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Voix du Midi Lauragais est monté à bord de la péniche du festival Convivencia qui longe chaque année le canal du Midi. On vous raconte cette expérience. Embarquement immédiat !
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Par Valentine Gaxieu Publié le 17 juil. 2026 à 9h54
Il est connu pour être le festival « le plus lent du monde ». Chaque année, et depuis 30 ans, Convivencia – c’est son nom – flâne le long du canal du Midi au rythme des musiques du monde. Un seul objectif : faire voyager les gens à chaque escale avec concerts, restauration et animations. Pour cette édition, marquée par le trentième anniversaire de sa création et de l’inscription de l’ouvrage de Pierre-Paul Riquet au patrimoine mondial de l’Unesco, la péniche a largué ses amarres dans cinq villes du Lauragais. Jeudi 9 juillet, La Tourmente a fait halte à l’écluse de Laval, à Gardouch. Le lendemain, au petit matin, il est déjà l’heure de reprendre la route pour une journée de navigation en direction de Castelnaudary, où trois concerts ainsi que de nombreuses animations seront organisés le samedi 11 juillet. L’occasion pour Voix du Midi Lauragais de monter à bord entre ces deux escales et de découvrir la face cachée du festival. Reportage.
Capitaine Sam depuis 25 ans
Il est 8 h, il fait encore frais, et La Tourmente s’apprête à quitter l’écluse de Laval pour poursuivre sa route sur le canal du Midi. La rédaction était prévenue. « Il faut vraiment être à l’heure, le capitaine est à cheval sur l’heure de départ », nous avait-on dit la veille.
À bord, quatre personnes sont levées. Le reste de l’équipage – des bénévoles essentiellement – dort encore. « On démonte le matériel le soir même, après les concerts. Hier il n’y en avait qu’un, donc on a terminé à 2 h. Parfois, on n’est pas couché avant 7 h », raconte en rigolant Jean-Marc Samuel, alias « capitaine Sam ». « Je pouvais partir plus tard, mais j’aime bien naviguer à la fraîche », explique-t-il.
Convivencia est devenu son rendez-vous annuel. Le capitaine a signé cette année sa 25e édition auprès de l’équipe. « J’ai rencontré le créateur du festival car il était dans mon bateau au moment où ma femme s’apprêtait à accoucher. Il m’a conseillé des professionnels de santé sur le secteur. On est resté en contact et il m’a parlé du festival et m’a demandé si je voulais bien travailler avec lui », raconte-t-il.

La Tourmente devenue le QG
Cet événement a été créé il y a trente ans par Jean-Marie Fraysse. « Au départ, il s’organisait dans la cale d’un bateau. Puis il a profité de l’inscription du canal à l’Unesco pour le rendre itinérant », retrace Cécile Heraudeau, directrice de la programmation. Et Jean-Marc Samuel de poursuivre : « Au début, c’était un bateau chevreuil mais il était trop grand pour passer les écluses. »
Depuis, c’est La Tourmente qui transporte chaque année le matériel, les professionnels et les bénévoles. Cette péniche construite en 1934 mesure 29,6 mètres de long, de quoi entrer tout juste à l’intérieur des écluses du canal. Pendant près de 40 ans, La Tourmente a fait des allers-retours entre les raffineries de Blaye dans l’estuaire de la Gironde et Toulouse, participant à la vie du cours d’eau.
À l’intérieur, tout est aménagé pour le festival : décoration, comptoir, des espaces bureau et dressing, ainsi que des loges pour les invités et transformées en chambre le soir, où dorment les quelques bénévoles qui restent sur place.
S’ils sont moins d’une dizaine à bord, ils sont au total 120 à s’impliquer chaque année en plus des professionnels. « Il y en a qui reviennent tous les ans mais on a aussi beaucoup de nouveaux. Ils nous aident à installer et démonter le matériel, à accueillir les artistes et le public, et à gérer la buvette et la restauration », explique Cécile Heraudeau.

