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«Se tenir debout!»: le nouvel appel politique de Françoise David

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C’est le printemps des idées chez les solidaires plus ou moins retraités. Après le bientôt ex-député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et son livre blanc sur l’éducation des garçons issus des milieux défavorisés (Ceux qu’on échappe), voici que Françoise David, elle-même ancienne élue de la formation de gauche, lance un livre pour « reprendre du pouvoir sur ce qui nous arrive ». Le texte intitulé Se tenir debout ! paraît mercredi aux Éditions Écosociété.

Le petit livre bleu de moins de 100 pages (en gros caractères, vendu 12 $) tient un peu du pamphlet ou du manifeste. L’autrice elle-même préfère parler d’un essai documenté. Une de ses sœurs y a vu un plaidoyer, ce qu’elle accepte aussi, tout en préférant parler d’un « appel politique » tout simplement.

« C’est un appel à ce que moi, je connais de mieux dans ce Québec que j’aime tellement depuis longtemps. Le Québec que j’aime le mieux, c’est celui qui bouge, celui qui se tient debout, celui où on est ensemble, malgré les divergences, les différences, dit-elle en entrevue téléphonique. Je suis pour le débat. C’est ça, la démocratie. Mais il y a des moments, comme maintenant, où on a particulièrement besoin d’être ensemble et de se tenir debout. »

Celle qui représente la conscience morale du Québec milite depuis un demi-siècle. « Ça commence à faire un bout, là. » Françoise David a maintenant 78 ans. Elle se dit en grande forme et bien heureuse d’avoir plus de temps pour la culture, dont la lecture, le cinéma et le théâtre. Son rôle de grand-mère la comble. Son livre est dédié à ses cinq petits-enfants : « Avec l’espoir de vous laisser le monde que vous méritez ! » écrit-elle.

Redonner espoir

L’idée de son nouveau cri du cœur engagé a germé dans la foulée de la réélection de Donald Trump, qui incarne quelque part la mauvaise conscience de notre époque. Elle a ensuite consulté beaucoup de gens, discuté abondamment et pondu six versions préliminaires du texte.

Le résultat plaide pour une cause qui se résume à cette idée de rassembler la société québécoise autour de la justice sociale, des services publics de qualité, de l’écologie, de l’accueil des immigrants et de l’indépendance nationale. « Je ne suis plus porte-parole de rien, d’aucun mouvement, d’aucun parti, dit-elle. Je ne représente personne d’autre que moi-même. Ça me donne une liberté intéressante pour contribuer à redonner espoir, un peu d’optimisme. »

Certains constats jettent plutôt l’effroi. Dans le premier chapitre, portant sur les inégalités, elle souligne qu’au Canada, en 2024, les 20 % les plus riches captaient 42,3 % du revenu disponible et 65 % de la richesse. Elle rappelle qu’une grande partie des personnes vivant dans la pauvreté ont des problèmes de santé physique ou mentale, sont analphabètes et peinent à payer le loyer ou l’épicerie. Plus de 15 000 personnes vivent sans abri.

Elle répète donc qu’il faut augmenter les prestations de l’État aux plus pauvres, mais aussi le salaire minimum, et améliorer l’accès à un logement décent à un prix raisonnable. L’autrice propose que le gouvernement revoie les paliers d’imposition en exigeant un effort additionnel de la part des contribuables bien nantis, augmente les tarifs d’électricité pour les ménages surconsommateurs et surtaxe les produits de luxe. En entrevue, elle ajoute qu’il faut de nouveaux états généraux en éducation.

« La situation est claire, écrit-elle. Si l’État québécois n’obtient pas de nouveaux revenus, il va privatiser davantage de services publics. Nos écoles vont dépérir encore plus. Il n’y aura pas de plan véritable pour combattre la pauvreté et l’itinérance. »

Des points aveugles

Le bilan et ses solutions restent dans les clous d’une certaine gauche et la perspective maintient des points aveugles. Il n’est, par exemple, jamais question de la captation de la richesse collective par des corporations bien gavées, ne serait-ce que celles des médecins comme de certains fonctionnaires. Ou encore des lourdes charges fiscales de la classe moyenne, qui ne permettent pourtant pas qu’on se paie collectivement les équipements et les services adéquats. Alors, à quoi bon en rajouter sans réforme radicale de l’État ?

« Les médecins spécialistes sont dans le 1 % et c’est une fille de médecin qui le reconnaît, admet Mme David. Mais il y a aussi dans ces privilégiés des p.-d.g. de sociétés publiques et privées. On pourrait leur demander un effort additionnel, et j’aimerais qu’il y ait un débat collectif là-dessus. On pourrait aussi arrêter de baisser les impôts. Les baisses du gouvernement libéral et du gouvernement de François Legault ont enlevé 5 milliards par année au budget de l’État. »

Autre exemple : le voile islamique. Françoise David, féministe majeure du Québec, défend le droit de le porter et s’insurge contre la loi 21 sur la laïcité. Elle n’a donc pas été convaincue par la critique qui y voit un symbole d’oppression d’une religion théologico-politique ?

« Pour moi aussi, c’est un symbole d’oppression, et je n’ai jamais prétendu le contraire, explique Françoise David en entrevue, reprenant des arguments de son livre. Mais j’élargis le propos en rappelant que toutes les religions, particulièrement dans leurs franges conservatrices, oppriment les femmes. »

Elle souligne que des sectes conservatrices évangélistes américaines ont fait reculer le droit à l’avortement. « Je dis, en tout respect, qu’on ne peut pas juger de la posture d’une femme qui porte une petite croix ou un voile uniquement parce qu’elle porte ce signe. Nombre d’entre elles perdent maintenant leur emploi parce qu’on leur demande de choisir entre l’expression de leur foi et leur travail. Ça fait 20 ans qu’on parle de laïcité et ça finit toujours par revenir au voile. C’est à ça que je m’objecte. »

Le livre se termine sur un appel à aller voter le 5 octobre, sans préciser pour quel parti. Elle-même appuiera Québec solidaire, la formation qu’elle a cofondée. « Mon cœur est encore là et ce n’est un secret pour personne. C’est mon choix. Mais je ne veux rien imposer à personne. Mais je dis aux gens : “Faites-moi au moins le plaisir et l’honneur de me lire, et après, faites-vous une opinion par vous-même…” »

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