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Risque d’épidémie de peste, arme biologique ... Le mystère persiste suite au décès d’une laborantine en Sibérie

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Le mystère continue de planer autour du cas de peste pulmonaire, qui pourrait être à l'origine du décès de Daria Shipilova, une technicienne de laboratoire âgée de 28 ans, qui travaillait pour l'Institut de recherche anti-peste d'Irkoutsk. La jeune femme est en effet morte à l'hôpital de Chelekhov en Sibérie d'une "mystérieuse pneumonie", deux jours après avoir laissé tomber un tube à essai contenant des bactéries vivantes, lors de la collecte d'échantillons, d'après les rares informations qui ont filtré.

Une version officielle que l'épidémiologiste russe Michael Favorov, qui vit aux États-Unis, qualifie d'incohérente et ridicule. Interrogé par le New York Post, il s'explique : "Les personnes qui travaillent dans cet institut portent une combinaison de protection. En réalité, le risque d'infection à la suite de la rupture d'un tube est très faible".

pesteDaria Shipilova, la technicienne du laboratoire, décédée d'une "pneumonie mystérieuse" à l'âge de 28 ans. ©D.R.

Quoi qu'il en soit, suite à ce décès rapporté vendredi dernier, tout en affirmant avoir la situation sous contrôle, la Russie aurait "verrouillé" le laboratoire et mis en quarantaine cinq hôpitaux régionaux, dont évidemment celui où l'employée est décédée, et placé 200 personnes sous surveillance, contacts et membres de l'Institut, d'après les informations collectées par le New York Times.

Jeudi, Oksana, enceinte et en observation dans ce même hôpital témoignait pour l'AFP : "Tout allait bien puis on nous a annoncé qu'une femme était décédée. Et ils ont interdit toute entrée ou sortie." Pendant quatre jours, la jeune femme de 35 ans a ensuite été gardée dans l'hôpital de cette ville d'un peu moins de 50 000 habitants. "J'ai lu qu'il s'agissait d'une sorte de pneumonie indéterminée ou du Covid, quelque chose comme ça. J'avais aussi lu quelque part qu'il s'agissait d'une sorte de "syphilis de Hong Kong" et que c'était en fait causé par des ours." Or, la "syphilis de Hong Kong" est une maladie imaginaire tirée d'une série télévisée comique russe. "Pour être honnête, je ne crois plus en rien, témoigne Oksana. Il y a tellement d'informations que je ne sais plus qui croire ni qui écouter."

Lors des premiers jours, "les gens étaient en proie à une panique totale car il n'y avait aucune déclaration officielle", relate pour sa part Alexandra Iskalova. D'autres racontent que le port du masque est devenu obligatoire, notamment dans les écoles.

Des scientifiques très sceptiques

Mais alors que, à Chelekhov, des habitants rencontrés par l'AFP doutent de la version officielle, les autorités sanitaires russes avaient nié dans un premier temps l'instauration de ces mesures sanitaires. Jeudi, sans véritablement démentir les informations dans les médias faisant état d'un second employé atteint d'une pneumonie d'origine indéterminée, le Kremlin a réagi en appelant à se fier aux déclarations des autorités et déploré une multitude de "fausses informations" sur cette situation.

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Installé au sein de la population, le scepticisme – sinon la suspicion – l'est aussi dans la communauté scientifique. Ainsi, biologiste renommé et professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Kevin Esvelt rejette lui aussi le récit officiel russe. Sur X, il fait part de ses doutes concernant l'incident, arguant que "l'ampleur considérable de la mise en quarantaine n'est pas compatible avec une simple infection survenue dans un laboratoire, même par la peste bubonique". De fait, aujourd'hui, c'est une maladie contre laquelle il existe un vaccin et dont on peut guérir grâce à une prise rapide et suffisante d'antibiotiques pour enrayer l'infection.

pesteL'hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses à Chelekhov, dans la région d'Irkoutsk, où l'employée de l'Institut de recherche anti-peste d'Irkoutsk est décédée. ©AFP or licensors

Pour ce chercheur, "le confinement physique indique que le problème ne peut pas être combattu avec des antibiotiques. Cela implique soit qu'il s'agit d'un virus génétiquement modifié, soit que ce n'est pas du tout la peste". Plus effrayant, selon lui, "la raison évidente pour laquelle la Russie ferme les hôpitaux et déploie des agents du FSB et du personnel chargé des matières dangereuses, ce que la Russie aurait fait, est de contenir un agent biologique potentiellement transmissible avant qu'il ne se propage." Or, s'il devait effectivement s'agir d'une arme biologique créée à partir d'un virus modifié en laboratoire, Esvelt prévient que "les vaccins actuellement disponibles seraient inefficaces".

Aucun risque épidémique ?

