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Pendant des années, Romain F. Dubois a construit son univers en réalisant des vidéoclips d’artistes montréalais, tout en rêvant secrètement de cinéma. Cette semaine, il montera les marches du Festival de Cannes, où son court métrage Skinny Bottines sera présenté lundi, dans le cadre de la Semaine de la critique.
Seul film 100 % canadien montré à Cannes cette année, Skinny Bottines concourt pour le prix Découverte, remis à l’un des 10 courts et moyens métrages en compétition à la Semaine de la critique. Le gagnant recevra une bourse de 4000 euros, soit 6400 $ CA.
Lundi, le public de Cannes découvrira donc l’histoire de Dan, un voleur à la tire agile dont la vie bascule en 24 heures. Après avoir trahi la confiance de son ex-copine, il dispose d’une seule journée pour rembourser une dette contractée auprès d’elle. Sans complice sous la main, il doit se rabattre sur son cousin adolescent, Pinpin, que sa tante lui a confié pour la journée.
Pourquoi ce titre? Le réalisateur tient à garder le secret. Il y a un plan dans le film qui permet de le comprendre, il faut être attentif, dit-il.

Le réalisateur du court métrage « Skinny Bottines », Romain F. Dubois
Photo : Alex Blouin
Pour le cinéaste de 32 ans, l’annonce de cette sélection a représenté un choc total. C’est un bon vieux courriel [...] sur lequel était écrit en gros : "Confidentiel, félicitations, vous faites partie de la programmation de la Semaine de la critique." Je suis tombé des nues, je ne m’attendais vraiment pas à ça, confie-t-il, encore fébrile.
Mes producteurs savaient déjà qu’on était shortlisté pour le film, mais ils ne me l’avaient pas dit pour me protéger du stress, raconte-t-il en riant.
Malgré l’ampleur de l’événement, Romain F. Dubois veut garder les pieds sur terre. Pas question de se laisser submerger par le stress de la Croisette : Je veux juste vivre le festival avec le plus de sentiments positifs possible, avoir du plaisir puis en profiter avec mon équipe.
Du vidéoclip au grand écran
Le parcours de Romain F. Dubois n’a rien de classique. Bien qu’il ait étudié en cinéma au Cégep de Saint-Laurent, c’est surtout sur le terrain qu’il a appris son métier.
Très jeune, il savait déjà qu’il voulait faire du cinéma. Mais avant de pouvoir réaliser ses propres films, il a fait ses armes dans le milieu du vidéoclip montréalais, où il a progressivement développé son style visuel.
Au fil des années, il a expérimenté en collaborant avec plusieurs artistes de la scène musicale québécoise, notamment Dead Obies (Run Away), Brown (Brown Baby) ainsi que CRi (Losing My Mind).
J’ai toujours abordé mes vidéoclips comme si c’était de petits courts métrages, précise-t-il.
Le vidéoclip de la chanson Losing My Mind, de CRi, fait d’ailleurs office de prélude à l’univers de Skinny Bottines. Dan le voleur à la tire était déjà au cœur de ce vidéoclip, prouvant que Skinny Bottines est l'aboutissement d’une vision développée sur plusieurs années.
Montréal en 16 mm
Le scénario de Skinny Bottines s’est construit au fil de vraies rencontres. Par exemple, le personnage de Pinpin est inspiré du fils des voisins du réalisateur, déménagés en famille à Singapour. Plusieurs années après leur départ, Romain F. Dubois a recroisé l’un des enfants devenu adolescent, désormais en relation amoureuse à distance avec une fille rencontrée là-bas. Une image qui l’a marqué et qui a nourri le personnage dans l’intrigue du film.
Son autre grande source d’inspiration demeure Montréal, et plus particulièrement son centre-ville, que Dubois filme de manière organique.
J’adore cette ville-là, surtout le centre-ville. Je trouve qu’il y a du monde farfelu qui se côtoie tous les jours.
Le tournage, effectué en plein hiver montréalais dans des températures avoisinant les -20 degrés Celsius, cherchait justement à capter l’énergie spéciale qui se dégage de la métropole québécoise.
Je voulais faire un film où on sent un peu la rudesse de notre hiver à Montréal, explique-t-il. Les gens continuent quand même leur vie là-dedans.
Pour traduire cette vision à l’écran, le choix du 16 mm s’est rapidement imposé. Le réalisateur parle de la pellicule avec un grand enthousiasme. Le grain bouge. On ressent les textures. On ressent la brique du mur, la neige, l’asphalte. C’est un médium vivant, dit-il.
Cette esthétique rappelle plusieurs œuvres du cinéma new-yorkais des années 1970, une influence pleinement assumée par le cinéaste. Il cite notamment Taxi Driver parmi les films qui ont nourri son imaginaire.
Le choix des acteurs du film participe lui aussi à cette impression de réalisme. Romain F. Dubois raconte avoir rencontré son interprète principal – Dominic Roustam – par hasard, dans la rue. Ah, c’est lui, c’est mon pickpocket, s’est-il tout de suite dit après lui avoir brièvement parlé.
Le réalisateur cherchait avant tout une énergie imprévisible chez ses acteurs. Moi, j’aime sentir que les personnages peuvent exploser dans une scène à tout moment.
Cannes comme tremplin
Si cette sélection à Cannes marque un moment important de la carrière de Romain F. Dubois, le réalisateur voit déjà plus grand. Après plusieurs années à rêver de cinéma, il souhaite désormais changer de format.
Moi, c’est sûr que je veux travailler dans le long métrage, affirme-t-il. J’en ai peut-être trois en développement en ce moment.


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