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Le cortège parisien de l’acte II de la mobilisation sociale s’est élancé dans le calme, samedi à 14 h, depuis la porte d’Italie. Parmi les manifestants, on sent une immense crainte de l’avenir à titre personnel, mais aussi des interrogations sur une possible dérive autoritaire du pouvoir.
À Paris, Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 16:54 | mis à jour aujourd'hui à 17:13 - Temps de lecture :
Une nouvelle fois, c’est dans la confusion autour du parcours à emprunter pour les manifestants que s’est ouvert samedi l’acte II de la colère sociale dans la capitale. Devaient-ils se retrouver place de la Bastille pour aller vers celle de la Nation, comme cela était initialement prévu et validé par les autorités ? Ou se rendre plus au sud, porte d’Italie, avant de s’élancer sur les boulevards des Maréchaux en direction de celle de Vincennes, comme l’a exigé en dernière minute, pour d’obscures raisons, la préfecture de police de Paris ?
En fin de matinée, c’est ce dernier parcours qui a été entériné par la justice, un peu malgré elle puisque c’est faute de temps pour trancher sur les recours déposés en urgence que le tribunal administratif de la capitale l’a validé. Un état de fait qui a nourri la colère des manifestants massés dès la mi-journée au carrefour de la porte d’Italie, sous la grisaille parisienne.
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110 000 personnes, selon la préfecture, se sont réunies à Paris pour défiler entre les portes d’Italie et de Vincennes. Photo EBRA/Aurélien Poivret.
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110 000 personnes, selon la préfecture, se sont réunies à Paris pour défiler entre les portes d’Italie et de Vincennes. Photo EBRA/Aurélien Poivret.
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110 000 personnes, selon la préfecture, se sont réunies à Paris pour défiler entre les portes d’Italie et de Vincennes. Photo EBRA/Aurélien Poivret.
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110 000 personnes, selon la préfecture, se sont réunies à Paris pour défiler entre les portes d’Italie et de Vincennes. Photo EBRA/Aurélien Poivret.
« On nous interdit de manifester , pourtant on est la France ! », s’indigne Ève, chimiste de 28 ans venue depuis Chilly-Mazarin, commune francilienne du sud de Paris, pour « soutenir les étudiants ». « Depuis plusieurs années, on nous sert un discours paternaliste qui nous parle de la répression dans d’autres pays. Mais tranquillement, on prend la même direction ! », remarque-t-elle. À ses côtés, son amie Zoé, 22 ans et domiciliée à Massy, explique qu’il n’était pas question pour elles de braver les interdictions de manifester. « Je ne suis pas vraiment bâtie pour me défendre, et je ne viens pas pour prendre des coups », développe la jeune femme, selon laquelle « les flics sont violents », et qui espère « une prise de conscience politique ».
Pierre, 27 ans, et Greg, 40 ans, tous deux informaticiens de la banlieue ouest de Paris, sont aussi venus pour dénoncer la « répression » d’un mouvement dont ils savent qu’ils ne sont « pas les premiers concernés », et qui signent selon eux une « dérive autoritaire » du pouvoir. « En Russie, ça s’est fait par petits pas... Ce qui se passe n’envoie pas de bons signaux », pensent-ils. Le recul des services publics et le sort des lycéens font toutefois aussi partie de leurs inquiétudes : « Tôt ou tard, cela nous concernera », lâche Pierre.
« Je sais pas où on va… »
Vie chère, prix du carburant, pompiers, Éducation nationale, démocratie, violences policières, énergie… Chacun est venu avec ses motifs de colère sous le bras. Pour Thibault, employé en maintenance robotique chez Amazon dans l’Essonne, c’est la question du pouvoir d’achat qui domine toutes les autres. Avec 1 500 euros de salaire par mois, « ce n’est pas assez », confesse le jeune homme. « J’ai dû prendre un découvert de 500 euros à la banque », dit-il, avant d’expliquer que ce sont les « quatre à cinq pleins d’essence par mois » qu’il doit faire pour aller travailler qui plombent son budget : « En moyenne, ça fait 350 à 400 euros par mois. Vous ajoutez à cela le loyer, les charges, et mes 1 500 euros sont explosés. » « Je sais pas où on va… », conclut-il, désabusé.
Dans le cortège parisien, calme et revendicatif au moment de s’élancer, les jeunes forment le gros des troupes - même s’ils sont soutenus par un certain nombre de quadras, quinquas voire sexagénaires. Fanny et Annabelle, respectivement 22 et 24 ans, font partie de cette Gen Z qui veut « montrer que la jeunesse, c’est l’avenir ». Étudiantes en architecture intérieure, en galère de stage comme de perspectives d’emploi, elles font le constat d’une « ambiance ultra-anxiogène » pour ceux qui ont leur âge. « On n’a aucun ami qui ne se sent pas stressé, ou qui n’a pas connu une période de dépression, relatent-elles. C’est une honte. »


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