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Dans un entretien au « Monde », le chercheur explique que l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la guerre dissout la responsabilité de l’Etat et pose un défi au concept juridique et politique de souveraineté.

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Titulaire d’un master en études de guerre du King’s College, à Londres, et formé à l’ingénierie aérospatiale, Rupert Barrett-Taylor est chercheur en défense et sécurité à l’Institut Alan Turing, le centre national britannique de recherche sur l’intelligence artificielle (IA).

Vous étudiez les implications éthiques de l’IA dans la guerre. En quoi son développement transforme-t-il le rôle de l’Etat ?

Le contrôle exclusif de l’Etat sur l’usage légitime de la force s’érode, apparemment avec son propre consentement. L’autorité de faire la guerre, de commander les forces armées et de décider de l’utilisation de la force meurtrière définit la souveraineté de l’Etat. Ce monopole est une pierre angulaire des relations internationales. Or, la conduite de la guerre dépend désormais de plateformes commerciales, de centres de données et d’infrastructures détenus par des entreprises privées. Cette dépendance représente un changement fondamental dans les rapports de pouvoir entre l’Etat et le marché. Elle pose aussi un défi au concept juridique et politique de souveraineté.

Pourquoi ces infrastructures sont-elles si importantes ?

Lorsque les flux de données qui président aux décisions de guerre et de paix transitent par des réseaux privés et sont traités par des algorithmes propriétaires, la revendication de l’Etat à l’autorité exclusive de la violence devient conditionnelle. L’IA n’est pas une simple application. Elle repose sur un ensemble de technologies : matériels, câbles, centres de données, services cloud, plateformes logicielles, applications. Superposées, elles forment un système de dépendances physique, numérique et juridique qui relèvent de différentes entreprises. Alors que le droit international est enraciné dans la juridiction territoriale et la responsabilité de l’Etat, les données transitent au-delà des frontières et des juridictions.

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