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Il s'appelle Michel Goffin. Professeur de mathématiques dans le secondaire, il a transmis à ses élèves bien plus que l'amour de cette matière : des valeurs, une exigence, le sens du métier. Des "Michel Goffin", chacun en a connu au moins un. Ce simple constat devrait suffire à ressusciter une vertu que notre société hyperconnectée et complexe a laissée s'éroder : le respect.
En ce jour de rentrée scolaire, le constat est amer : rarement ce respect aura été autant bafoué. Respect envers une communauté enseignante à qui l'on a imposé, avec une brutalité peu dissimulée, d'importantes et souvent indispensables mesures d'économies, sans véritable concertation – quoi qu'en dise la ministre. Respect des syndicats envers des enseignants auxquels on a dicté des priorités de combat qui n'étaient pas nécessairement les leurs. Respect, enfin, de plus en plus absent chez certains parents, prompts à coller sur le corps enseignant les étiquettes les plus usées : "politisé", "fainéant", "indifférent aux enfants", "incompétent".
Les enseignants ne sont pas des éducateurs de substitution chargés de combler les manques, réels ou fantasmés, de la sphère familiale. Ce sont d'abord des transmetteurs de savoirs, des passeurs d'esprit critique. Tous ne sont pas des pédagogues nés. Comme dans toute profession, il existe des tire-au-flanc. Mais les clichés les plus réducteurs, abondamment véhiculés jusque dans les commissions parlementaires, ne sauraient tenir lieu d'analyse. Tous les élèves n'ont pas la chance de rencontrer leur "Michel Goffin". Tous devraient y avoir droit.
Aujourd'hui, le respect et la considération font défaut actuellement à tous les étages : entre l'exécutif et le terrain, entre les organisations syndicales et la base, entre les familles et l'école. L'engrenage ne date pas d'hier. Les signaux envoyés aux enseignants ces dernières années n'ont guère incité à l'engagement total. On reparle déjà de grèves d'un côté, de "pas de discussion possible" de l'autre. Ce n'est pas ainsi que l'on sortira d'une très mauvaise passe.
Charge de cours de 22 heures, tronc commun en 1re secondaire, "gratuité scolaire" étendue… : ce qui change dans les écoles à la rentréeL'école reste un secteur clé pour l'avenir de la société. Ce sont nos enfants qui la feront vivre et l'orienteront. Nos générations n'ont pas été exemptes de reproches. Par égard pour eux, syndicats, enseignants et responsables politiques auraient intérêt à aborder cette rentrée avec une seule idée en tête : le respect de l'autre. La ministre Glatigny a promis que 2027 serait l'année de meilleures nouvelles pour un secteur en déshérence. Que ce vœu ne reste pas lettre morte. C'est l'affaire de tous.
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