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Trois momies conservées au Chili ont fait l'objet d'une nouvelle étude, publiée le 15 juillet dans la revue Science Advances. Découvertes en 1954 et 1976, elles n'avaient jamais été examinées avec les méthodes actuelles.
Les trois individus
Le premier, désigné sous le nom d'enfant du Plomo, était âgé de huit ou neuf ans. Il a été sacrifié vers 1480 près du sommet du Cerro El Plomo, à 5 400 mètres d'altitude, dans l'actuel centre du Chili. Sa dépouille a été retrouvée en 1954.
Les deux autres, découvertes en 1976 sur le Cerro Esmeralda, dans le désert d'Atacama au nord du pays, sont des jeunes filles âgées d'environ neuf et dix-huit ans. Elles ont été sacrifiées une trentaine d'années plus tôt, vers 1450.
Il y a cinq siècles, sur les sommets glacés des Andes, des enfants étaient conduits vers un destin hors du commun. Découverts figés dans la glace des siècles plus tard, leurs corps semblaient raconter une histoire connue. Mais aujourd’hui, des scanners révèlent une réalité plus nuancée, et parfois plus troublante, que celle transmise par les chroniqueurs européens.... Lire la suite
Les datations au radiocarbone situent donc ces trois événements au XVe siècle, à des moments distincts. Il ne s'agissait pas d'épisodes isolés mais d'une pratique reconduite, souligne Verónica Silva-Pinto, archéologue à l'université Diego Portales de Santiago et première autrice de l'étude.
Des causes de mort réévaluées
C'est le résultat le plus net de ce réexamen, mené par tomodensitométrie et microscopie. L'enfant du Plomo était réputé mort d'hypothermie, exposé au froid des hauteurs. L'imagerie révèle un traumatisme crânien par choc, lésion que les premiers examens n'avaient pas identifiée.
Les deux jeunes filles du Cerro Esmeralda passaient pour avoir été étranglées, en raison de marques relevées sur leur cou. L'analyse conduit à une autre lecture : ces marques proviennent vraisemblablement de leurs vêtements, après la mort. Leurs os hyoïdes, situés à la gorge, ne présentent ni fracture ni déplacement, alors que ces lésions accompagnent la plupart des strangulations. Les chercheurs concluent que la cause de leur décès doit désormais être considérée comme indéterminée.
Ces momies d'enfants découvertes au Chili, sacrifiés au XVe siècle, n'en finissent pas d'intriguer les archéologues. Le rituel auquel ils ont participé a-t-il contribué à consolider le pouvoir impérial et à intégrer les territoires conquis ? © Tobiasjo, iStock
Un rituel étalé sur des mois
La seconde partie de l'étude porte sur ce qui a précédé. L'équipe a analysé les isotopes contenus dans de minuscules prélèvements de cheveux. Ces variantes d'un même élément chimique, incorporées à partir de l'alimentation et de l'eau consommées, permettent de reconstituer les environnements traversés.
Les résultats indiquent des déplacements sur de longues distances, entre régions écologiquement contrastées. Les chercheurs estiment que l'enfant du Plomo a parcouru entre 2 600 et 2 800 kilomètres au cours de ses neuf derniers mois, probablement depuis Cuzco, capitale de l'Empire inca. Les jeunes filles du Cerro Esmeralda auraient effectué entre 900 et 1 200 kilomètres durant leurs trois derniers mois.
Rite inca : les enfants du Llullaillaco ont été drogués
Voilà plus de 500 ans, trois enfants ont été sacrifiés près du sommet du volcan andin Llullaillaco, à plus de 6.000 m d’altitude. De nouvelles analyses menées sur les cheveux de la « demoiselle de Llullaillaco » ont livré une information importante : au moment de sa mort, cela faisait plus d’un an que la jeune Inca était régulièrement droguée à la coca et à l’alcool.... Lire la suite
Selon Verónica Silva-Pinto, la capacocha ne se réduisait donc pas à l'acte final accompli en montagne. Il s'agissait d'un processus rituel étendu, engagé plusieurs mois auparavant, impliquant des déplacements, des changements d'alimentation et la participation de communautés successives.
Ces itinéraires reliaient les régions périphériques aux hauts sommets et aux autres lieux où se concluaient les cérémonies. Les communautés locales accueillaient les pèlerins et prenaient part à des cérémonies comportant le partage de nourriture et de boissons. Les trajets devenaient ainsi des paysages sacrés, ce dont l'État inca se serait servi pour asseoir sa présence dans les territoires récemment intégrés.
Une lecture qui suppose un cadre culturel
L'archéologue insiste sur la nécessité de situer ces conclusions dans la conception andine de la mort, qui ne l'envisageait pas comme un terme absolu.
Elle y était comprise comme une transformation, un passage vers le domaine des divinités, des ancêtres et des forces sacrées. Les individus offerts accédaient à un nouveau statut rituel et pouvaient devenir des médiateurs entre les communautés, les montagnes, les divinités et l'État.
Deux objections de méthode
Plusieurs spécialistes accueillent favorablement ces travaux tout en contestant certaines de leurs conclusions. Dagmara Socha, bioarchéologue à l'université de Varsovie, qui travaille sur les momies de la capacocha sans avoir participé à cette étude, met en cause l'usage fait des analyses isotopiques. Celles-ci ne permettent pas à elles seules de reconstituer un itinéraire.
Elle relève par ailleurs que plusieurs des variations observées n'étaient pas statistiquement significatives et pourraient traduire de simples changements saisonniers d'alimentation. L'étude lui paraît intéressante et potentiellement précieuse, mais certaines interprétations vont selon elle au-delà de ce que les données autorisent.
Les plus vieilles momies du monde sont chiliennes et sont passées au scanner
Dans une clinique de Santiago du Chili, quinze momies, considérées comme les plus anciennes au monde, vont passer au scanner afin de reconstituer leur physionomie. Elles ont été savamment confectionnées il y a plus de 7.000 ans par le peuple Chinchorro, qui vivait près du désert de l'Atacama, au Chili.... Lire la suite
Pablo Mignone, archéologue rattaché à un institut argentin de recherche en sciences sociales et humaines, également extérieur à ces travaux, conteste le cadre interprétatif retenu. L'article s'appuie selon lui sur un récit très centralisé, où des enfants seraient acheminés vers Cuzco puis envoyés comme instruments d'une conquête politique.
Or des études antérieures ont montré que les individus concernés par la capacocha partaient parfois de régions incas, et non uniquement de la capitale. Faire de Cuzco l'unique moteur de cette expansion relève d'un choix d'interprétation que ni cette étude ni l'ensemble des données comparatives disponibles n'établissent avec certitude.


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