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Page d'accueil du site (capture d'écran, 19/02/2018).RT France (francais.rt.com) est la déclinaison en langue française du réseau Russia Today (RT), chaîne d'information financée par l'État russe. Lancée d'abord sous la forme d'un site en janvier 2015, puis d'une chaîne de télévision le 18 décembre 2017, elle avait son siège à Boulogne-Billancourt et était dirigée par Xenia Fedorova. Considérée comme un média de propagande, elle a été interdite de diffusion dans l'Union européenne en mars 2022, avant d'être fermée puis placée en liquidation judiciaire en 2023.
L'agence de notation des médias NewsGuard, qui recense la désinformation pro-russe, qualifie RT France de « vecteur de désinformation et de propagande du gouvernement russe [qui] enfreint gravement les principes journalistiques de base ».
Création et organisation
Le site RT en français est mis en ligne en janvier 2015, en même temps que Sputnik. Selon le chercheur Maxime Audinet (INALCO/IRSEM), le site fonctionne sur une rédaction bicéphale partagée entre Paris et Moscou : une partie de la production et la supervision sont assurées depuis la capitale russe, tandis qu'une équipe de journalistes, principalement français, travaille à Paris. Une convention signée en septembre 2015 avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) impose à la future chaîne la mise en place d'un comité d'éthique.
La chaîne de télévision est finalement lancée le 18 décembre 2017, après plusieurs reports liés au budget, grâce à une rallonge accordée par Moscou. Installée à Boulogne-Billancourt, à proximité immédiate des studios du groupe Bolloré, elle est d'abord distribuée par Free et par des bouquets satellite, avant d'intégrer « le bloc des chaînes d'information sur Canal + » en mars 2020.
Pour lancer RT France, la rédactrice en chef du réseau RT, Margarita Simonian, envoie à Paris l'une de ses cadres, Xenia Fedorova. D'après Politico, Fedorova a grandi en partie en Autriche, où sa mère avait émigré après l'effondrement du bloc soviétique, a étudié les relations internationales puis le journalisme, et parle le russe, l'allemand, l'anglais et un peu le français. Âgée de 37 ans au lancement de la chaîne, elle avait effectué toute sa carrière au sein du groupe RT à Moscou puis à Berlin, avant de devenir présidente et directrice de l'information de RT France, chargée d'y recruter l'équipe et d'en superviser les opérations, la stratégie lui revenant aussi.
@conspiracywatchLa voix du Kremlin vous parle sur CNews. Et elle s'appelle Xenia Fedorova. Après avoir fait toute sa carrière sur Russia Today, un média de propagande contrôlé par le Kremlin, cette chroniqueuse a désormais son rond de serviette sur les médias du groupe Bolloré.
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Le 29 mai 2017, avant même le lancement de la chaîne, Fedorova se fait remarquer lors de la conférence de presse conjointe qui suit la visite de Vladimir Poutine à Versailles : accréditée par l'intermédiaire du Kemlin, elle interpelle Emmanuel Macron sur les difficultés d'accès des « journalistes russes ». Le président lui rétorque que, lors de la campagne pour l'élection présidentielle 2017, RT et Sputnik « ne se sont pas comportés comme des organes de presse [mais] comme des organes d'influence, de propagande, et de propagande mensongère ». Ces deux médias avaient amplifié des rumeurs sur la vie privée d'Emmanuel Macron et n'avaient pas été autorisés à accéder à son QG de campagne le soir du premier tour.
Selon Politico, les liens entre Fedorova et l'industriel Vincent Bolloré remontent à cette période, lorsqu'elle démarche les opérateurs pour obtenir des canaux de diffusion ; un ancien rédacteur en chef de la chaîne se souvient qu'« elle parlait beaucoup de Bolloré ». C'est à ce lobbying qu'est attribuée l'entrée de RT France dans l'offre Canal+ en 2020. À la tête d'une rédaction composée de journalistes français, Fedorova, dont le français était au départ rudimentaire, se montrait surtout attentive au profil des invités : un ancien responsable rapporte que les contributeurs conviés à s'exprimer sur le Brexit devaient « être des gens qui défendaient le Brexit ».