Après les demandes appuyées du président américain Donald Trump pour éclaircir la situation et communiquer toutes les informations nécessaires, l'agence de santé publique russe avait fait savoir que la laborantine "avait été vaccinée et disposait d'une immunité contre les infections dangereuses avec lesquelles elle travaillait" et deux commissions d'experts ont conclu qu'" aucune situation d'urgence liée à la manipulation de micro-organismes pathogènes n'a été constatée".

Mercredi, cette même agence sanitaire Rospotrebnadzor a estimé qu'il n'existait "aucun risque épidémique" pour la population. Ce jeudi, les autorités russes ont annoncé que "la surveillance médicale de toutes les personnes ayant été en contact avec la patiente est terminée". "Aucun trouble de santé lié à une pathologie infectieuse n'a été détecté", a annoncé sur la messagerie Max Igor Kobzev, le gouverneur de la région d'Irkoutsk, selon qui près de 5 000 analyses de laboratoire ont été effectuées et "n'ont révélé la présence d'aucun micro-organisme pathogène dangereux".

L'OMS demande de la transparence

De son côté, tout comme l'Union européenne et les États-Unis, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a également appelé la Russie à faire preuve de transparence. "La communication d'informations en temps utile, complètes et transparentes dans le cadre du Règlement sanitaire international est essentielle pour clarifier les informations contradictoires et permettre une évaluation précise des risques potentiels pour la santé publique", a écrit pour sa part, sur X, le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ajoutant qu'il avait "demandé des informations complémentaires" aux autorités sanitaires russes.

En attendant, mardi, l'OMS qualifiait le risque de "faible" pour la Russie et "très faible" pour l'Europe.

La Russie dément tout "risque épidémique" après des soupçons de peste en Sibérie

Il n'empêche que l'aventure du Covid, avec l'opacité des autorités chinoises au début de la pandémie, a laissé des traces. Et sans doute le peu d'informations fournies par la Russie sur cet accident génère des rumeurs et amplifie une peur peut-être pas justifiée. En attendant, si la prudence reste clairement de mise, la plupart des experts se veulent a priori rassurants, estimant tout risque de contagion à ce stade limité.

Nettement plus mortelle

Reconnaissant "n'avoir pas plus d'informations que ce que l'on peut lire dans les médias", le Pr Marc Van Ranst, professeur de virologie à la KULeuven, nous a répondu que, selon lui "une infection par le bacille de la peste est une hypothèse à envisager dans ce contexte professionnel, mais elle n'est pas confirmée à ce stade". Rappelons que, "selon les autorités russes, il ne s'agirait pas d'un cas de peste, poursuit le spécialiste. Elles indiquent que les examens n'ont pas mis en évidence de micro-organismes liés à l'activité professionnelle de cette patiente et que la cause de sa pneumonie reste indéterminée".

 Marc Van Ranst pictured during an interview at the Universitair Ziekenhuis Gasthuisberg on June 3, 2025 in Leuven, Belgium, 03/06/2025 ( Photo by Tomas Sisk / Photo NewsLe Pr Marc Van Ranst, professeur de virologie à la KULeuven ©TSI

La peste pulmonaire ou pneumonique est une forme de peste plus rare que la peste bubonique, mais nettement plus mortelle et très contagieuse. Lorsque le bacille atteint les poumons, sans traitement approprié, la personne décède dans les deux, trois jours. "Clairement, c'est dangereux et ça peut facilement tuer, confirme le Pr Van Ranst. C'est contagieux même si cela reste un peu moins transmissible que le Covid. Si on peut isoler et traiter le patient rapidement, cela ne va pas générer des cas secondaires."

Chaque année, quelques centaines de cas sont répertoriés dans différents pays comme la République démocratique du Congo, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, Madagascar, mais aussi la Chine, la Mongolie, l'Inde, la Russie, le Pérou, les États-Unis…

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Une arme biologique ?

"Si un cas avait été signalé en Afrique ou à Madagascar, vous ne m'auriez pas téléphoné, fait remarquer le virologue. C'est le fait que cela s'est passé dans un laboratoire en Russie qui est un peu plus inquiétant, car cela renvoie au programme d'armement biologique de l'Union soviétique. Si le passé soviétique en matière d'armes biologiques peut expliquer certaines inquiétudes, aucun élément public ne permet, à ce stade, de relier ce décès à un programme d'armement biologique. Même la CIA et les autres agences ne pensent pas que c'est réaliste."

Il faut rappeler que, "pour l'instant, il n'y a qu'un soupçon de peste et, en aucun cas une épidémie confirmée, insiste le virologue. Aucun cas secondaire de peste n'a été confirmé à ce stade. Des informations non confirmées évoquent un autre décès par pneumonie, sans que son origine ni un éventuel lien avec le premier cas ne soient établis".

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