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Retour sur l’affaire Jason Arday : le naufrage des standards académiques au nom de la diversité

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L’affaire Jason Arday n’a pas fait beaucoup de bruit en dehors du Royaume-Uni, mais elle mérite d’être rapportée. Le drame personnel de ce professeur noir de Cambridge, âgé de 41 ans, retrouvé mort à Battersea le 14 août dernier illustre le dérapage des principes DEI (Diversité, Équité et Inclusion) censés lutter contre les discriminations envers des groupes historiquement minoritaires ou marginalisés.

En 2023, Jason Arday est nommé professeur de sociologie de l’éducation à la prestigieuse Université de Cambridge, alors qu’il n’est âgé que de 37 ans. Il devient ainsi le plus jeune professeur noir de l’histoire de l’institution.

Son parcours est présenté comme une réussite prodigieuse: né de parents immigrants ghanéens, diagnostiqué autiste avec un retard de développement global, incapable de parler avant l’âge de 11 ans, de lire ou d’écrire jusqu’à 18 ans, il obtient pourtant une licence, une maîtrise et un doctorat en éducation, avant de gravir rapidement les échelons académiques. S’ajoute un livre intitulé « Being Young, Black and Male: Challenging the Dominant Discourse » (Être jeune, noir et homme: remettre en question le discours dominant) publié chez Palgrave Macmillan.

L’administration de Cambridge le présente comme la preuve vivante que les barrières raciales et les troubles de développement neurologiques peuvent être surmontés. L’institution lui ouvre alors grand ses portes, non sur la base d’une production scientifique exceptionnelle, mais parce que son profil coche toutes les bonnes cases de l’idéologie progressiste dominante: noir, autiste et fils de parents immigrants.

Jason Arday s’inscrit clairement dans le courant progressiste contemporain sur les questions de race, de diversité et de justice sociale. Aussitôt après sa nomination à Cambridge, les médias mainstream se jettent sur l’histoire avec un enthousiasme quasi religieux. Il est invité et interviewé sur tous les plateaux, où il est présenté comme un symbole de résilience et de progrès social. Il fait de sa neurodivergence une partie de son récit public et de son travail académique. La BBC, The Guardian et même Good Morning America sur le continent américain multiplient les portraits élogieux.

On insiste aussi sur ses exploits sans lien académique: 600 miles courus en six jours, plus de 5 millions de livres ramassés pour la charité ainsi que des missions humanitaires. Dans l’esprit progressiste, Arday représente le succès d’un homme noir parti de rien et qui, malgré d’énormes handicaps, a atteint l’excellence pure.

En conséquence de sa visibilité soudaine et de son statut de « symbole » à Cambridge, Arday affirme avoir été la cible d’actes d’intimidation racistes : courriels, bananes et balles de fusil reçues par la poste, et aussi une tête de porc coupée livrée à la maison de ses parents. Il aurait intercepté le colis et n’en aurait parlé à la police que plusieurs mois plus tard. Pire encore : un homme masqué l’aurait confronté à deux reprises dans le bâtiment de sa faculté à Cambridge. La seconde fois, l’homme l’aurait menacé avec un couteau en lui demandant de démissionner. Arday n’a pas signalé les incidents sur le moment

En juillet 2026, tout le récit s’effondre. Nathan Cofnas, un philosophe spécialisé en philosophie de la biologie et en éthique, publie une analyse détaillée exposant un plagiat massif dans la thèse de 2015 d’Arday. Cofnas montre que plus de 100 passages ont été repiqués d’une autre thèse, parfois avec les mêmes erreurs de transcription.

Les médias grand public tels que The Telegraph, The Times et The Guardian enchaînent les publications sur Jason Arday. Ses exploits sportifs sont révisés à la baisse : douze jours au lieu de six pour courir 600 miles, et avec des pauses. Les millions pour la charité auraient en fait été récoltés par un collectif anonyme protégé par des accords de confidentialité. L’ouvrage annoncé chez Palgrave Macmillan, n’a jamais été publié. Plusieurs autres affiliations sont démenties. Contrairement à ce qu’Arday indiquait sur sa page officielle de Cambridge, il n’a jamais été professeur invité à la faculté d’éducation de l’université de Glasgow, ni au bureau de la diversité et de l’inclusion de l’Ohio State University. Il n’a pas non plus obtenu de master en pratique psychodynamique à Birkbeck (University of London), diplôme qui lui aurait permis de devenir conseiller qualifié. En outre, la confrontation alléguée par un homme masqué armé d’un couteau ne figure sur aucun enregistrement de vidéosurveillance.