Dans son autobiographie Bannie , paru chez Fayard (maison d'édition également contrôlée par le groupe Bolloré) en 2025, Fedorova revient avec fierté sur l'action de la chaîne. Les sanctions européennes de 2022 ont frappé la seule entreprise RT France, sa dirigeante restant, elle, en dehors de leur champ.
Le comité d'éthique de la chaîne, exigé par le CSA, s'est constitué autour de l'ancien ministre des Transports Thierry Mariani (jusqu'en 2018), figure des réseaux pro-russes en France, passée des Républicains au Rassemblement national. On y a aussi compté l'ex-président de Radio France Jean-Luc Hees (jusqu'en 2020 et qui approuvera ensuite l'interdiction de la chaîne), la diplomate Anne Gazeau-Secret, le journaliste Jacques-Marie Bourget (jusqu'en 2020) et Majed Nehmé, rédacteur en chef du mensuel Afrique Asie.
Ligne éditoriale et cas de désinformation
RT France reprend le mot d'ordre du réseau, « Osez questionner », affiché sur la page d'accueil de son site. Plusieurs fois mise en cause pour sa couverture des relations internationales (Syrie, Ukraine, affaire Skripal), la chaîne tendait régulièrement ses micros à des pseudo-experts au tropisme conspirationniste prononcé. Elle comptait parmi ses journalistes des sympathisants de Dieudonné M'Bala M'Bala, comme Jonathan Moadab, ancien blogueur et fondateur des sites complotistes Le Cercle des Volontaires et Agence Info Libre, Kyrill Kotikov ou encore Meriem Laribi. L'éditorialiste Alexis Poulin, proche de La France insoumise (LFI), y est chroniqueur pendant des années ainsi que l'économiste Jacques Sapir à partir de 2015. En octobre 2021, Mediapart révèle qu'un journaliste du service web de RT France, Pierre-Alexandre Ferletic, a rejoint l'équipe de campagne d'Éric Zemmour.
Dès le 13 décembre 2016, le site de RT relayait une vidéo dans laquelle la « journaliste indépendante » Eva Bartlett accusait les médias occidentaux de mentir sur la situation à Alep et tentait de récuser le fait que le régime de Bachar el-Assad s'attaquerait à la population civile d'Alep. Fin juin 2018, le CSA adresse à la chaîne un avertissement pour des « manquements à l'honnêteté, à la rigueur de l'information et à la diversité des points de vue ». RT France avait, dans un reportage sur la Syrie diffusé le 13 avril précédent, falsifié la traduction d'un témoin de la Ghouta, lui faisant dire que l'attaque chimique était simulée, alors qu'il parlait de la famine sévissant dans la région. RT France a invoqué par la suite « une erreur purement technique ».
À partir de la rentrée 2018, Frédéric Taddéï anime sur RT France une émission de débat, « Interdit d'interdire », diffusée quatre fois par semaine. Le 23 février 2022, dans le contexte de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, il annonce qu'il quitte la présentation de son talk-show « par loyauté envers la France ».
Fin octobre 2021, une étude de Radio Free Europe met en évidence un double discours sur la Covid-19 selon les langues : quand l'antenne russe de RT défendait les mesures sanitaires et la vaccination, conformément aux consignes du Kremlin, ses versions internationales − la française comprise − faisaient l'inverse, décrédibilisant ces mêmes mesures et mettant en doute l'efficacité des vaccins occidentaux, au seul bénéfice du Sputnik V russe.
La couverture des Gilets jaunes
À la faveur de la crise des Gilets jaunes, RT France se hisse en tête des médias en langue française sur YouTube : ses vidéos sur le sujet sont vues 23 millions de fois, près du double de l'audience cumulée du Monde, du Figaro, de L'Obs et du Huffington Post. Le mouvement, commencé en novembre 2018, constitue le principal succès d'audience de la chaîne, au point que de nombreux Gilets jaunes, en ligne et dans la rue, remercieront RT pour son soutien.
