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Battu trois fois consécutivement sur la dernière marche de Champions Cup, entre 2022 et 2024, le Leinster veut renouer avec la victoire finale face à l’Union Bordeaux-Bègles (samedi, 15h45) et, enfin, décrocher une cinquième étoile.
C’est l’histoire d’une génération maudite. Du moins, à ce jour. La province du Leinster, au glorieux passé, n’a plus inscrit son nom au palmarès de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe depuis huit longues années (après avoir raflé quatre titres entre 2009 et 2018). Une anomalie, compte tenu de la domination du rugby irlandais sur la période. D’autant plus que Caelan Doris et ses partenaires ont toujours fait de cette compétition l’objectif central de leur saison… et ont rallié la finale trois fois d’affilée, entre 2022 et 2024. Pour trois défaites, contre le Stade Rochelais (par deux fois) et le Stade Toulousain.
Au moment de s’avancer au stade San Mamés de Bilbao, pour y défier une nouvelle équipe française (l’Union Bordeaux-Bègles de Louis Bielle-Biarrey), l’heure est au questionnement. La troupe de Leo Cullen, moins écrasante que par le passé, peut-elle enfin briser la malédiction ? «Les joueurs y pensent parce que c’est quelque chose qui marque [...] Dans un coin de leur tête, ils ne l’ont pas oublié, mais ils pensent plus à la victoire qu’à ces matches perdus», souffle en conférence de presse le pilier français Rabah Slimani, qui porte les couleurs de la province irlandaise depuis un an et demi. Et de poursuivre : «Le Leinster a quand même un lien particulier avec la Champions Cup. Cette année, ils sentent qu’ils sont presque au bout. Tout le monde rêve d’aller chercher une cinquième étoile. Moi le premier.»
Des scénarios cruels
Ce rêve, désir de tout un peuple qui attend désespérément la consécration de ses guerriers, peut-il une fois de plus s’évaporer à la faveur d’un scénario cruel ? Sur les trois finales en question, le Leinster les collectionne : 2022 et l’essai d’Arthur Retière à la dernière minute ; 2023 et l’invraisemblable écroulement après un quart d’heure de folie (17 points d’avance) ; ou encore 2024 et le drop manqué de Ciarán Frawley sur la sirène, face au Stade Toulousain, avant de perdre en prolongation au terme d’un match d’anthologie. Alors, comment expliquer l’incapacité de la formation irlandaise à conclure sur la dernière marche, après avoir dominé chaque édition de la tête et des épaules ?
«Ces trois finales ont aussi été perdues par le staff», assure pour Le Figaro Brett Igoe, entraîneur au Leinster développement et analyste rugby. «La stratégie mise en place, dans l’occupation et le jeu au pied, n’était pas aussi solide que celle de leurs adversaires. La fatigue et l’impact mesuré du banc ont peut-être également pesé… Je ne pense pas qu’on puisse parler de malédiction, mais ces défaites ont laissé des séquelles, c’est évident».
Et d’appuyer : «Il faut aussi rendre hommage aux entraîneurs et aux joueurs adverses. En 2024, Antoine Dupont était intouchable… Ronan O’Gara (2022 et 2023) et Ugo Mola ont été excellents, avec une meilleure utilisation du banc et une parfaite gestion des dernières minutes. Quand on regarde l’effectif, des grands joueurs comme Sheehan, Keenan, Lowe, Byrne, Doris ou Van der Flier ont tous remporté des titres avec l’Irlande mais ont perdu trois fois en Champions Cup… Lorsque la pression monte, ils se disent peut-être : “Ça recommence”.»
«Ils essaient de changer les choses»
Ainsi, le problème serait psychologique ? «Les joueurs ont certainement du mal à gérer ces déceptions d’un point de vue mental et, plus ça dure, plus ça devient difficile», affirme encore Igoe. Le Leinster semble prendre le sujet au sérieux et met tout en ordre pour répondre aux possibles faillites du groupe. «C’est le rôle de Jacques Nienaber (ancien sélectionneur des Springboks, entraîneur au club depuis 2023, NDLR), qui parle beaucoup de l’aspect mental pour appréhender les matchs, confirme Slimani. Avant que je n’arrive l’année dernière, ça faisait quatre ans que le Leinster n’avait rien gagné. Ça a commencé à peser sur le moral du club et des joueurs».
Malgré ces terribles échecs, la province garde le cap. Vainqueurs de l’URC la saison dernière (premier titre depuis 2021), les Leinstermen se sont à nouveau hissés en finale, sans difficulté, après avoir raté la précédente. Et ont certainement appris de leurs douleurs du passé, promet Igoe : «Leo Cullen a remanié son staff après les défaites de 2019, 2022 et 2023, et a même attiré Nienaber, qui venait juste d’arriver quand le Leinster s’est incliné contre Toulouse. Ils essaient de changer les choses.»
Signe du destin, la dernière victoire du Leinster en Champions Cup avait eu lieu au stade San Mamés de Bilbao, en 2018. Lieu de la finale de ce samedi (15h45), face au champion en titre bordelais. «J’entends beaucoup de gens dire que le Leinster est moins bien. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup d’équipes qui puissent parvenir à ce niveau de constance, mis à part Bordeaux», assure Rabah Slimani. Selon l’ancien Clermontois, le principal est acquis : «On est encore en finale.» L’heure est désormais venue de dompter, enfin, une dernière étape qui leur résiste depuis trop longtemps.


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