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L’ancien commissaire européen a été sanctionné mardi par Washington pour son rôle dans la régulation des géants de la tech américaine. La France, par la voix d’Emmanuel Macron et de ses ministres Jean-Noël Barrot et Roland Lescure, a condamné cette décision.
«Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ?» Après que l’ancien commissaire européen Thierry Breton a été interdit de séjour aux États-Unis par l’administration Trump mardi, pour son rôle passé dans la régulation des géants de la tech américaine à l’échelle de l’UE, les réactions indignées en France ne se sont pas fait attendre. «La France dénonce les décisions de restriction de visa prises par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton et de quatre autres personnalités européennes», a écrit sur X (ex-Twitter) Emmanuel Macron ce mercredi, estimant que «ces mesures relèvent de l’intimidation et de la coercition à l’encontre de la souveraineté numérique européenne».
Ont également été visées par cette interdiction de visa des représentants d’ONG luttant contre la désinformation et la haine en ligne au Royaume-Uni et en Allemagne : Imran Ahmed, qui dirige le Center for Countering Digital Hate (CCDH), Clare Melford, à la tête d’un index de la désinformation (GDI) basé au Royaume-Uni, ainsi que Anna-Lena von Hodenberg, fondatrice de HateAid, une ONG allemande, et Josephine Ballon, de la même association.
«La réglementation numérique de l’Union européenne a été adoptée à l’issue d’un processus démocratique et souverain par le Parlement européen et le Conseil. Elle s’applique en Europe pour garantir une concurrence loyale entre les plateformes, sans viser aucun pays tiers, et pour faire respecter en ligne les règles qui s’imposent déjà hors ligne», a développé le chef de l’État français. «La France dénonce avec la plus grande fermeté la restriction de visa prise par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton (...) et quatre autres personnalités européennes», avait avant lui déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur X.
«Les peuples de l’Europe sont libres et souverains»
Commissaire européen au Marché intérieur de 2019 à 2024, Thierry Breton avait été l’artisan de la directive européenne sur les services numériques (DSA), qui impose à Meta, Google, X ou Amazon de mieux contrôler les contenus publiés en ligne et de lutter contre la propagation de la désinformation ou de la haine. Un texte réglementaire considéré par Washington comme une atteinte à la liberté d’expression.
«Le règlement sur les services numériques (DSA) a été démocratiquement adopté en Europe pour que ce qui est illégal hors ligne le soit aussi en ligne. Il n’a absolument aucune portée extraterritoriale et ne concerne en aucun cas les États-Unis», a défendu Jean-Noël Barrot. «Les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique», a ajouté le chef de la diplomatie française.
«Pour rappel : 90 % du Parlement européen — démocratiquement élu — et les 27 États membres à l’unanimité ont voté le DSA», a lui aussi rappelé Thierry Breton sur X après l’annonce de la décision américaine à son encontre. «À nos amis américains : “La censure n’est pas là où vous le pensez”», a écrit l’ancien ministre sur le réseau social d’Elon Musk.
«La France condamne avec la plus grande fermeté la restriction de visa décidée par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton, (...) ainsi que de plusieurs autres personnalités européennes», a également fait savoir le ministre de l’Économie français Roland Lescure sur le réseau Bluesky. «Ce cadre européen de régulation du numérique a été adopté démocratiquement pour garantir des règles claires, équitables et protectrices pour les citoyens comme pour les entreprises. Il s’inscrit strictement dans le champ de compétence européen et ne vise aucun pays tiers», a-t-il déclaré, dans la lignée des propos de son collègue du gouvernement Jean-Noël Barrot. «Ce cadre nous protège, nous devons le protéger !», a-t-il conclu.
«Nous ne sommes pas une colonie des États-Unis !»
«Mon prédécesseur Thierry Breton a agi pour l’intérêt général européen, fidèle au mandat donné par les électeurs en 2019. Aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens. Solidarité totale avec lui et tous les Européens concernés», a quant à lui réagi Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle, et ancien ministre français des Affaires étrangères entre janvier et septembre 2024. Pour l’eurodéputée (Horizons) Nathalie Loiseau, «ne nous y trompons pas : derrière cette mesure, c’est la souveraineté des Européens à décider de leurs lois et à les faire appliquer qui est attaquée».
Le chef de file des députés macronistes Gabriel Attal en a profité pour glisser un tacle au patron du RN Jordan Bardella, raillant ses propos tenus sur le plateau de «Quelle époque !» sur France 2. «Les admirateurs français de Donald Trump trouveront-ils l’énergie de réagir face à une nouvelle remise en cause de notre souveraineté par un pays pourtant allié ? La décision des États-Unis d’interdire de visa Thierry Breton et d’autres personnalités européennes constitue une intimidation directe envers tous les peuples européens. Une intimidation inacceptable», a écrit l’ancien premier ministre sur X. «Ce nouvel acte illustre que certains sont prêts à tout pour intimider l’Europe», a-t-il estimé.
Même du côté des oppositions, on condamne la décision de l’administration Trump d’interdire de séjour Thierry Breton. «Nous ne sommes pas une colonie des États-Unis ! Nous sommes Européens, nous devons défendre nos lois, nos principes, nos intérêts. Cette sanction scandaleuse contre Thierry Breton rend hommage à son combat pour notre souveraineté. Nous le continuerons ensemble. Jusqu’au bout», a par exemple tempêté l’eurodéputé social-démocrate Raphaël Glucksmann sur X. «Cette décision est d’une gravité extrême. La France et l’Union européenne doivent réagir de manière immédiate à cette attaque sans précédent contre notre souveraineté», a renchéri le secrétaire général du Parti socialiste Pierre Jouvet, toujours sur le réseau social d’Elon Musk.
Au Rassemblement national, parti au discours anti-européen, les avis semblent partagés. «Je pense que l’administration Trump non seulement se trompe sur le fond, mais se trompe sur l’image qu’elle renvoie des États-Unis au monde entier», a critiqué son vice-président Sébastien Chenu sur RTL. Deux eurodéputées RN ont quant à elle fait part de leur compréhension vis-à-vis de la décision américaine. «Thierry Breton avait menacé (en 2024) le propriétaire du réseau social de (faire) respecter les réglementations de l’UE. Un visa enlevé un an et demi après, ils ont fait preuve de beaucoup de patience !», a jugé Virginie Joron en référence aux différends entre Elon Musk et l’UE. Les États-Unis «ne se sacrifieront pas pour un continent sans libertés où l’on annule même des élections», en référence à la présidentielle roumaine, a renchéri Catherine Griset.
De son côté, la Commission européenne a réagi dans un communiqué, disant «condamner fermement» les sanctions des États-Unis contre les cinq personnalités européennes engagées en faveur de la régulation de la tech. «Nous avons demandé des clarifications aux autorités américaines (....). Si nécessaire, nous répondrons rapidement et de manière décisive pour défendre notre autonomie réglementaire contre des mesures injustifiées», a assuré Bruxelles. «Les interdictions d’entrée imposées par les États-Unis, y compris celles visant les présidents de #HateAid, sont inacceptables», a quant à lui déclaré sur X Johann Wadephul, le ministre allemand des Affaires étrangères. «La loi sur les services numériques garantit que toute activité illégale hors ligne l’est également en ligne», a-t-il défendu.


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