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NutriQuébec a publié récemment un rapport des plus étoffés qui rend compte des véritables habitudes alimentaires des Québécois. Nous mangeons mal, nous mangeons même très mal.
Plus de 80 % des adultes consommeraient trop de sodium et de gras saturés. Non moins de 40 % ingurgiteraient trop de sucres libres. En ce qui a trait aux fruits et légumes, 60 % des adultes n’en mangeraient pas suffisamment.
Malgré ce constat affligeant, le rapport contient néanmoins une note encourageante. On y apprend que la moitié de l’apport total en sodium, en gras saturés et en sucres libres proviendrait d’un nombre restreint de catégories d’aliments : les pains, les fromages ainsi que les muffins, biscuits et autres pâtisseries.
Peu de facteurs influent autant sur la santé que la qualité de l’alimentation. Une société qui n’investit pas suffisamment dans la prévention finit inévitablement par payer davantage pour traiter les conséquences.
Dans son rapport, NutriQuébec offre des données d’une richesse exceptionnelle aux individus et aux organismes qui travaillent à l’amélioration de la santé de la population. Ces données demeurent essentielles à l’élaboration de stratégies qui permettraient notamment de donner un peu d’« oxygène » au système de santé. Celui-ci craque carrément de partout. Il est à bout de souffle et nous ne pouvons plus y injecter davantage d’argent.
En 2025, le budget consacré à la santé et aux services sociaux s’élevait à environ 65 milliards de dollars, ce qui en fait, et de loin, le plus important poste budgétaire de l’État québécois. Depuis l’an 2000, il est passé de 33 % à 43 % du budget global du Québec. Plusieurs analystes des finances publiques estiment qu’au-delà d’un certain seuil, la croissance des dépenses en santé compromet progressivement la capacité de l’État à remplir ses autres missions, à savoir les transports, les infrastructures, la culture, l’éducation et l’environnement, pour ne nommer que celles-là.
Fardeau
Nous avons trop longtemps reporté certaines décisions difficiles. Nous avons cruellement négligé l’entretien de nos infrastructures. Elles se dégradent à un rythme préoccupant. Leur déficit de maintien s’élèverait à environ 40 milliards de dollars au provincial et à quelque 45 milliards de dollars du côté des municipalités.
Notre capacité de payer n’est pas infinie et ses limites deviennent de plus en plus apparentes. Il est plus que temps de repenser l’État. Le fardeau économique de la mauvaise alimentation au Québec est colossal.
Selon une étude citée dans le rapport de NutriQuébec, la mauvaise alimentation coûterait annuellement à la collectivité la somme de 3,48 milliards de dollars, soit 1,3 milliard en coûts directs (traitements hospitaliers, consultations médicales et médicaments prescrits) et 2,18 milliards en coûts indirects (pertes de productivité, invalidité à court ou à long terme et décès prématurés). Ces sommes représentent un peu plus de 5 % du budget annuel de la santé.
Ces chiffres montrent clairement qu’au-delà du défi sur le plan strictement humain et médical, les politiques publiques favorisant l’accès à des aliments sains constituent un levier économique majeur pour freiner la croissance des dépenses du système de santé québécois.
J’appelle les politiciens à faire de cette question un thème central de la prochaine campagne électorale. Le travail accompli par NutriQuébec doit déboucher sur des mesures concrètes. Repenser l’État, aujourd’hui, c’est aussi comprendre que nos choix alimentaires sont devenus des choix de société. L’avenir de notre système de santé ne se joue plus seulement dans les hôpitaux, mais aussi dans nos cuisines, nos écoles et nos épiceries.


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