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Rob Ramage quitte le Canadien heureux des liens qu’il a tissés avec les jeunes joueurs

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Pendant 12 ans, Rob Ramage a sillonné les routes et pris l'avion partout où se trouvaient les espoirs du Canadien pour les parrainer dans leur développement. C’est cette deuxième carrière dans la LNH – beaucoup plus incertaine que la première – à laquelle il a choisi de mettre fin à l’âge de 67 ans.

Sa carrière de joueur a été longue et fructueuse. L’ancien défenseur, premier choix au repêchage de 1979, a joué plus de 1000 matchs dans la LNH et remporté deux Coupes Stanley.

Ses velléités de revenir dans le hockey ont toutefois été interrompues de façon brutale en 2003. Après les funérailles d'un ancien joueur de la LNH, Ramage a eu un accident de voiture au moment où il conduisait avec des facultés affaiblies. Son bon ami Keith Magnuson, qui l’accompagnait, a été tué au moment de l’impact.

L’affaire a longtemps traîné devant les tribunaux, et la famille Magnuson a demandé la clémence de la justice à l'endroit de Ramage, mais ce dernier a passé presque un an en prison. Il en est ressorti en 2011, grandi, contrit, mais sans savoir si le monde du hockey lui rouvrirait les bras.

Les Blues de St. Louis lui ont offert un boulot de recruteur amateur pendant deux ans, mais c’est vraiment le coup de fil de l’ancien directeur général du Canadien Marc Bergevin, à l’été 2014, qui lui a permis de s'épanouir de nouveau.

Ça n’arriverait peut-être pas dans le monde d’aujourd’hui, ce serait perçu différemment, croit Ramage. On peut dire qu’ils ont pris un risque, et c’est remarquable.

Ramage estime avoir pris la parole plus de 200 fois devant des groupes de jeunes athlètes afin de les sensibiliser aux risques de l’alcool au volant. La majorité de ces allocutions ont été faites en tant qu’employé du CH.

Ce n’est pas toujours agréable d’en parler, de donner les détails de l’accident et tout ça, a-t-il admis. Je le sens encore. Mon agent de probation m’a dit que ça me permettait de le garder frais en tête, ce qui n’est pas une mauvaise chose. C’est cathartique, dans une certaine mesure.

Tant que les jeunes vont écouter mon message, je vais continuer à le propager.

Les années ont montré que Ramage avait beaucoup d’autres choses à transmettre que ce message d’intérêt public. En matière de leçons de vie et de secondes chances, son histoire a toujours été porteuse.

Plus de ressources en développement

À son arrivée à Montréal, Rob Ramage était le lieutenant de Martin Lapointe, qui agissait comme directeur du développement des joueurs. À l’époque, se souvient Ramage, le Tricolore n’avait qu’une demi-douzaine d’espoirs sous sa juridiction. C’était avant que l’organisation fasse le plein de choix au repêchage et qu’elle regarnisse sa pépinière.

Au plus fort de ses activités, il allait être responsable au cours d’une même saison de 20 ou 22 jeunes joueurs.

Ramage a remplacé Lapointe à compter de la saison 2017-2018 et s’est adjoint les services de Francis Bouillon.

La nouvelle administration Gorton-Hughes a ensuite permis l’expansion du département du développement des joueurs avec l’embauche de Scott Pellerin, de Paul Byron et, plus tard, de Lauri Korpikoski, qui supervise les espoirs en sol européen.

Un joueur de hockey en blanc à l'entraînement.

Rob Ramage s'en est parfois remis à Paul Byron pour que le Canadien accompagne mieux l'espoir Michael Hage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En augmentant ses effectifs, le suivi individuel pouvait désormais être plus personnalisé, les compétences de chacun empêchant que le département ait des angles morts dans sa couverture.

Cette année, Pelly et Paul ont passé pas mal de temps à Laval, note Ramage. Frankie (Bouillon) et moi sommes deux anciens défenseurs. Donc, avec un gars comme Michael Hage – un joueur élite et un excellent espoir –, je demandais à Paul Byron de regarder ses matchs et de me dire ce qu’on pouvait faire pour l’aider.

Pellerin et Byron ont été nos ressources pour les attaquants, tout particulièrement. Ils prenaient le téléphone eux-mêmes pour les appeler et leur envoyer des vidéos si nécessaire.

En tant que directeur, Ramage devait établir ses priorités. Il tentait dans la mesure du possible d’aller voir jouer tous les espoirs de l’organisation, mais son attention allait d’abord et avant tout vers les joueurs qui se préparaient à devenir professionnels, de même qu’aux espoirs dans les universités américaines depuis quelque temps déjà.

Or, même lorsque Ramage n’était pas sur place pour les regarder jouer, les jeunes devaient se sentir soutenus.

Ramage pouvait être dans un aréna à Prince Albert ou à l’Université de Boston, et il regardait les résultats de ses différents poulains entre les périodes. Un simple mot d’encouragement par texto pour féliciter un joueur qui venait de connaître une bonne soirée.

