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Le docteur et député de l’Isère Yannick Neuder (LR) et la députée du Rhône Sandrine Runel (PS) viennent de déposer à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour réguler la vente des sodas caféinés. L’ancien ministre en profite pour alerter la population sur leurs dangers.
Ève Moulinier - Aujourd'hui à 12:00 - Temps de lecture :
Avec leurs couleurs vives et leur design tendance, elles se sont imposées dans les têtes de gondole de tous les supermarchés et même des petites épiceries du coin de la rue. Impossible d’échapper à la vue de ces canettes de boissons énergisantes qui promettent d’avoir la pêche et de chasser la fatigue… Et elles ont un vrai succès ! Le marché de ces sodas caféinés a en effet été multiplié par plus de quatre en dix ans. Le public est jeune, très jeune même: 18% des enfants entre 3 et 10 ans en ont déjà consommé et 3 à 5% des collégiens/lycéens en consomment chaque jour. Une situation qui inquiète les professionnels de la santé, dont le docteur et député isérois Yannick Neuder qui vient de déposer une proposition de loi, avec sa collègue du Rhône Sandrine Runel (PS), après qu’ils ont rédigé, ensemble, un rapport sur le sujet pour la commission des Affaires sociales.
L’ancien ministre de la Santé espère défendre le texte devant l’Assemblée nationale en novembre ou en janvier. Photo Assemblée Nationale
« Est-ce que vous pourriez manger d’affilée dix morceaux de sucre? Non? Pourtant, quand vous buvez ces boissons, c’est ce que vous faites! »
Yannick Neuder explique : « D’abord, ces sodas [même si certaines marques se sont lancées dans des versions zéro, NDLR] sont très sucrés. Selon les canettes, elles contiennent l’équivalent de sept à douze morceaux de sucre. Vous imaginez? Est-ce que vous pourriez manger d’affilée dix morceaux de sucre? Et parfois, plusieurs fois dans la même journée? Non? Pourtant, quand vous buvez ces boissons, c’est ce que vous faites! Or les dangers d’une consommation élevée de sucre ne sont plus à démontrer. Les pics d’insuline peuvent induire un état prédiabétique notamment. »
Mais le sucre n’est pas le seul problème. « Comme cardiologue, je vois ce que la caféine à forte dose provoque chez un adolescent : palpitations, nuits blanches, anxiété. Et qui dit insomnies dit problèmes de concentration et d’apprentissage à l’école. On peut alors entrer dans un vrai cercle vicieux. Moi, franchement, si les adultes veulent boire ces cochonneries - qui ne sont que la version liquide de la très dangereuse alimentation ultratransformée - ils sont libres de le faire. Mais ces produits ne sont pas faits pour nos enfants, on doit les protéger par une loi ».
Dans le texte, il est donc préconisé l’interdiction de vente aux moins de 16 ans et le retrait des produits des distributeurs automatiques. « C’est ce qui se fait déjà en Norvège, Roumanie, Pologne et au Québec. Bien sûr que le contrôle sera difficile, mais une telle interdiction engagerait la responsabilité du commerçant et alerterait l’ado qu’il est dans la transgression. Cela permettrait aussi d’informer les parents qui ne savent pas toujours ce qu’ils achètent pour leurs enfants. Donc, il faut le faire.»
Yannick Neuder et Sandrine Runel, qui défendront aussi leurs préconisations lors du budget de la Sécurité sociale, espèrent maintenant pouvoir inscrire la proposition de loi lors d’une des deux semaines transpartisanes de l’Assemblée (prévues fin novembre et en janvier). Ils comptent sur une mobilisation de tous les députés.
Les prémix alcoolisés également visés
D’autres produits connaissent un vrai succès chez les jeunes : les prémix ou cocktails industriels, qui peuvent monter jusqu’à 22 degrés, en étant vendus autour de 4 euros.
Les députés Neuder et Runel veulent s’y attaquer. « La vente d’alcool est interdite aux mineurs, mais ils parviennent à en acheter, notamment ces boissons qui sont très populaires. Il y a des concours sur les réseaux sociaux et des influenceurs ont lancé leurs propres marques. Or ces cocktails peuvent contenir plus de quatre unités d’alcool ! », s’alarme Yannick Neuder qui ajoute : « Comme les boissons énergisantes, elles sont très sucrées et bourrées de caféine. On sait pourtant que la caféine atténue la perception de l’ivresse et peut engendrer davantage de comportements à risques. » Les deux rapporteurs formulent des recommandations : taxer les cocktails prêts à boire au-delà de 12 degrés, aujourd’hui exonérés, pour les faire sortir des rayons; autoriser des tests pour contrôler le respect de l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs; alourdir les amendes; mettre fin à la publicité pour l’alcool sur les réseaux sociaux; rendre obligatoire le message “L’alcool est dangereux pour la santé” sur les boissons affichant plus de 18 degrés.
Èv.M.


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