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Réussir en restauration en région éloignée : une recette aux ingrédients variés

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Véritables passionnés, les propriétaires de restaurants indépendants doivent éviter de compter leurs heures pour assurer la réussite de leur entreprise. Parmi eux, certains livrent un plaidoyer pour soutenir davantage l’achat local.

L’importance des petits détails

Chantal Massicotte en est à un deuxième passage à la tête du pub Deuxparquatre, situé sur la rue Perreault à Rouyn-Noranda.

Après avoir ouvert le restaurant il y a une dizaine d’années, elle l’a vendu cinq ans plus tard pour se consacrer à d’autres projets. En mars dernier, l’occasion de redevenir propriétaire s'est présentée. Chantal Massicotte dirige donc à nouveau l’établissement, entourée de deux partenaires d’affaires.

Installée au bar de son restaurant par un jeudi ensoleillé de février, elle souligne que c’est la passion qui l’a ramenée dans le domaine.

À 52 ans, quand tu reviens en restauration, tu as besoin d’être passionnée. Sinon, ça ne fonctionne pas. J’étais dans le meilleur de ma carrière. J’aime beaucoup la restauration. Je consomme la restauration. Je fais des voyages culinaires. On aime beaucoup cuisiner, on aime beaucoup goûter aux choses, aux nouveautés, au vin, à la bière. C’est quelque chose qui me passionne, exprime-t-elle.

Intérieur d'un pub.

Le Deuxparquatre – Pub Brut offre des repas et des breuvages, comme une sélection de scotchs et de whiskys.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Sans cette passion, croit-elle, impossible de durer dans le métier.

Quand tu aimes ce que tu fais, quand tu es passionné, ça va de soi que tu vas avoir du succès. Pour bien des restaurateurs qui ferment, c’est qu’un moment donné, ils n’ont plus cette passion-là, ils n’ont plus cette flamme-là. Et ça fait que tu t'en occupes moins, tu t'occupes moins de ton personnel, tu t'occupes moins de la propreté de tes lieux, tu t'occupes moins de ton menu, élabore-t-elle.

Radio-Canada a rencontré des restaurateurs de Rouyn-Noranda pour prendre le pouls de l’industrie sur la scène locale et discuter des défis avec lesquels doivent composer ces entrepreneurs en 2026. Ce texte est le deuxième et dernier d’une série sur la restauration.

Questionnée sur les recettes du succès, pour un restaurant indépendant, dans une ville de la taille de Rouyn-Noranda, Chantal Massicotte émet plusieurs pistes de réponse.

C'est sûr qu'en partant, il faut que tu aimes les gens, il faut que tu aimes le monde, mentionne-t-elle en mettant l’accent sur l’importance du lien avec les clients et de la qualité du service.

Il faut que tu aimes la créativité, il faut que tu aimes innover, il faut que tu sois rempli d'énergie. Il faut que tu sois très créatif parce qu’en région, on n’a pas accès à tout ce que Montréal peut avoir au niveau des fournisseurs, des employés, de l’achalandage.

Si la qualité de la nourriture est centrale pour avoir du succès, la restauratrice d’expérience est d’avis que les détails - chacun d’entre eux - font une énorme différence sur le désir des clients de venir manger dans un établissement donné sur une base régulière.

Autant la musique, l’éclairage, l’odeur des lieux. Les gens n’ont pas encore mangé, ils ont traversé la porte, et si personne ne leur dit : "Bonjour!", ça va se sentir. Mais si tu rentres, que la musique soit agréable, tu t’entends parler, l’éclairage est tamisé, c’est propre, ça sent bon, les gens ont le sourire, tout le monde te dit bonjour, on t’accueille, on te choisit la meilleure place. En restauration, c’est plein de détails comme ça, et tu n’as même pas encore eu ton assiette, fait-elle observer.

Chantal Massicotte se sert une bière.

Chantal Massicotte met elle-même la main à la pâte au besoin.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Selon Mme Massicotte, le succès d’un restaurant comme le sien repose aussi en bonne partie sur l’implication des propriétaires en cuisine, mais aussi, parfois, dans le service.

Aujourd’hui, on est jeudi. Je vais rester ce soir. Vendredi soir, je vais être ici dans la journée, je vais être ici en soirée. C’est sûr que le dimanche, je suis chez nous, le lundi, je suis chez nous, mais je fais 12 heures de comptabilité. Je ne travaille pas 60 heures non plus, mais je travaille énormément, c’est ce que j’aime!, affirme celle qui considère la rigueur comme la principale qualité à posséder pour obtenir du succès dans son domaine.