Juste pour leur montrer que tu les suis, dit-il.

Ramage a fait le décompte avec Bouillon et ils ont dénombré 14 joueurs dans la formation actuelle du Canadien auprès de qui ils sont intervenus dans le développement. Mais au-delà d’un bilan chiffré, sa principale fierté réside dans la qualité des rapports qu’il a su établir au fil des ans.

J’ai été courtier en bourse et conseiller pendant 14 ans, ce qui voulait dire beaucoup de sourires et beaucoup d’appels téléphoniques. Tu devais passer des coups de fil et communiquer.

Pour moi, ça a été l’essentiel. Les joueurs savaient qu’ils pouvaient s’adresser à moi, à Frankie ou au reste du personnel à tout moment. Et quand j’appelle, de grâce, répondez.

Ça semble une évidence, mais ce n’est pas toujours le cas. Des joueurs au-dessus de leurs affaires, Ramage en a croisé. Et il a dû les réprimander.

Il y a un jeune joueur aujourd’hui fortuné que je ne nommerai pas, mais il ignorait mes appels. J’ai finalement eu une conversation avec lui. Je lui ai dit : "Si Marc Bergevin m’appelle pour prendre de tes nouvelles, je ne mentirai pas pour toi." Je ne t’importunerai pas, mais ait le respect et le professionnalisme de répondre quand on t’appelle.

Un homme d'âge mûr discute avec un athlète.

Rob Ramage s'entretient avec le capitaine du Canadien Nick Suzuki.

Photo : Club de Hockey Canadien / Pierre Bourgault

Le respect des plates-bandes

Les bonnes relations avec les espoirs sont primordiales, mais celles avec les entraîneurs qui les dirigent sont également très importantes.

L’une des premières choses auxquelles Martin Lapointe a sensibilisé Ramage dans ce travail, c’était de respecter le champ d’action de chacun et d'éviter de jouer dans les plates-bandes des entraîneurs.

Quand les jeunes sont entraînés par quelqu’un d’autre, ce n’est pas à nous d’intervenir pour leur dire de faire les choses différemment, explique Ramage. C’est voué à l’échec. Ça ne marchera jamais. On essaie donc de travailler avec l’entraîneur. On lui demande : "De quoi voulez-vous que je parle à vos joueurs?"

Tant qu’il n’est pas sous notre responsabilité, le joueur leur appartient et il faut respecter cela.

De nos jours, les jeunes joueurs ont un entourage nombreux et bruyant, avec une multitude de voix qui les conseillent et qui les tirent dans une direction ou une autre. C’est devenu excessif, estime Ramage, qui ne peut que hausser les épaules devant cette nouvelle réalité.

N’en déplaise à celui qui ignorait ses appels, la voix du Canadien de Montréal a bien du poids. Et l’envergure de l’organisation la sert bien quand elle cherche à établir des ponts avec des entraîneurs, surtout en Europe.

Il reste qu’une voix doit s’élever au-dessus des autres.

J’ai eu plusieurs conversations avec des jeunes pendant la saison. Il n’y a qu’une seule voix, et elle est derrière toi pendant le match. C’est celle de ton entraîneur. C’est lui qui gère ton temps de jeu, ça a toujours été comme ça et ça ne changera jamais.

Éviter les jugements hâtifs

Chaque année, au mois de janvier, les recruteurs amateurs et professionnels se réunissent à Montréal et procèdent à des genres d’états généraux.

Jeff Gorton est passé maître dans l’art de mettre son personnel sur la sellette et de demander si untel va jouer dans la Ligue nationale, ou ce que tel autre va devenir.

C’est là que tu dois sortir ta boule de cristal, dit Ramage en riant.

S’il y a une chose qu’a apprise Ramage durant toutes ces années à superviser le développement des joueurs du Canadien, c’est qu’on ne peut pas juger trop vite. Bien qu’il ait été aux premières loges pour suivre le cheminement de chacun, il n’admettait pas facilement qu’il n’y avait plus rien à faire avec l’un ou l’autre de ses protégés.

Jayden Struble a connu deux dernières années difficiles à l’université, a-t-il rappelé. Moi, je l’adorais. Il a une grande force de caractère et est un athlète exceptionnel. Il a eu du mal à Northeastern, mais Kent savait que cet environnement ne lui convenait tout simplement pas.

Il est venu à Laval — je crois qu’il nous fallait remporter 9 de nos 10 derniers matchs pour nous qualifier pour les séries — et on l’a fait jouer. Les entraîneurs se demandaient s’il le fallait vraiment, mais on l’avait repêché pour ça. On s’est qualifiés pour les séries, il a joué. Et l’année suivante, il jouait dans la LNH.

C’est une leçon. Il ne faut pas porter de jugement trop hâtif, il faut laisser les choses suivre leur cours. Les joueurs mûrissent à des rythmes différents.

Le temps finit par faire son œuvre pour tout le monde.

Y compris pour Rob Ramage qui, après une vie bien remplie dans le hockey, a jugé qu’il était mûr pour la retraite.

 Tellement hockey

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