
Tous ou du moins beaucoup ont sans doute suivi mardi le scrutin auquel a participé la minorité d’électeurs ayant le droit de vote et vivant sous domination israélienne. Pour ma part, je l’ai suivi.
Mais je ne savais pas vraiment pourquoi je le suivais — sachant, tout comme le monde entier ou une bonne partie de celui-ci, que le résultat serait sans grande importance.
Et ce sera effectivement le cas, maintenant que les votes sont dépouillés et que les résultats tombent. Aucun des deux principaux candidats, ni Benjamin Netanyahu et son Likoud de droite, ni Gadi Eisenkot et son parti “centre-droit”(entre guillemets, s’il vous plaît) Yashar, ne dispose de suffisamment de voix pour former un gouvernement sans recruter de petits partis, parmi lesquels figureront très probablement les partis arabes comme potentiels partenaires de coalition.
Comme lors des scrutins précédents, il pourrait s’écouler des semaines avant que l’un ou l’autre bloc ne forme un gouvernement — à condition, bien sûr, que les électeurs israéliens n’aient pas à se rendre à nouveau aux urnes.
Au moment où j’écris ces lignes, avec 93 % des voix dépouillées, la coalition du Likoud détient 53 sièges à la Knesset et celle de Yashar 48, les deux blocs étant loin des 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité. [Les partis arabes en détiennent 19]. Mais inutile de rester sur le qui-vive pendant que les manœuvres politiques se poursuivent. Le suspense n’est pas à son comble.
S’il y a bien une nation au monde qui a plus que toute autre besoin de trouver une nouvelle orientation, c’est “l’État juif”. Mais s’il y en a une qui est plus attachée que jamais à la voie qu’elle suit actuellement, c’est bien l’État juif.
Génocide, persécution, violation des lois, projet du “Grand Israël”, la “guerre sur sept fronts” dont parle sans cesse Netanyahu : dans la mesure où un quelconque changement pourrait se profiler, il prendra la forme d’une intensification des agressions du régime sioniste.
Alors que les Israéliens s’apprêtent à définir leur avenir politique, comment le reste du monde va-t-il réagir une fois qu’un nouveau gouvernement sera formé et qu’il sera clair que, avec Netanyahu ou un autre au pouvoir, Israël est soit incapable de prendre un nouveau cap, soit n’a aucun intérêt à en trouver un.
Une scène à Jérusalem mardi, telle que relatée par Associated Press :
“Une jeune électrice, Michal Shiloh, était dans la rue pour encourager le vote de dernière minute en faveur de candidats comme l’extrémiste de droite Bezalel Smotrich [le ministre des Finances de Netanyahu, raciste fanatique].
“Elle et ses amis acclamaient Netanyahu, mais Shiloh a reconnu le taux de participation ‘malheureusement’ élevé des électeurs arabes.
“‘Nous ne voulons pas d’un gouvernement avec les Arabes’, a-t-elle déclaré, témoignant du glissement vers l’extrême droite observé chez certains jeunes Israéliens”.
Tel est l’Israël qui s’est rendu aux urnes mardi.
Les Juifs israéliens avaient toutes sortes de préoccupations en tête lorsqu’ils ont déposé leur bulletin dans les urnes tout au long de la journée de mardi et jusque dans la soirée. On peut citer les affaires de corruption à répétition de Netanyahu, sa campagne de terreur à Gaza, la situation en Cisjordanie, le statut des juifs ultra-orthodoxes, et l’attaque toujours contestée du régime de Netanyahu contre le pouvoir judiciaire.
Pourtant, il n’y a pas eu de débat sérieux sur le génocide à Gaza, l’escalade de la violence des colons et des soldats en Cisjordanie, l’occupation du sud du Liban et de certaines parties de la Syrie, ni sur la guerre contre l’Iran.
Lorsque ces questions ont été abordées, le débat portait sur la question de savoir si Netanyahu a mené les campagnes de terreur d’Israël de manière juste, ou s’il n’a pas été assez violent dans sa gestion des agressions du régime sioniste.
C’est affligeant, mais c’est exactement comme aux États-Unis et, d’ailleurs, partout ailleurs dans le monde occidental. Les questions nationales sans grande importance peuvent être abordées dans un sens ou dans l’autre — qu’au moins quelques fleurs s’épanouissent —, mais rien ne doit être remis en question sur le plan géopolitique : la domination — celle d’Israël en Asie occidentale, celle de l’Occident sur le non-Occident — n’est pas sujette à débat.
