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La décision d’Ottawa d’autoriser à nouveau l’usage restreint de la strychnine liquide à 2 % jusqu’en novembre 2027 suscite des réactions contrastées en Saskatchewan. Dans une province où la sécheresse des dernières années a favorisé une prolifération de spermophiles de Richardson, cette annonce est reçue avec un mélange de soulagement et de vive préoccupation.
Pour de nombreux producteurs, l'interdiction totale en vigueur depuis 2023 était devenue insupportable face à l'ampleur des dégâts.
Jeremy Welter, producteur près de Kerrobert et vice-président de l’Association des producteurs agricoles de la Saskatchewan (APAS), indique que la situation est désormais une urgence. Avec la sécheresse, le nombre de spermophiles a littéralement explosé. Il y a deux ou trois ans, j'ai perdu 140 acres de canola à cause d'eux, déclare-t-il.
Même son de cloche du côté de Kate Sauser, des Producteurs de grains du Canada, qui exprime un sentiment de soulagement. Elle souligne que ces rongeurs ne se contentent pas de manger les pousses, mais nuisent aussi à l'intégrité des sols par leurs galeries incessantes.
Des doutes sur le calendrier de distribution
Malgré la nouvelle, certains agriculteurs craignent que l'autorisation n'arrive trop tard pour la saison actuelle. Martin Prince, cultivateur, explique que le printemps est la période critique.
Le printemps, c'est le moment où ils sortent d'hibernation et où la nourriture est rare. C'est là que les appâts sont les plus efficaces
Martin Prince redoute que d'éventuels problèmes d'approvisionnement n'empêchent une action immédiate, ce qui reporterait l'impact réel de cette mesure à l'année prochaine.
La mise en garde des experts : un remède pire que le mal?
À l'inverse du secteur agricole, la communauté scientifique s'alarme. Christy Morrissey, professeure de biologie à l'Université de la Saskatchewan et spécialiste en écotoxicologie, rappelle que la strychnine est bannie dans de nombreux pays pour une raison précise : sa dangerosité pour les espèces non ciblées.
Ce ne sont pas des produits sûrs , prévient-elle. Selon la chercheuse, l'usage de ce poison puissant tue non seulement les spermophiles, mais aussi leurs prédateurs naturels, comme les renards et les chouettes des terriers. En réduisant la population de prédateurs, on permet en réalité au nuisible de gagner du terrain à long terme , ajoute-t-elle.
Elle cite une étude révélant que sur 51 cas d'empoisonnement involontaire à la strychnine recensés dans l'Ouest canadien, 25 ont eu lieu en Saskatchewan, même durant la période d'interdiction.
Le ministre provincial de l'Agriculture, David Marit, a déjà exprimé son souhait de voir la strychnine réintégrée de façon permanente après 2027. Pour l'instant, l'autorisation d'urgence est assortie de mesures de réduction des risques dont les détails exacts restent à préciser. Les agriculteurs, eux, attendent de savoir comment et quand ils pourront concrètement se procurer le produit.
Avec les informations d'Alex Kozroski et d'Édith Boisvert


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