'une telle mesure, maintenir le statu quo est encore plus onéreux, selon Stéphanie Harvey.

L'enfant d'une mère n'ayant obtenu aucun suivi de grossesse est plus susceptible de naître avec certaines difficultés, ce qui peut engendrer des soins beaucoup plus importants dans les premières années de vie de l'enfant. Et ça, ça va être à la charge de la RAMQ.

Ça crée tellement de précarité, renchérit Rosanne Lord. Et il reste que la plupart des gens existent, fonctionnent, travaillent dans la société et, malgré ça, pendant des années, [ils] n'ont pas accès à une couverture d'assurance maladie. Et on s'entend que, même s'ils prennent une couverture privée, c'est très minime ce que ça va offrir.

Depuis 2021, tous les enfants mineurs qui démontrent leur intention de demeurer au Québec pour une période de plus de six mois après leur inscription à la RAMQ sont couverts par le régime public d'assurance maladie, et ce, peu importe le statut migratoire de leurs parents.

Si tout va bien, Pratistha et Dipesh devraient accueillir les jumeaux vers la fin du mois d'avril. Ils ne manquent pas de remercier les nombreux donateurs qui ont soutenu leur cause, parfois dans l'anonymat total. Je souhaite que mes bébés vont naître en santé, souhaite simplement la future maman. Et ne pas avoir de stress et de l'endettement à long terme.

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