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Présentée pendant cinq mois l’été dernier au festival Stratford, la tragédie de Shakespeare Macbeth, revisitée par Robert Lepage, s’installe à Montréal jusqu’au 1er mars, avant de prendre l’affiche à Québec et à Ottawa.
Une trentaine d’années après avoir monté pour la première fois Macbeth, le metteur en scène Robert Lepage propose une nouvelle version de ce classique de Shakespeare centré sur l’ambition et la soif du pouvoir. Cette fois, il a décidé de troquer le milieu des clans écossais du 11e siècle contre celui des motards québécois.
La guerre des motards est un chapitre important de l’histoire du Québec, explique Robert Lepage. Les gens sont fascinés par ça, même encore aujourd’hui. Les gens veulent comprendre ce monde.
Si près de 1000 ans séparent l’époque du roi Macbeth de celle des motards, des parallèles se dessinent entre les deux univers.
Il y a le même type de loyauté, souligne le grand architecte de cette production. Il y a toutes sortes de hiérarchies, de respect par rapport au chef. C’est un monde très violent.
Il y a des valeurs qui sont là malgré tout et une morale qui appartient à ce monde, poursuit-il.

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Robert Lepage, à droite, pendant la création de « Macbeth », au Diamant
Photo : Gracieuseté Ex Machina
De cuir et de sang
Au milieu de cette violence se trouvent Macbeth et son épouse, Lady Macbeth, dont la quête de pouvoir se révèle destructrice.
Elle avait toute la ruse et la finesse d’esprit, et [lui] avait les muscles, résume Robert Lepage. Lentement, ça se transforme et la beauté de la pièce est de voir comment ce couple évolue, comment l’ambition et la réalisation de ces ambitions le font changer.
Sur scène, ce couple maudit est incarné par Violette Chauveau et Alexandre Goyette, tandis que David Boutin et Richard Fréchette jouent MacDuff et Duncan.
On a essayé de travailler sur la faille pour la rendre accessible – humaine d’une certaine façon – et pour qu’on puisse comprendre son parcours, indique Violette Chauveau au sujet de son personnage, qui n’hésite pas à manipuler son mari pour qu’il tue Duncan et accède au pouvoir.
Quant à Alexandre Goyette, il voit en Macbeth un grand peureux qui devient sans foi ni loi, mais fait accomplir les sales besognes par d’autres.
C'est un gars qui n'a pas vraiment d'ambition au début, mais, dès que ça se présente à lui, tout son rapport au monde change – ses valeurs, ses principes –, tout fout le camp.
C’est un peu un personnage comme dans [la série] Breaking Bad, [...] un petit monsieur tout gentil qui devient un hypervilain, ajoute-t-il.

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Un motel sur scène
Sur les planches, la quinzaine d’interprètes évolue dans un décor de sept tonnes qui transporte le public dans un motel, au bas duquel vrombissent des motos.
Quand je fais une création, les lieux où ça se passe vont influencer les choix de mise en scène, ça devient un personnage important, voire le personnage principal. C’est pourquoi les décors prennent beaucoup de place dans ce show.
Projet d’envergure, Macbeth est une production tellement ambitieuse que, fait rare, l’avant-première, qui était prévue pour mardi soir, a été reportée au 24 février, des détails techniques devant être encore réglés.

Le metteur en scène québécois Robert Lepage
Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa
En québécois vernaculaire
Comme il y a 30 ans, le Macbeth de Robert Lepage est porté par le texte traduit par Michel Garneau.
Ce poète, auteur et comédien, décédé en 2021, s’est notamment illustré par ses traductions de Shakespeare, réputé très difficile à transposer en français.
Son texte à la langue brute met en valeur le français parlé au Canada français au début du 17e siècle, à l’époque où Shakespeare écrivait Macbeth.
La langue québécoise vernaculaire est très accidentée, sculptée, souligne Robert Lepage, qui voit dans ce dynamisme des mots une manière de rester fidèle à l’énergie de Shakespeare.
Pour l’acteur, c’est à peu près le même exercice que pour un acteur britannique qui essaie de se mettre en bouche l’anglais élisabéthain.
L’été dernier, le public du festival Stratford a pu découvrir ce Macbeth en anglais.
J’aime bien monter d’abord la pièce à Stratford, car on travaille dans la langue de Shakespeare, précise le metteur en scène. Ça me permet de travailler la base de ce type de texte et quand, ensuite, je l’amène à Montréal ou à Québec, il y a déjà un travail en profondeur et dans la langue d’origine qui a été fait.
D’ici au 1er mars, 37 représentations de Macbeth sont prévues au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal. La pièce de Robert Lepage sera présentée au théâtre Le Diamant, à Québec, du 17 mars au 4 avril, puis au Centre national des arts d'Ottawa, du 5 au 11 juin.
Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier


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