Comme le souligne Maxime Audinet, RT France n'est jamais devenue un média de masse, mais elle est parvenue à peser sur le débat public, en accordant à ce mouvement une place prépondérante à l'antenne et sur ses réseaux sociaux, lui accordant jusqu'à 6 vidéos par jour pendant près d'une année. Dans Bannie, Fedorova revendique cette couverture et qualifie de « ridicules et diffamatoires » les accusations selon lesquelles RT aurait amplifié le mouvement.
Manifestation de Gilets jaunes (capture d'écran ; avril 2019).Fin 2020, RT France annonçait son arrivée dans le bloc des chaînes d'information de Canal+. En 2021, son site recevait en moyenne 3,5 millions de visites par mois (données SimilarWeb), sa page Facebook comptait plus d'1,6 million d'abonnés et son compte Twitter plus de 175 000. Début 2022, la chaîne affichait 1,14 million d'abonnés sur YouTube et 561 millions de vues cumulées.
Spécialiste de la Russie post-soviétique, l'historienne Galia Ackerman considère que « ce que font maintenant RT et Sputnik n'est plus centré complètement sur la création d'une image positive de la Russie, mais [que] l'objectif est de saper l'Occident de l'intérieur. L'objectif est de montrer que chez nous tout est pourri. Cela passe par les soutiens aux mouvements d'extrême-gauche et d'extrême-droite. L'extrême-gauche, car ils détestent les Etats-Unis. Il y a une proximité avec l'extrême-droite car le régime russe se définit comme traditionaliste. Je constate qu'au moindre prétexte, ces médias montrent Marine Le Pen de façon positive. Ils refusent de qualifier le Rassemblement national d'extrême-droite, ils l'appellent la droite. […] Pour leurs débats, ils choisissent assez habilement des gens. Parfois, ils invitent des gens qui ne sont pas de leur bord, simplement pour apporter un peu de crédibilité. Je me souviens qu'au tout début de RT, il y avait un événement avec la Corée du Nord. Ils ont invité un spécialiste qui dénonce ce régime, mais par ailleurs, pendant une journée entière, ils ont montré un film qui montrait une image positive du dirigeant nord-coréen. C'est le dosage qui est important dans ces médias. »
Interdiction, fermeture et liquidation
Le 27 février 2022, au lendemain de l'invasion de l'Ukraine, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen annonce l'interdiction de RT et Sputnik dans l'Union européenne. Quelques semaines plus tard, réagissant au tweet d'excuse d'un journaliste de LCI reconnaissant une erreur à l'antenne, Xenia Fedorova déplorait que « sans aucun média pour les contredire, les médias mainstream reviennent à leur “manipulation de l'opinion” habituelle », alors que RT continuait d'émettre.
Bah alors Thierry Mariani, on relaie la propagande de la Russie en pensant que la vidéo ne sera pas diffusée en France ? 🙃
Malgré son interdiction, RT continue de relayer la désinformation dictée par Poutine depuis Boulogne : décryptage dans l'édito de #PatrickCohen ⬇️#CàVous pic.twitter.com/dLhWWPUKeF
— C à vous (@cavousf5) January 16, 2023
Le 21 janvier 2023, la direction de RT France annonce la fermeture de la chaîne à la suite du gel de ses avoirs par le Trésor public. Le pouvoir russe promet aussitôt des « mesures de rétorsion ». Le 7 avril 2023, le tribunal de commerce de Nanterre place la société en liquidation judiciaire. Le site de RT en français, animé par une équipe basée à Moscou, demeure actif.
Après la fermeture, plusieurs journalistes de RT France ont rejoint les antennes du groupe Bolloré.
(Dernière mise à jour le 24/06/2026)


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