NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Les robots chinois apprennent un métier plus vite que n’importe quels ouvriers, et travailleront demain pour un dollar de l’heure. Pendant ce temps, les Européens peaufinent leurs règlements, comptent sur une main-d’œuvre du XXᵉ siècle et découvriront sans doute cette nouvelle ère inquiétante une fois qu’elle sera terminée…
On l’a appris à l’occasion de la World Artificial Intelligence Conference qui s’est tenue à Shanghai du 17 au 20 juillet : en quatre mois, le taux de réussite du robot humanoïde utilisé par Xiaomi dans son usine automobile est passé de 90,2 % à 98 % dans la pose d’écrous autotaraudeurs, à un point seulement de la performance d’un ouvrier expérimenté. L’information décisive n’est pas qu’un robot sache poser un écrou, mais la vitesse à laquelle il a progressé et s’est intégré dans une véritable chaîne de production.
« Je regrette, Dave. J’ai bien peur que ce soit possible… »
Cette accélération ne se limite pas à Xiaomi. En Chine, AgiBot a fait travailler plusieurs robots sur une ligne active de production de tablettes. Pendant une démonstration diffusée sur six jours, ils ont cumulé plus de 64 heures d’activité et réalisé près de 65 000 opérations.
Du 13 au 22 mai 2026, l’entreprise américaine Figure AI a fait fonctionner quatre robots humanoïdes sur une ligne active de tri logistique au cours d’une démonstration de 200 heures consécutives, intégralement diffusée sur YouTube. Ils ont traité près de 250 000 colis à une cadence proche de celle d’un opérateur humain.
A lire aussi, Jean-Baptiste Roques : IA: la direction du futur
Le 16 juillet 2026, à Shenzhen, le combat inaugural du championnat mondial de MMA robotique a confronté des humanoïdes afin d’évaluer leurs frappes, leur stabilité, leurs capacités d’esquive et leur résistance. Derrière le spectacle, cette compétition a permis de perfectionner des aptitudes essentielles aux futurs usages industriels : équilibre dynamique, coordination générale du corps, capacité à se relever après une chute et réaction dans un environnement imprévisible.
Le mastodonte américain Tesla, dirigé par Elon Musk, est quant à lui en train de finaliser, à Fremont, la reconversion des anciennes lignes des Model S et X afin de produire, à terme, jusqu’à un million de robots Optimus par an. Une seconde ligne, projetée au Texas, viserait une capacité dix fois supérieure afin de faire du robot humanoïde un produit de masse, au même titre que les voitures, les machines à laver ou les fours à micro-ondes.
« Ex machina » , film SF de Alex Garland (2015) © DNA FilmsOn le voit, les performances progressent, les usages se diversifient et les capacités de production augmentent simultanément. Le laboratoire, l’usine et le marché ne sont plus séparés par dix ou vingt ans. Le temps industriel se comprime désormais en mois, voire en semaines.
Humains VS. Machines, le match du siècle
Pour comprendre cette accélération, il faut saisir ce qui distingue radicalement le robot humanoïde d’un salarié débutant dans un nouvel emploi. Un salarié commence sa carrière doté de sa seule formation. Il apprend ensuite progressivement, au fil des mois et des années. Un nouveau robot peut, au contraire, recevoir dès sa mise en service les compétences acquises par toutes les machines reliées au même système : procédures, gestes réussis, erreurs corrigées, incidents rencontrés et solutions trouvées dans des milliers de situations réelles. C’est comme si un salarié débutant dans un nouvel emploi commençait son premier jour avec l’expérience cumulée de mille, dix mille, puis un million de travailleurs…
Chaque robot supplémentaire n’ajoute donc pas seulement une paire de bras : il enrichit l’expérience de toute la flotte. Plus leur production progressera, plus les situations rencontrées et les données accumulées seront nombreuses, et plus les tâches maîtrisées se multiplieront. La production de masse accélérera ainsi à la fois la diffusion des machines et l’élargissement des compétences partagées par l’ensemble de la flotte.
Le monde qui vient
Le basculement sera également économique. Si l’on analyse le coût horaire d’un travailleur peu qualifié aux États-Unis et celui d’un robot humanoïde, l’écart est considérable : environ 16,67 dollars par heure pour le premier, contre 9 dollars pour un robot faiblement utilisé et 1 dollar en fonctionnement intensif. Cela ne signifie pas qu’un robot humanoïde remplacera demain un métier entier. Il n’en a pas besoin. La substitution progressera tâche par tâche : manutention, tri, nettoyage, réassort, déplacement de charges, préparation ou surveillance simple. Dès lors qu’une machine accomplit une opération de manière suffisamment fiable et à un coût durablement inférieur, la décision cesse d’être philosophique. Elle devient comptable.
Les États-Unis et l’Asie ont compris le monde qui vient. La Chine développe des capacités de production massives et multiplie les déploiements industriels. Le Japon et la Corée du Sud font de la robotisation une réponse au vieillissement et à la contraction de leur population active. Les États-Unis mobilisent leurs géants technologiques, leurs marchés financiers et leurs infrastructures de calcul pour préserver leur leadership technologique et économique. Tous raisonnent en termes de puissance productive, de souveraineté technologique et d’anticipation démographique.
A lire aussi, Bruno Patino: « On clôt les cinq cents ans de l’ère Gutenberg »
L’Union européenne, seule, suit le chemin inverse. Elle dispose de chercheurs et de quelques entreprises prometteuses mais peine à transformer l’innovation en production de masse. Elle réglemente des technologies étrangères qu’elle ne maîtrise pas, sous-capitalise ses acteurs et poursuit son effacement économique. Entre 1993 et 2024, l’Union européenne a perdu 32,4 % de son poids dans l’économie mondiale (la France, elle, s’est effondrée, avec une chute de 43,7 % de son poids relatif).
Corolaire de ce décrochage, l’UE continue d’organiser sa politique migratoire comme si les besoins actuels de main-d’œuvre peu qualifiée devaient se prolonger pendant plusieurs décennies. Or, les travailleurs immigrés sont fortement surreprésentés dans la construction, la logistique, la restauration, le nettoyage, l’agriculture, la sécurité et les services à la personne. Ce sont précisément les secteurs qui concentrent le plus de tâches physiques, répétitives et automatisables, et dans lesquels les robots humanoïdes se déploieront le plus rapidement. Jensen Huang, le patron de Nvidia, a d’ailleurs résumé cette bascule lors d’une séance de questions-réponses avec la presse en janvier dernier, en qualifiant ces machines d’« immigrants IA », prêts à accomplir « le type de travail que nous avons décidé de ne plus faire ».
Les Européens analysent le monde qui vient avec des logiques héritées du XVIIIe siècle. Ils continuent de penser la puissance par la démographie et l’abondance de main-d’œuvre, au moment même où elle repose désormais sur la maîtrise technologique, le capital et l’automatisation. Le risque pour les populations européennes n’est donc pas seulement que les robots humanoïdes apprennent très vite et vont bouleverser leur vie, mais que leurs dirigeants comprennent lentement et n’ont rien anticipé sur les plans social, sociétal, éducatif et migratoire.
Cyrille Dalmont, directeur de recherche à l’Institut Thomas More, et Jean-Thomas Lesueur, directeur général de l’Institut Thomas More, viennent de publier la note « Immigration et robotisation de l’économie: la nouvelle donne » (disponible ici).
Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !


1 hour_ago
30



























.jpg)






French (CA)