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La Grande mobilisation pour les arts au Québec (GMAQ), qui a réuni les artistes et organisé les manifestations lors de la crise des arts de 2025, n’a pas terminé son travail. Mais c’est maintenant un travail de la réflexion plus lent, semble-t-il, axé sur le rassemblement des artistes et de leurs idées, pour accélérer la voie vers un filet social qui les protégerait. Mardi soir, la GMAQ a projeté, en grand format, les demandes issues de son chantier Filer le social, sur l’édifice Wilder à Montréal, où sont sis les bureaux du ministre de la Culture, Mathieu Lacombe.
Une autre projection a aussi eu lieu sur l’extérieur de l’édifice Guy-Favreau. La GMAQ a ainsi revendiqué entre autres le « droit à l’errance » pour les artistes, et prôné qu’une allocation universelle serait la meilleure solution pour eux.
« Notre travail excède largement à machiner à puncher », indique le groupe dans une de ses 12 « thèses », portées dans un style qui tient aussi du manifeste, avec des accents parfois poétiques.
« La liste de nos tâches est infinie et, le plus souvent, non rémunérées (nous sommes notre propre téléphoniste, comptable, relationniste, responsable du financement, direction des ressources humaines) », peut-on lire.
Pour cette raison, le groupe estime que le modèle de l’assurance emploi est inadapté à la plupart des disciplines et des travailleurs de l’art.
Les 12 suggestions avaient été dévoilées sur les réseaux sociaux il y a quelques jours. Certaines d’entre elles rejoignent un consensus plus large dans le milieu, comme celle qui rappelle que « le milieu des arts contribue à la société, au-delà du PIB », en qui donne le contre-exemple du musellement des arts qui se joue actuellement aux États-Unis.
« Nos pratiques nourrissent vos imaginaires et enrichissent votre expérience sensible du monde. On ne soutient pas les artistes par charité, mais parce qu’on reconnaît qu’une société n’est pas une chambre de commerce », y lit-on.
Le but de la GMAQ, désormais ? Avoir une position concertée des artistes pour la porter à la table de concertation de Compétence Culture sur la modernisation de la protection sociale en culture. Le metteur en scène Hugo Fréjabise y représente le groupe.
Car la crainte du groupe, c’est que les artistes à projets, les créateurs précaires « soient les grands oubliés d’un filet social calqué sur le modèle de l’assurance-emploi, comme certains le préconisent » actuellement, explique l’essayiste et illustrateur Clément de Gaulejac.
Revendiquer l’art pour l’art
La particularité des axes de réflexion ? La nécessité, pour ces artistes, de sortir d’un modèle de soutien et de financement qui, de fil en aiguille et par effet domino, les a poussés à viser toujours la productivité, et à voir leurs succès être jaugés sur la portée de leurs œuvres.
Ainsi, pour soutenir l’excellence collective, la GMAQ estime qu’il faut « abandonner le fantasme de l’excellence individuelle, dont le vedettariat constituerait la mesure ».
« Fabriquer des champions pour l’exportation, ça ne nourrit pas le milieu. Un champ où il n’y aurait que trois ou quatre fleurs est voué à disparaître », lit-on encore, avec ce ton qui différencie les demandes de la GMAQ de celles des associations et regroupements de lobbying.
Le groupe demande une définition large et inclusive de l’artiste professionnel, qui serait déterminé par les artistes même et non par le gouvernement ou les administrateurs.
Aussi, une reconnaissance de la pratique, pas seulement de ses succès ; une reconnaissance de l’atypisme du travail de l’artiste, en dehors du salariat et des heures comptables ; et une large solidarité, dans le milieu artistique et avec tous les travailleurs précaires. Entre autres.
Ces idées sont issues de la grande journée de réflexion que la GMAQ a menée, le 20 septembre dernier, à Montréal, Sherbrooke, Chicoutimi, Québec et Rouyn-Noranda simultanément. Quelque 150 personnes y ont participé.
Les thèses ne sont pas « un résumé de ce qui a été dit », explique M. de Gaulejac, mais plutôt la transformation en énoncés politiques des besoins et réalités vécues par les artistes participants.


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