NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Il y a six mois à peine, à Wall Street, l’intelligence artificielle (IA) allait tuer le secteur du logiciel au grand complet. Les agents autonomes remplaceraient les employés, les licences par utilisateur deviendraient obsolètes et des géants comme Salesforce, Workday ou ServiceNow finiraient tous emportés par une vague technologique ou par le vibe coding qu’ils n’auraient jamais vu venir.
On a même inventé un terme pour ça : la « SaaSpocalypse », où SaaS vient de l’anglais Software as a Service. En l’espace de quelques semaines au tournant de 2026, le secteur perdait plus de 200 milliards de dollars américains en capitalisation boursière.
Ceux qui ont vendu dans la panique ont eu le temps de regretter leur décision. Le secteur vient de repasser en territoire positif, porté par des résultats trimestriels solides, notamment de Salesforce, dont l’action a bondi de plus de 20 % en une seule séance récemment. Non seulement Salesforce ne perd pas de revenus reliés aux licences, mais elle observe aussi une hausse des passages à des forfaits premium, les clients exigeant l’accès à la technologie la plus avancée. Workday a rapporté des revenus récurrents annuels de ses offres d’IA agentique frôlant les 600 millions de dollars américains et ServiceNow annonçait que 50 % de ses revenus étaient désormais non liés aux licences, un signe que la transition vers de nouveaux modèles tarifaires s’amorce sans catastrophe.
Les équipes de recherche de Morgan Stanley, Goldman Sachs et Bernstein s’entendent pour dire que la correction était excessive, motivée par la panique plutôt que par une véritable détérioration des bases.
Ce n’est pas la première fois que les marchés jettent le bébé avec l’eau du bain. Il y a quelques années, Netflix perdait 76 % de sa valeur après avoir annoncé sa première baisse du nombre d’abonnés en une décennie, avant d’entamer une remontée de 700 % entre 2022 et 2025. La même année, Meta s’effondrait de 75 % sous le poids des craintes compétitives et des investissements dans le métavers, avant de multiplier sa valeur par neuf en moins de trois ans. Dans les deux cas, le marché a pris cette phase de transition pour une condamnation à mort. Les investisseurs patients ont été récompensés. Bien sûr, des entreprises vont disparaître dans l’avenir, les différents secteurs de notre économie continueront de vivre leurs lots de défis, mais ça ne finit pas toujours comme Kodak, Sears ou Polaroid.
Cette SaaSpocalypse ne tenait pas la route. L’IA n’a aucune valeur intrinsèque sans accès structuré aux données d’une organisation. Quinze ans de données clients dans un Salesforce, d’écritures comptables dans un SAP ou d’historiques de service dans un ServiceNow sont précisément ces gisements de données dont les grands modèles de langage ont besoin pour générer des gains de productivité réels et mesurables.
L’ironie est que les entreprises d’IA qui étaient censées anéantir le SaaS continuent elles-mêmes d’utiliser massivement ces plateformes pour faire tourner leurs propres activités. Anthropic vient de rendre officielle une collaboration élargie avec Salesforce, permettant à ses utilisateurs d’accéder aux données et aux fonctions de la plateforme directement à partir de Claude. Anthropic dit en quelque sorte publiquement qu’elle a besoin des acteurs établis pour déployer l’IA à grande échelle en entreprise.
Selon la firme Bernstein, les entreprises qui adoptent massivement l’IA embauchent plus énergiquement que celles qui résistent à son adoption, avec une croissance, sur deux ans, des effectifs supérieure de plus de 10 % à celle de leurs pairs qui ne le font pas. Loin de supprimer des emplois, l’IA semble reproduire la dynamique observée lors des révolutions du PC et d’Internet dans les années 1990, où les gains de productivité s’étaient traduits par une demande accrue de travailleurs qualifiés, pas par une réduction des effectifs.
Cela ne signifie pas que tous les acteurs du secteur s’en sortiront aussi bien. Il y a les sociétés qui détiennent des données propriétaires irremplaçables et qui sont indispensables dans les processus critiques des entreprises et celles qui développent des outils à faible valeur ajoutée, facilement reproductibles et tarifés uniquement à titre de licence. Les premières traverseront la transition. Les secondes sont effectivement vulnérables.
La leçon de cet épisode est comportementale, et non technologique. Les marchés financiers ont une tendance à surpondérer les risques nouveaux et médiatisés ainsi qu’à confondre la volatilité avec la destruction de valeur permanente.
Au creux de février, le secteur se négociait à des multiples jamais vus depuis quinze ans, proches de ceux accordés à des industries matures à croissance nulle. Certains titres intégraient implicitement une valeur terminale nulle. Pour l’investisseur capable de regarder au-delà du bruit, c’était plutôt un signal d’achat, que la panique rendait difficile à saisir. Il faut être craintif quand les autres sont avides, et avide quand les autres sont craintifs. C’est ce que nous a enseigné Warren Buffett tellement souvent.
Je ne crois pas que le secteur du logiciel mourra à cause de l’IA. Il sera transformé, et les acteurs qui sauront intégrer rapidement ses capacités tout en préservant ce qui fait leur valeur irremplaçable — leurs données, leur expertise sectorielle et la confiance de leurs clients — sortiront vraisemblablement renforcés de cette transition. Pour l’investisseur patient et discipliné, la question n’a jamais été de savoir si le secteur allait survivre. C’était surtout de ne pas vendre dans le creux, ou d’avoir le courage d’acheter quand tout le monde vendait.
Sébastien St-Hilaire est gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins pour le Groupe LMSL.


1 month_ago
13



























.jpg)






French (CA)