Un premier aléa
Le temps de boire un café et il est déjà temps de larguer les amarres. Si certains décident de rester à l’intérieur de la péniche le temps d’émerger, d’autres décident de profiter – encore en tenue de nuit – de l’air frais du matin.
Mais tout juste parti, l’équipage rencontre déjà une première difficulté. L’écluse de Gardouch ne s’ouvre pas. « L’éclusier a ouvert l’écluse de Laval mais il a oublié celle de Gardouch », explique brièvement le capitaine avant de prendre son vélo et de partir régler le problème. Le co-capitaine Étienne se charge quant à lui de ranger le bateau sur le côté.
La Tourmente ne reprend la route qu’à 8 h 50. « On est le festival le plus lent du monde, mais aussi celui qui s’adapte le plus », rigole Cécile Heraudeau.
Gare aux embouteillages
L’équipage arrive à l’écluse de Renneville à 9 h 30 – la péniche avance en moyenne à 5 km/h. Ici, nombreux sont les sportifs qui viennent faire leur jogging ou leur tour à vélo avant que les hautes températures annoncées pour la journée n’arrivent.
Beaucoup s’arrêtent d’ailleurs prendre en photo La Tourmente, qui se démarque pour sa décoration en lien avec le festival. « Ils vont avoir le temps de nous prendre en photo », s’amuse un bénévole. En effet, un autre imprévu nous oblige à patienter. « Le retard que l’on a pris précédemment nous fait arriver plus tard et un bateau de croisière est passé devant nous. Nous devons donc attendre qu’il passe l’écluse », explique le capitaine.
Notons qu’un bateau met environ 20 minutes à passer ce système hydraulique qui se caractérise par un espace délimité de deux portes. Ce sas permet de faire monter ou descendre le niveau d’eau. Autrement dit, c’est un ascenseur pour les transports maritimes.
« Ça arrive très régulièrement, rassure Cécile Heraudeau. Et là encore, ça va. Quand on arrive aux alentours de Béziers, il y a beaucoup de bateaux touristiques qui ne savent pas que nous sommes prioritaires. Ça crée des embouteillages, et ils râlent. Le pire, c’est à l’écluse ronde d’Agde. » Pour rappel, les réglementations ne sont pas les mêmes. Si les bateaux à usage commercial peuvent naviguer de 8 h à 20 h sans interruption, les bateaux de plaisance ne peuvent fonctionner qu’entre 9 h et 12 h et de 13 h à 19 h.
Si ces petits imprévus retardent le trajet, ils sont loin d’être aussi impactants que d’autres aléas. « On a déjà eu un arbre sur le canal, et même le moteur en panne il y a sept-huit ans. Jean-Marc avait réussi à le réparer mais ça avait pris énormément de temps », se souvient la directrice de programmation.

Bénévole depuis 10 ans
Le capitaine profite de cette attente pour descendre du bateau et saluer les riverains, qu’il connaît bien. « En plus d’être marinier, c’est le roi du canal. Tout le monde le connaît ici », s’amuse-t-elle. Et d’ajouter : « Parfois, il prend même le mégaphone pour parler du festival. »
Passé Renneville, aux alentours de 10 h 15, les autres bénévoles se réveillent. Il faut dire que cette portion du trajet est particulièrement bruyante. « Il y a très peu de bateaux touristiques ici car avec l’Autoroute A61 à côté, c’est trop bruyant », indique le capitaine.
Parmi eux, Dowan. Ce musicien aide au montage et au démontage du matériel, ainsi que dans la confection de petits mobiliers de décoration. « Convivencia, c’est un peu une famille. Je suis arrivé il y a dix ans car j’aime beaucoup la musique du monde, jouant moi-même du piano. Je ne suis jamais parti », raconte-t-il.

Manque d’éclusiers
Voix du Midi Lauragais a tout juste le temps de faire connaissance qu’un autre imprévu arrive. Le dernier avant que la rédaction ne quitte le navire. Cette fois-ci, le radar de l’écluse automatique d’Encassan dysfonctionne et les portes ne s’ouvrent pas.
L’équipage doit alors attendre l’intervention de ce que l’on appelle un « joker », un agent technique qui intervient en cas d’aléa de ce genre. De quoi faire râler le capitaine, fervent défenseur du transport maritime qui est également président de l’association Agir pour le fluvial :
Je déplore l’absence d’éclusiers. Ce n’est pas contre VNF [voies navigables de France, NDLR], ils y sont pour rien. C’est le gouvernement qui veut faire des économies. Là, le joker va arriver d’ici 30 minutes, ça va. Mais l’an dernier, avec le passage du Tour de France, il a mis 1 h 15. Après, les gens diront que je suis un emmerdeur et que je passe mon temps à râler [rires]. Mais c’est un vrai sujet.

L’écluse de l’Océan pour terminer
Si l’arrivée à Castelnaudary était prévue à 15 h, elle est désormais estimée à 16 h en raison de ces divers imprévus. Ce retard ainsi que l’agenda de la rédaction oblige la journaliste à quitter La Tourmente à l’écluse de l’Océan, au Seuil de Naurouze, aux alentours de 12 h 30.
L’équipage devrait, plus tard, accueillir une équipe de journalistes de la chaîne Arte à bord. « Après, chacun va faire ce qu’il a à faire à son rythme. Certains artistes arrivent ce soir, on va les accueillir. D’autres vont faire à manger et je pense que le capitaine va faire la sieste. Demain, on installera tout pour passer une bonne soirée à Castelnaudary », annonce Cécile Heraudeau.
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