Selon la philosophe et écrivaine Kathleen Stock, qui a lu ses travaux, ses articles de recherche contiennent des données inventées et des citations fictives. Il n’existe aucune contribution académique réelle qui justifie sa notoriété. D’autres critiques notent que ses articles s’apparentent à de la théorie critique de la race (CRT) de bas étage, et ses conférences, à une régurgitation de documentaires progressistes diffusés par la BBC.

Le 5 août 2026, Cambridge annonce une enquête sur les qualifications et le parcours universitaires de Jason Arday. Celui-ci démissionne le jour même. Neuf jours plus tard, il est retrouvé mort dans un appartement du sud de Londres. La police qualifie son décès de « non suspect ».

Dans les heures qui suivent, plusieurs personnalités de gauche prennent la défense d’Arday. Le maire de Londres, Sadiq Khan, dénonce une campagne publique de harcèlement et d’attaques. La députée de gauche radicale Zara Sultana a affirmé que « si Jason Arday avait été un universitaire blanc issu des classes moyennes, il n’aurait pas été traqué par la presse britannique comme il l’a été». L’organisme activiste Good Law Project a lancé une campagne intitulée : « Dr Jason Arday: Hounded to his death by the press » (Dr Jason Arday : traqué jusqu’à la mort par la presse). On parle de « lynchage indirect », de « chasse aux sorcières ». On exige une enquête publique sur les médias. Nathan Cofnas est nommément ciblé. Or, les accusations fondées de plagiat ne portent aucune responsabilité dans un suicide. Le seul responsable est l’individu qui a pris la décision de s’enlever la vie.

Cette réaction est à la fois prévisible et révélatrice d’une gauche néo-progressiste incapable d’introspection. Plus facile d’accuser les adversaires que de considérer les dérives des principes DEI. Des alertes de plagiat existaient dès 2023, mais elles ont été balayées du revers de la main comme « racistes ». Et comment ne pas avoir été alerté par la nature absolument invraisemblable des accomplissements dont se vantait Arday? L’Université de Cambridge aurait dû, savoir – ou de moins, se poser de sérieuses questions.

Dans le barème intersectionnel DEI, de cocher plusieurs cases constitue un atout – à condition de souscrire au progressisme. Le parcours d’Arday a été présenté comme emblématique des obstacles rencontrés par les personnes neurodivergentes, les personnes issues de milieux défavorisés et les personnes noires dans l’université. Cambridge a décidé de le mettre en avant de façon très visible et prestigieuse, tout en le considérant parallèlement comme quelqu’un de fragile psychologiquement en raison de son autisme déclaré. Les accommodements accordés au nom de la « neurodiversité » et de la race ont-ils contribué à l’absence d’examen critique pendant sa période de célébrité?

En faisant primer les catégories à cocher sur l’excellence, les principes DEI ne font qu’abaisser les standards. En s’y conformant, les universités oublient leur raison d’être. L’indulgence académique n’a pas lieu d’être. Par souci d’inclusivité, les difficultés de raisonnement ou d’expression doivent-elles désormais être perçues comme des obstacles à accommoder plutôt que comme des critères permettant de juger de l’aptitude à exercer comme professeur?

L’affaire Arday, c’est le produit d’un système qui préfère le symbole à la substance. On a utilisé Jason Arday comme pion pour se sentir vertueux et progressiste, puis abandonné. En l’élevant artificiellement, on a rendu la chute plus brutale. Le résultat est une tragédie pour sa famille, une humiliation pour Cambridge et une preuve supplémentaire que l’idéologie DEI ne produit pas de justice, mais des illusions aux conséquences néfastes et dans ce cas-ci tragiques.

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