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Sans réforme fiscale, les futures générations pourraient avoir accès à moins de services publics

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Au Québec, les prochaines générations ne profiteront pas du même niveau de services publics que leurs aînés, à moins de payer plus d’impôt ou de s’endetter davantage. Autrement, c’est l’offre de services qui en prendra un coup, souligne une nouvelle étude de la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

« Actuellement, le poids de la fiscalité en place ne rend pas possible le financement des services publics actuels pour les prochaines décennies », souligne le fiscaliste Luc Godbout, coauteur de l’étude sur la soutenabilité budgétaire du Québec, parue ce mardi.

En pleine année électorale et à quelques jours du dépôt du budget, qui sera présenté le 18 mars prochain, le rapport présente les tendances qui attendent les finances de l’État québécois à moyen et long terme.

Tout porte à croire que les « efforts » actuels du gouvernement pour redresser les finances publiques ne seront pas que passagers. En cause notamment : des perspectives de croissance économique plus moroses, et des changements démographiques importants, indique le rapport.

À titre d’exemple, le vieillissement de la population exerce une pression non seulement sur les dépenses, comme en santé, mais aussi sur les revenus, puisque le bassin de travailleurs se resserre. Compte tenu des tendances qui se dessinent, des questions s’imposent alors quant au maintien de l’offre de services publics au Québec.

À cet égard, un sondage Léger commandé la semaine dernière par le Journal de Montréal et le réseau TVA révélait qu’une majorité (61 %) de Québécois préférerait maintenir le même niveau de taxes et d’impôts, quitte à diminuer les services offerts par l’État. Seules 14 % des personnes interrogées préféreraient augmenter le fardeau fiscal pour maintenir les services publics actuels. Le reste des personnes sondées se sont abstenues de répondre.

La situation s’est dégradée

Ce n’est pas la première fois que la Chaire mesure la soutenabilité des finances publiques. Elle produit et met à jour cette étude depuis bientôt vingt ans. Or, dans la plus récente édition, le portrait s’est assombri par rapport à la précédente, publiée en 2023.

Il y a trois ans, la Chaire calculait que le déficit budgétaire du Québec équivaudrait à environ 0,6 % du produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2065. Les projections se sont depuis détériorées. Le déficit pourrait atteindre 2,4 % du PIB à cet horizon, estime désormais la Chaire dans son scénario de base.

« Il y a eu beaucoup de changements dans les déterminants de la croissance économique, ce qui affecte les revenus de l’État », explique Suzie St-Cerny, chercheuse et coautrice de l’étude.

Entre autres, au lieu d’augmenter, la population devrait rester stable. La croissance du taux d’emploi escomptée par Retraite Québec a été revue à la baisse. Et la productivité serait moins forte que prévu. « Tout ça a un effet à la baisse sur le taux de croissance du PIB et donc automatiquement sur les revenus de l’État », résume Mme St-Cerny.

« Si le marché est plus dynamique, la situation pourrait toutefois s’améliorer », ajoute M. Godbout. Ce serait le cas si les Québécois restent plus longtemps sur le marché du travail et si la productivité s’améliore. Dans un tel scénario, le déficit budgétaire en 2065 pourrait alors n’être que d’environ 0,5 %.

Les défis du prochain gouvernement

À quelques mois d’une campagne électorale au Québec, Luc Godbout met en garde les partis.

« Avant d’annoncer des mesures qui auront des effets négatifs sur les revenus ou une pression additionnelle sur les dépenses, il faudrait vraiment être capable de rééquilibrer le budget en 2029-2030. C’est un incontournable pour avoir des finances publiques saines à moyen terme », soutient le fiscaliste.

Au-delà du retour à l’équilibre, le parti qui prendra les rênes du gouvernement en octobre devra aussi « prendre un pas de recul et prendre des décisions pour améliorer la trajectoire des finances publiques à moyen-long terme », estime M. Godbout.

Il faudra notamment statuer sur l’avenir du Fonds des générations. Pour le moment, la loi prévoit des versements jusqu’en 2038. « Qu’adviendra-t-il une fois la cible d’endettement atteinte ? Que choisiront les décideurs politiques à ce moment-là ? » se demande la Chaire dans son rapport, soulignant qu’il est important de s’interroger sur ces questions dès maintenant.

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