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Retour exaltant de Jean-François Rivest à Laval

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L’Orchestre symphonique de Laval mettait un terme à la saison de son 40e anniversaire, mercredi, en invitant Jean-François Rivest qui fut son chef entre 1995 et 2005. Ayant carte blanche dans sa programmation, le chef a choisi la Jupiter de Mozart et la Quatrième de Brahms pour un concert qui, à juste raison, a fasciné le public.

C’est l’étrange programmation des concerts d’Elim Chan à l’OSM, avec une seule occasion d’entendre son programme complet, ce jeudi soir à la Maison symphonique, qui nous a amenés à la salle André-Mathieu de Laval, mercredi. Nous en avons été très heureux.

Une sorte d’instinct faisait que nous n’avions pas envie de manquer ce retour de Jean-François Rivest, retour à Laval, certes, mais aussi retour, ici, devant un grand orchestre symphonique. Dès le premier mouvement de la Symphonie « Jupiter » de Mozart nous nous sommes rendu compte combien la présence de Jean-François Rivest dans le paysage musical ces deux ou trois dernières décennies nous avait fait du bien et nous manquait un peu, récemment.

Décors et lumière

Quand, il y a dix ans et plus, on avait notre dose de concerts intellos amidonnés au centre-ville, on pouvait aller faire un détour à la salle Claude-Champagne pour un concert de l’orchestre de l’Université de Montréal dirigé par Rivest. On savait que la musique serait prise à bras-le-corps et qu’il s’y passerait quelque chose. Jean-François Rivest servait de rassurant baume au cœur.

C’est sûr que la présence conjointe de Rafael Payare et Yannick Nézet-Séguin réduit les besoins, mais, tout de même, nous avons eu mercredi à Laval exactement ce que nous attendions et, aussi, exactement ce qu’une telle soirée et qu’un tel orchestre, qui irrigue musicalement un certain territoire, devraient nous donner : une musique vibrante dans des grandes œuvres du répertoire. Il y avait là un public qui ne se déplace pas au centre de Montréal. Il vient car il a un orchestre « sous la main ».

Il existe dans l’histoire du cinéma un décorateur de légende dont la réputation a dépassé les frontières de la France, où il œuvrait : Alexandre Trauner. Son nom est lié à une majorité des films légendaires du cinéma français. Dans Les enfants du paradis de Marcel Carné son directeur de la photographie était Roger Hubert. Mais pour ce qui est de la découpe, des reliefs, le tandem le plus mythique est sans doute celui de Trauner avec Eugen Schüfftan dans Quai des brumes.

En écoutant la Jupiter, si différente de celles, standardisées, que l’on entend aujourd’hui, nous avons immédiatement pensé aux décors Trauner, photographiés par l’un ou l’autre, sans doute plutôt par Schüfftan. Non pas que l’interprétation de Jean-François Rivest fût vieillotte, mais en laissant à la musique le temps de se déployer, il pouvait marquer des accents, faire ressortir ici un bout de phrase d’altos, là des 2e violons. Bref, inscrire la musique dans un décor (ce qui est légitime puisque Mozart était un homme de théâtre) et la sculpter à l’intérieur de ce décor.

Confluences

Ce faisant Jean-François Rivest nous ramenait aux propos et réflexions d’Elim Chan dans notre entretien de samedi dernier. Il est merveilleux ce qu’on peut entendre lorsque toute l’attention n’est pas attirée par l’agitation et le tempo. À ce titre, la coda de la symphonie était une sorte de fête contrapuntique avec une circulation des phrases comme on l’avait rarement entendue. Ironie des choses : l’acoustique très sèche de la salle accentuait encore la perception de cette dimension.

La 4e Symphonie de Brahms a évidemment confirmé ces qualités de concentration, de tenue, de puissance, de qualité de l’accentuation. La fameuse première note de l’œuvre, qui doit émerger de nulle part, était plus finement réussie à la réexposition qu’au tout début. Jean-François Rivest a, par ailleurs, dirigé un Finale très carré, avec quasiment des pauses pour « planter » accents et effets. Mais tout était bien impressionnant.

Impressionnante aussi la concentration et la discipline du public. Pas un applaudissement intempestif, même si les deux mouvements initiaux invitaient à l’enthousiasme. Les auditeurs semblaient si fascinés qu’ils ne toussaient même pas entre les mouvements !

À voir la qualité de ce qui était proposé on se disait qu’il est bien dommage qu’une telle prestation ne profite qu’à un public. Comme il n’y a plus, sur la rive Sud, d’orchestre assumant ainsi cette mission culturelle, ne serait-il pas possible de « rentabiliser ce travail » en déployant une offre Métropolitaine élargie à partir de ces forces artistiques et administratives ? C’est peut-être une piste à creuser, car après un début de saison à la Place Bell et une fin de saison pareille, l’Orchestre symphonique de Laval a l’air d’un quadragénaire en pleine forme qui pourrait faire profiter de ses talents, de sa qualité et de sa programmation des bassins de populations abandonnées à un plus triste sort.

Quant à Jean-François Rivest, ne l’oublions pas dans les programmations. Il a certes pris sa retraite de l’UdeM, mais reste un chef intéressant et pertinent qui sait faire vivre et animer la musique.

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