Comptant parmi ses partenaires un chef cuisinier d’expérience et une sommelière, qui gèrent avec elle l’établissement, Chantal Massicotte se considère aussi chanceuse de pouvoir miser sur un groupe d’employés engagés.

Le plus souvent possible, elle essaie d’être sur place, auprès des clients et employés.

Je pense qu'en ayant les propriétaires sur place, les gens aiment ça. Les gens viennent me voir et si je ne suis pas là, ils vont m'envoyer personnellement une photo de leur lunch. Le meilleur exemple? Le Pizzé avec Charles Gabrysz. Ça, c'est une image qui est forte pour moi. Le propriétaire, quand il est dans la place et qu’il parle avec son monde, les clients, mais aussi le staff, ça paraît, fait valoir Mme Massicotte.

Plaidoyer pour l’achat local

Malgré la rigueur de l’hiver en cours en Abitibi-Témiscamingue, la température est clémente alors que nous allons à la rencontre de Maude Lafleur, chocolatière propriétaire du Gisement et partenaire du Bistro Le Cachottier.

Nous sommes en fin d’après-midi, un mercredi, et aucun client n’est en vue dans les locaux qui abritent les deux entreprises, regroupées sous le même toit en 2023.

La neige est cute. Ce serait une belle occasion de sortir et de venir prendre un bon chocolat chaud, lance la femme d’affaires.

Maude Lafleur assise dans son restaurant pour la phioto.

Maude Lafleur, chocolatière propriétaire du Gisement et partenaire du Cachottier Bistro-Bar à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Lucide, Maude Lafleur fait un constat : les gens ont changé leurs habitudes depuis la pandémie de COVID-19.

Les gens, depuis la COVID, ont pris l’habitude de plus profiter de leur maison, de leur foyer, de leur petit lopin de terre. On a vu les gens prendre du temps pour eux, ce qui est très important, mais nous, l’industrie de la restauration, ç'a vidé nos salles considérablement.

C’est difficile, poursuit Mme Lafleur, parce qu’on vit de notre passion. Ce qu’on veut, c’est rassembler les gens et les regrouper autour d’une bonne table, avec une bonne bouffe, faire vivre de beaux moments en famille, en amis, et on voit ces gens-là un peu déserter la restauration parce que les prix ont haussé, le coût de la vie a augmenté, et c'est devenu une activité de luxe de sortir au restaurant.

Selon ses observations, les gens sortent encore au restaurant, mais davantage pour célébrer des événements ou pour des occasions spéciales.

Mais pour être là pour les occasions spéciales, je dois être là pour les occasions moins spéciales, fait observer la jeune entrepreneure.

Maude Lafleur dans son restaurant.

Maude Lafleur, à l'œuvre dans sa chocolaterie.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Pour tenter de maintenir un achalandage intéressant, Le Cachottier a organisé ces derniers mois différents événements de même que des soirées thématiques. Le menu, aussi, a été modifié.

On a fait beaucoup de diminutions de prix justement pour permettre à tout le monde de venir en profiter, parce que venir au restaurant, oui c’est un luxe, mais ça doit demeurer accessible, estime Maude Lafleur.

Il devient dans ce contexte difficile de conserver une marge de profit.

Le prix du chocolat, il y a quatre ans, quand j’ai acheté le Gisement, et le prix maintenant, ça n’a plus rien à voir. Moi, ce que je veux, c’est vendre du chocolat qui soit accessible pour tout le monde. La différence de prix, je ne peux pas toute la charger à mon client, je dois en sortir de ma poche pour que les produits demeurent accessibles, fait-elle remarquer.

Pour les mêmes produits, on paie à peu près 30 % de plus que ce que des restaurants de Montréal peuvent payer.

En cette année du 100e anniversaire de Rouyn-Noranda, Maude Lafleur livre un plaidoyer pour l’achat local dans les restaurants, mais aussi dans tous les commerces du centre-ville.

La façade du bistro-bar Le Cachottier et une femme, de dos, qui passe devant.

Le bistro-bar Le Cachottier est situé sur l'avenue Principale à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Malgré cette période plus difficile pour son commerce, c’est la passion, et les liens qui se créent avec les clients, qui la poussent à poursuivre l’aventure.