En d’autres termes, tout Américain jugeant honteux que les agressions d’Israël n’aient pas été abordées mardi doit prendre le temps de se demander à quand remonte la dernière fois où le budget du Pentagone a fait l’objet d’un débat sérieux — voire d’un débat tout court. Il n’y a absolument aucune différence entre ces manquements.
De manière délibérée, soutenue et ciblée, Netanyahu a renforcé l’engagement du régime sioniste à détruire la République islamique à l’approche des élections.
Cinq jours avant le scrutin, il a éliminé toute possibilité d’un règlement négocié, quel qu’il soit, avec Téhéran.
“Il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer cette menace une fois pour toutes : renverser le régime en Iran”,
a déclaré Netanyahu devant une promotion d’officiers de l’armée.
“Et telle est ma directive à l’armée israélienne, au Mossad et aux services de sécurité”.
À l’heure actuelle, c’est le genre de discours qui imprègne l’atmosphère en Israël. Dix jours plus tôt, l’Institut d’études sur la sécurité nationale, un think tank proche du régime, a publié un article rédigé par Tamir Hayman, ancien chef du renseignement militaire, intitulé “Le “nouveau” concept de sécurité nationale”.
Hayman y décrit la guerre permanente comme le cœur de la politique de sécurité israélienne et les accords de paix comme des arrangements temporaires destinés à être utilisés puis mis de côté lorsqu’ils ne sont plus nécessaires.
Les guillemets que Hayman met autour de son “nouveau” sont justifiés. La seule nouveauté de cette politique, c’est la façon décomplexée avec laquelle elle est énoncée. C’est la marque des années Netanyahu, qu’elles se poursuivent ou non une fois que la tourmente politique se sera apaisée.
Netanyahu a donc placé la barre plus haut, et il ne faut pas s’étonner que Gadi Eisenkot, un général belliciste ancien chef d’état-major des Forces de défense israéliennes (FDI), soit déterminé à la franchir.
Comme Eisenkot l’a clairement répété pendant la campagne électorale, il figure parmi les figures de proue du camp qui estime que Netanyahu a échoué, qu’il s’est montré trop conciliant à l’égard du Hamas à Gaza et du Hezbollah au Liban, et qu’il n’a pas su instaurer la “stabilité” en Cisjordanie.
Gadi Eisenkot is the father of the so-called Dahyeh Doctrine used against southern suburbs of Beirut in ’06: disproportionate retaliation and destruction of civilian infrastructure to establish deterrence. Then used in Gaza.
— Kim Ghattas (@KimGhattas) October 26, 2026
Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft, a formulé une observation pertinente l’autre jour en analysant le document de Hayman : la seule référence en matière de succès de politique sécuritaire pour Israël est l’ampleur de la destruction qu’il inflige.
J’ajouterai que c’est d’ailleurs là la norme des États-Unis depuis de nombreuses années : depuis je ne sais combien de temps, leur rôle dans les affaires mondiales revient à saboter sans jamais rien bâtir.
L’engagement vigoureusement affirmé par Netanyahu en faveur du génocide diffusé en direct à Gaza et de la destruction de la République islamique, ainsi que le reste de son programme “Eretz Yisrael”, constitueront son héritage, qu’il reste ou non au pouvoir lorsque les résultats de mardi seront connus.
Et comme l’a souligné Alastair Crooke dans un article publié lundi, les donateurs sionistes sans lesquels le président américain Donald Trump ne serait rien ont fait leur la position de Netanyahu : aucune forme de négociation avec l’Iran n’est plus acceptable. Seule la chute de la République islamique fera l’affaire. “Le terrible pouvoir de l’argent” – une citation de Theodor Herzl – était le titre choisi par Crooke.
Ce sera donc du pareil au même, mais selon toute vraisemblance bien pire. Voilà ce qu’il faut attendre des élections de mardi. D’où la question initiale. Lundi, le monde était loin d’être stable. Quelle sera sa réponse, tant occidentale qu’extra-occidentale, alors que le régime sioniste, quel que soit son nom, aggrave la crise qui le menace ?
Patrick Lawrence
Article original en anglais : The Same Old but Worse in Israel, Consortium News, le 29 octobre 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
Image en vedette : Manifestants contre la réforme judiciaire à Tel-Aviv en 2023. (Bar, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)
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Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger depuis de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, conférencier et auteur, dont l’ouvrage le plus récent est Journalists and Their Shadows, disponible chez Clarity Press. Parmi ses autres ouvrages figure Time No Longer: Americans After the American Century. Son compte X/Twitter, @thefloutist, a été réactivé après des années de censure.































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