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Saint-Donat, village global

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Avec ses deux monts skiables, ses maisons enneigées et sa coquette rue principale, Saint-Donat a tout d’un village québécois de carte postale. La municipalité blottie sur les rives du lac Archambault doit une partie de sa vitalité aux travailleurs étrangers, qui assurent le service dans plusieurs de ses commerces de proximité.

On les croise au café du coin, à l’épicerie, à la microbrasserie, au CPE ou encore à la boulangerie. Bien qu’ils forment environ 1 % de la population locale, la quarantaine de travailleurs migrants installés dans le village de Lanaudière sont bien visibles.

Ils sont travailleurs étrangers temporaires, demandeurs d’asile ou « PVTistes ». Ils viennent du Mexique, de la Colombie, de France, mais aussi de Côte d’Ivoire, du Cameroun ou du Sénégal.

« À l’échelle de Saint-Donat, 40 travailleurs c’est énorme en matière de vitalité économique », mentionne le maire Joé Deslauriers, qui ne tarit pas d’éloges sur l’apport des travailleurs migrants.

Grâce à eux, le Tim Hortons, le Super C ou le IGA peuvent offrir des heures d’ouverture élargies.

« L’arrivée des travailleurs étrangers temporaires nous permet d’avoir des commerces de proximité et de répondre aux besoins de la population. Ils ne sont pas venus prendre l’emploi de quelqu’un. Ils sont venus pourvoir des postes qui étaient libres depuis des années », affirme le maire de la municipalité de 4500 habitants.

« On a besoin d’eux si l’on veut un café à 6 h le matin ou se faire trancher de la charcuterie après 18 h. »

À l’instar d’autres maires de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Joé Deslauriers implore le gouvernement provincial d’instaurer une clause « grand-père » pour permettre aux travailleurs temporaires détenant un permis de travail de rester.

« Derrière les emplois, il y a des humains. On a besoin d’eux, ils ne prennent la place de personne », soutient l’élu.

Un avenir incertain

À la microbrasserie Brouemalt, sur la rue principale, les clients sont accueillis par une citoyenne française, Agathe Agu, du moins pour quelques semaines encore.

La jeune femme de 32 ans est arrivée au pays il y a bientôt deux ans avec un permis Vacances-Travail (PVT), en espérant accumuler assez de points au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour éventuellement accéder à la résidence permanente.

L’abolition le 19 novembre dernier du PEQ a cependant compliqué ses rêves. Son PVT arrive à échéance le 26 janvier prochain. Elle n’a d’autre choix que d’espérer décrocher le plus vite possible un permis de travail temporaire d’un an ou deux si elle veut rester au pays.

« Du jour au lendemain, les programmes auxquels j’étais admissible n’existent plus. Est-ce que je dois retourner à la maison ? » déplore celle qui est devenue la gérante du Brouemalt.

Après avoir démissionné de son emploi et vendu sa résidence en France, la native de la région de Mayenne espérait acheter une maison à Saint-Donat avec son conjoint québécois. Le plan est évidemment sur la glace. Ses épargnes iront plutôt à l’avocat qui pilote son dossier d’immigration.

« J’aurais pu contribuer encore plus à l’économie, mais je ne peux pas investir dans l’immobilier sans savoir ce qui va se passer. C’est stressant et bloquant », explique celle dont le frère est installé à Saint-Donat depuis 16 ans.

Sa situation met également dans l’embarras sa patronne, Fannie Bessette.

« Je veux la garder, c’est ma personne de confiance, c’est mon bras droit à l’interne. Évidemment que pour moi, c’est une grosse perte si elle doit quitter. Puis on ne se cachera pas qu’en région, ça ne pleut pas les candidats comme elle », dit la propriétaire de la microbrasserie.

En attendant de connaitre son sort, Agathe Agu a une pensée pour les autres travailleurs temporaires de la région dont le permis arrivera à échéance en 2026.

« Moi, ma situation, elle est embêtante, mais elle n’est pas dramatique. J’entends des choses sur des familles qui sont là depuis des années, qui ont eu des enfants ici, et qui finalement ne pourront peut-être pas rester. Ça, c’est dramatique. »

« On a envie de s’intégrer, de s’installer, de faire partie de la communauté. Si on est là, c’est parce qu’on aime le Québec », ajoute-t-elle.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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