Moi, c’est de voir les gens qui viennent ici, qu’ils soient tristes, qu’ils vivent une période difficile, qu’ils prennent le temps de s’asseoir, que je prenne le temps de parler avec eux et qu’ils finissent par repartir avec le sourire, parce que venir profiter d’un moment au restaurant, en salle, des fois, c’est tout ce qu’on a de besoin, de se connecter avec les gens autour de nous, signale-t-elle.

Se réinventer et s’adapter, la clé du succès

Les couleurs ont changé dans la dernière année à l’intérieur des locaux du 101 avenue Principale, à Rouyn-Noranda.

Après une dizaine d’années à opérer une franchise du restaurant Freshii, Tommy Garneau, qui possède aussi le restaurant Kayzen Comptoir Aziat, a pris la décision de fermer le commerce.

Quelques mois plus tard, c’est un restaurant Superbol qu’il ouvrait au même endroit, faisant ainsi passer le décor du vert à un jaune éclatant.

Des piétons marchent près du restaurant Superbol de Rouyn-Noranda.

Un restaurant Superbol a récemment ouvert à Rouyn-Noranda et le propriétaire compte en ouvrir un prochainement à Val-d’Or.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Freshii, j’avais une entente de 10 ans. Une franchise, il y a bien des avantages. Mais, au cours des dernières années, j’ai gagné en expérience. Je suis quelqu’un de créatif, et plus les années passent, plus je crois en mes idées. Freshii, j’ai adoré l’expérience, ç'a été pour moi une université extraordinaire, mais je n’étais pas totalement en accord avec toute la vision de l’entreprise, et j’avais envie de voler de mes propres ailes, explique le dynamique entrepreneur.

C’est après une rencontre avec des gens d’affaires de Saint-Jérôme, qui venaient d’ouvrir à cet endroit un premier Superbol, que le projet suivant s’est concrétisé.

Cette fois, il ne s’agit pas d’une franchise. Tommy Garneau ne cache pas les avantages de cette formule.

Une franchise, il y a des frais directs sur nos ventes assez importants. De 8 à 12 % selon les bannières.

Tommy Garneau en compagnie d'employés se font prendre en photo dans un restaurant.

Tommy Garneau en compagnie d'employés du restaurant Superbol de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Insatiable, le Rouynorandien travaille à l’ouverture d’un deuxième restaurant Superbol, cette fois à Val-d’Or.

Pourquoi foncer ainsi tête baissée, alors que nombreux sont les restaurants à en arracher par les temps qui courent au Québec?

Je suis fou!, répond en riant l’homme d’affaires. J’aime ce que je fais, j’aime faire vivre une expérience aux gens. Les services qu’on offre, c’est quelque chose, je pense, qui est simple. C’est nutritif, c’est goûteux, c’est abordable. Ça fitte avec mes valeurs.

Dans son parcours, Tommy Garneau le concède, certains moments ont été plus difficiles.

Il y a une période, quand j’ai ouvert un nouveau restaurant, où j’ai été plusieurs mois sans me verser de salaire. Mes employés, eux, n’ont jamais sauté de paye. Mais j’ai été trois mois que j’ai creusé ma marge de crédit personnelle, relate-t-il.

Tommy Garneau dans son restaurant.

Tommy Garneau a vécu sa part de moments difficiles au cours de sa carrière de restaurateur à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR

Malgré tout, il demeure selon lui possible de faire de l’argent dans le domaine de la restauration, dans des marchés comme Rouyn-Noranda et Val-d’Or.

Mais c’est comme dans n’importe quoi : il faut persévérer, il faut être patient, il faut être à l'affût de ce qui se fait ailleurs, il faut surveiller ses coûts et il faut aimer ce qu’on fait. Il faut que les gens qui travaillent avec nous embarquent dans notre vision et nos valeurs et qu’ils aient du plaisir là-dedans avec nous autres. Il faut que nos clients ressentent qu’on a du fun et qu’on propose un plus pour eux, soutient-il.

Le plus grand défi d’un restaurateur indépendant, selon Tommy Garneau, réside dans le fait que tu ne peux jamais rien prendre pour acquis.

Ce que tu offres peut être tendance aujourd’hui, mais dans deux ans, peut-être que ce que tu offres n’est plus tendance du tout, qu’il y a une nouvelle saveur du jour qui vient d’arriver en ville. Si tu n’es pas à l'affût et prêt à te réinventer et à t’adapter, tu vas être hors du marché. Et ça peut se faire très vite, tu peux même ne pas le voir venir, raconte-t-il.

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