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Jusqu’au 9 août, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente une exposition inédite rassemblant près de 100 portraits réalisés par le célèbre photographe américain Richard Avedon, tous axés sur le thème du vieillissement. « Chaque ride raconte une histoire, un vécu », résume Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du MBAM.
C'est complètement inédit. Oui, c’est un sujet qu’il a abordé tout au long de sa carrière, mais il n'y avait jamais eu d'exposition consacrée entièrement à l'exploration de Richard Avedon du vieillissement, de l’âge, de la dignité humaine, affirme Mme Desmarais, responsable de l'exposition montréalaise.
Richard Avedon (1923-2004) est un photographe majeur du 20e siècle. D’abord célèbre pour ses images de mode novatrices dans des magazines comme Harper’s Bazaar et Vogue, il s’impose ensuite comme un grand portraitiste, réalisant des clichés épurés et sans fard qui mettent en relief toutes les subtilités des visages humains.

Portrait du réalisateur américain John Ford pris par Richard Avedon à Bel Air, en Californie, le 11 avril 1972.
Photo : Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) / Richard Avedon / Courtoisie du Metropolitan Museum of Art, don de l'artiste / The Richard Avedon Foundation
L'exposition intitulée Richard Avedon : Immortel. Portraits du temps qui passe, 1951-2004 réunit des portraits d'icônes culturelles, dont Samuel Beckett, Jorge Luis Borges, Truman Capote, Duke Ellington, Toni Morrison, Jean Renoir, Gabriel García Márquez et Patti Smith, mais aussi de purs inconnus.
Je donne l’exemple de la série In the American West, où Avedon a pris des photos de personnes nées dans l’esclavagisme, de personnes qui travaillaient dans les fermes et qui avaient perdu leurs bras, explique Mary-Dailey Desmarais.
Ils ont un regard et une expérience tellement forts qu’encore une fois, on ne peut pas tourner le dos à ce que Avedon a capté dans ses photographies.
Ça vient nuancer une certaine perception d’Avedon selon laquelle il était obsédé par la célébrité, ce qui n’était pas le cas, comme on le voit dans certains des portraits inclus dans l’exposition.

Vue de l’exposition « Richard Avedon : Immortel. Portraits du temps qui passe, 1951-2004 » au MBAM.
Photo : Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) / Julie Ciot / The Richard Avedon Foundation
La mémoire des visages
La conservatrice en chef du MBAM raconte qu’à l’époque où Richard Avedon a commencé à publier des portraits de personnes plus âgées, dans les années 1960 et 1970, plusieurs de ses photographies ont été perçues comme brutales.
Souvent, les gens étaient choqués parce qu'ils étaient tellement habitués à voir les photographies de mode d’Avedon, où les éditeurs encourageaient le airbrushing [lissage de la peau], l'effacement des plis, des rides. On voulait créer une image d’une sorte de perfection, explique-t-elle.
Les portraits de vieillissement sont à l’opposé de cet effacement de la réalité des gens. Pour Avedon, c'était une façon d'aborder notre mortalité collective.
Si certains portraits mettent leurs sujets particulièrement en valeur, comme celui du cinéaste italien Michelangelo Antonioni avec sa femme Enrica, d’autres sont moins flatteurs, comme celui de la poète et écrivaine Dorothy Parker.
Pourtant, Dorothy Parker a beaucoup aimé cette photographie. C'est vrai que c'est dur à regarder parce que ce n’est pas un portrait flatteur, mais c'est un portrait qui capte le poids de son expérience humaine, affirme Mary-Dailey Desmarais.
On parle d'une grande écrivaine qui a aussi souffert dans sa vie, qui a abusé de l'alcool, et on voit les traces de cela sur sa figure. Il y a une franchise dans la représentation de la réalité de sa vie qui est extrêmement touchante.

Portrait de Jacob Israel Avedon pris par son fils Richard Avedon à Sarasota, en Floride, le 7 octobre 1969.
Photo : Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) / Richard Avedon / Courtoisie du Museum of Modern Art, Committee on Photography Fund / The Richard Avedon Foundation
Bien qu'elle couvre l'ensemble de la carrière d'Avedon, l'exposition accorde une place importante à la célèbre série Jacob Israel Avedon, présentée pour la première fois au Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1974.
Celle-ci relate les dernières années de vie du père du photographe, mort des suites d'un cancer, au fil de neuf portraits illustrant son dépérissement. C'est un des projets les plus importants de la carrière d’Avedon. C’était sa première exposition au MoMA et on l’a recréée ici au musée, conclut Mary-Dailey Desmarais.
Les billets pour l'exposition Richard Avedon : Immortel. Portraits du temps qui passe, 1951-2004 sont disponibles sur le site du MBAM (nouvelle fenêtre). Après Montréal, l'exposition sera présentée à l'Image Centre de l'Université métropolitaine de Toronto en septembre 2026.
Avec les informations de Claudia Hébert


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