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À quelques jours de la nouvelle – et courte – session parlementaire, des voix s’élèvent pour que le gouvernement de Christine Fréchette mette rapidement à exécution la promesse de la nouvelle première ministre de rouvrir le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Durant la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette s’était engagée à rouvrir pour deux ans le PEQ, en plus d’accorder une clause de droits acquis aux immigrants qui étaient au Québec au moment de son abolition en novembre dernier.
Elle a été très bien accueillie, cette promesse, lance Tiffany Corti, pâtissière arrivée de France en 2023. C’était quelque chose qu’on attendait [...] Mais avec une grosse part d’angoisse et d’incertitude parce que la promesse est arrivée avec aussi un quota [de 45 000 immigrants par an, et 29 000 en immigration économique].

Tiffany Corti, son conjoint, et leurs enfants
Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory
On ne sait pas dans quelles conditions, on ne sait pas quand. Et on est très nombreux à voir nos statuts arriver à échéance dans les semaines, jours, mois qui arrivent.
Si, compte tenu de sa promesse, l’élection de Christine Fréchette à la tête du parti actuellement au pouvoir représente un premier soulagement pour Mme Corti, qui dit avoir même participé au congrès à la chefferie en avril, elle juge que les actes tardent à arriver.
Si bien qu’elle établit aujourd’hui à pas plus de 5 % son niveau de confiance envers l’engagement de celle qui est aujourd’hui première ministre. Je ne veux pas des promesses; je veux des actes.
Son de cloche similaire du côté de Jessica Prats, également originaire de France. Mère de quatre merveilles, elle a décidé de se battre envers et contre tous pour [leur] offrir un avenir permanent au Québec.

Jessica Prats
Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory
Pour elle, la promesse de Christine Fréchette n’est pas suffisante, puisqu’il n’y a toujours rien pour l’instant. C’est bien, c’est ce qu’on veut, mais pourquoi attendre? Pourquoi nous bloquer?
Une attente et une incertitude qui mettent à mal mes enfants, mon mari, ça met à mal moi-même [...] Ça fait beaucoup pleurer, ça met le corps à rude épreuve.
C’est bien qu’elle ait dit qu’elle rouvrirait [le PEQ] pour deux ans, mais il ne faut pas oublier qu’en octobre, il y a les élections.
Il faut « rapidement donner l’heure juste aux gens », dit QS
À la suite de sa nomination comme ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, François Bonnardel avait indiqué le 22 avril dernier vouloir se mettre rapidement au travail afin de réactiver le programme en question.
Quelques jours plus tard, dans un communiqué publié le 26 avril, Québec solidaire (QS) pressait le ministre de respecter l’engagement de son gouvernement et de [rouvrir le PEQ] avant le 5 mai.
En entrevue dimanche avec Radio-Canada, Sol Zanetti, porte-parole masculin du parti, croit qu’il faut rapidement donner l’heure juste aux gens.

Sol Zanetti, porte-parole masculin de Québec solidaire (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Toute cette imprévisibilité-là, toute cette incertitude, ça fait qu’il y a des gens qui ne sont pas du tout rassurés, insiste-t-il. Il faut savoir quand ça va avoir lieu, et comment.
Les démarches d’immigration, c’est toujours très, très long. Il faut au moins savoir si on peut les commencer maintenant, et si elles vont pouvoir déboucher.
Parrainée par le porte-parole solidaire en matière d’immigration, de francisation et d’intégration, Andrés Fontecilla, une pétition demandant la réouverture immédiate du PEQ a été lancée à l’Assemblée nationale en février dernier. Au moment d’écrire ces lignes, le nombre de signataires avait dépassé les 17 000.
Dans une déclaration écrite, le cabinet du ministre Bonnardel a indiqué dimanche après-midi travailler activement sur divers scénarios avec le Ministère pour rouvrir le PEQ. Nous communiquerons les détails prochainement.
Des défis et des questions
Aux yeux de Me Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, rouvrir le PEQ pour deux ans représente plusieurs défis.
D’une part, « gérer la demande sous le Programme de sélection de travailleurs qualifiés (PSTQ) et les nouvelles demandes sous le PEQ, ça va être un défi », laisse-t-il tomber, précisant que, pour le PSTQ, dans les quatre premiers mois de 2026, on dénombre quelque 9000 invitations.
Il fait valoir qu’en 2024, par exemple, il y a eu quelque 20000 demandeurs sous le PEQ.

Me Yves Martineau, coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Je ne sais pas comment ça pourrait être géré sans déplaire à quelques personnes.
D’autre part, on n’est même pas certain du nombre de personnes qui pourront bénéficier de la réouverture du PEQ, et on n’est pas certain du nombre de personnes qui en auront besoin vraiment, dit-il.
Me Martineau signale que, depuis la cessation du PEQ l’automne dernier, il y a bien des personnes [francisées – diplômés et travailleurs –] au Québec, dans des emplois qualifiés, avec des diplômes canadiens, qui se sont plutôt tournées vers le gouvernement fédéral pour émigrer hors Québec alors que le gouvernement fédéral a une politique d’immigration assez ouverte, assez accueillante pour l’immigration francophone.
Autre élément d'incertitude, selon lui : la clause de droits acquis. À quelle date de tombée on va établir cette clause de droits acquis? Est-ce que ce sera à partir d’octobre 2024? Est-ce que ce sera à partir de juin 2025? Est-ce que ce sera pour les personnes qui se trouvaient au Québec avec un permis de travail?
Ce sera un défi pour le gouvernement de prendre des décisions par rapport à ça. Et ce sera un défi plus grand encore pour les justiciables affectés de se débattre dans cette réouverture du PEQ.
Ceci dit, c’est une bonne nouvelle, dit-il. Ça va ouvrir la voie à bien des personnes qui ont été déçues. Mais il risque d’y avoir plusieurs centaines, voire des milliers de personnes qui vont demeurer dans l’incertitude, sans oublier les délais de traitement qui risquent de s'étirer.
Avec des informations de Gabriel Paré-Asatoory


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