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Dans le Parc Archéologique du Colisée, plus de 200 pièces prêtées par la Turquie, seront exposées du 12 juin au 18 octobre.
Hérité de Hollywood et incarnation de sa légende, le gigantesque cheval de Troie domine le port turc de Çanakkale (ouest), en bordure du détroit des Dardanelles, qui conduit la Méditerranée vers la mer Noire.
Après les récits d'Homère dans l'Iliade et les exploits d'Achille - Brad Pitt au cinéma -, la Turquie s'enorgueillit de mettre en avant les racines anatoliennes de la cité antique, à la faveur d'une exposition inédite qui s'ouvre le 12 juin à Rome (Troie et Rome. Mythes, légendes, histoires de l'ancienne Méditerranée).
« Quand on lit Homère, on n'a pas une idée très claire de l'identité des Troyens : mais à l'époque de la guerre de Troie (vers - 1 200 avant JC), ils appartenaient bien aux peuples anatoliens », affirme le Pr Reyhan Körpe, spécialiste du monde antique à l'université de Çanakkale et vice-président des fouilles.
Troie, aujourd'hui, sur la côte égéenne, ce sont 185 hectares de pierres et de remparts écroulés classés au patrimoine de l'Unesco, traversés par des légions d'écureuils et semés de coquelicots. Depuis trente ans, le Professeur Körpe arpente chaque détour de cette immense cité, ou plutôt des neuf cités mises au jour avec les vestiges de leurs remparts, entremêlées et superposées.
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À l'ouest de l'Orient
« J'ai passé une année entière à marcher entre les pierres, plans en mains, pour en comprendre le sens », avoue cet universitaire passionné, qui décrit une cité rayonnante et convoitée, fondée en 3 000 avant J.-C. et constamment occupée jusqu'à son abandon au VIe siècle : « Le centre de civilisation orientale le plus à l’ouest», d'où son importance, pointe-t-il.
Pour Reyhan Körpe, la guerre de Troie, qui dure dix ans dans l’Iliade « fut le premier affrontement entre l'Est et l'Ouest », le monde anatolien et le monde grec. « La première guerre mondiale », insiste-t-il, face aux collines boisées des Dardanelles, théâtre des meurtrières batailles de 1915 entre les Alliés et l'Empire ottoman finissant.
Pour éclairer ce passé, la Turquie expédie plus de deux cents pièces à Rome, dont plus d'une centaine provienne du musée de Troie. Elles seront, pour certaines, exposées pour la première fois jusqu'en octobre. Parmi elles, un sceau en bronze découvert en 1995 qui ancre la cité dans ses racines anatoliennes. « C'est le seul document écrit découvert à Troie, rédigé dans une langue anatolienne, qui prouve que le premier langage parlé à Troie était celui du peuple luvien », explique la directrice du musée, Sinem Düzgören.
Les Luviens (ou Louvites), d'origine indo-européenne, ont habité l'ouest et le sud de l'Anatolie dès le troisième millénaire avant J. -C . et leur langue s'est imposée dans l'Empire hittite. Sinem Düzgören insiste aussi sur une tablette d'argile, la tablette d'Alexandros, qui pourrait être le Pâris de l'Iliade, sur laquelle le prince troyen signa un accord avec le roi hittite Muwatalli.
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Troie: d’abord Wilusa, puis Ilion chez Homère
Troie était connue sous le nom de Wilusa par les Hittites, devenue Ilion (Ilios chez Homère) pour les Grecs. « Ces pièces ne sont pas les plus spectaculaires, mais ce sont les plus importantes au plan historique, elles portent l'histoire de Troie », souligne Sinem Düzgören.
Enfin, les quantités de pierres de fronde, couteaux, pointes de lance et de flèche qui seront présentées à Rome confirment l'intensité des affrontements. La guerre de Troie a bien eu lieu , voire une ou plusieurs : « Ces armes sont mentionnées dans l'Iliade et datent de la même époque que celle avancée par Homère », relève-t-elle.
Une réalité sans doute assez éloignée de la vision épique et romancée qu'en a donnée le réalisateur Wolfgang Petersen dans son film Troie, en 2004. Mais outre que la production a légué le cheval de douze tonnes au front de mer de Çanakkale, elle a contribué au regain d'intérêt pour Troie, reconnaît le professeur Körpe.
« Ni les producteurs ni le réalisateur ne sont venus ici, c'était pourtant la période des découvertes les plus importantes », regrette-t-il. « Mais le nombre de touristes a effectivement augmenté, même s'ils cherchaient surtout Brad Pitt au milieu des vestiges ! ». Déjà sous l'Empire romain, bien avant Hollywood, Troie constituait une attraction touristique : et déjà, « les guides inventaient tout, montrant les tombes d'Achille et d'Hector ! » s'amuse le professeur.


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