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Remy Nama : le magistrat discret devenu patron du Conseil constitutionnel

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Pendant quinze ans, Remy Nama a travaillé au Palais de l’Unité sans qu’on le voie beaucoup. Chargé de mission à la présidence jusqu’au 16 octobre 2026, il s’occupait des affaires judiciaires, ce genre de dossiers qui ne font jamais la une. Ce soir-là, un décret l’a placé à la tête du Conseil constitutionnel, en remplacement de Clement Atangana, mort le 4 octobre à Paris. Le parcours mérite qu’on s’y arrête.

Du ministère des PME à la magistrature, un parcours sans éclat

Remy Nama est né le 1er octobre 1957 à Obala. Licence en droit privé à l’université de Yaoundé en 1982, puis un détour par le ministère des PME, du Commerce et de l’Industrie entre 1983 et 1984. Rien de spectaculaire.

Il entre ensuite à l’École nationale d’administration et de magistrature, l’Enam, dont il sort diplômé en 1986. Premier poste : Bertoua, comme substitut du procureur de la République, pendant quatre ans. Puis trois années à la Cour d’appel de Garoua, entre 1992 et 1995, comme juge.

Entre les deux, il a aussi dirigé l’application des peines à la Chancellerie, comme sous-directeur adjoint.

C’est là que le chemin change. En 1995, il est promu à la présidence de la République, attaché au secrétariat général. Un poste qu’il tient jusqu’en 2010. Puis chargé de mission, jusqu’au 16 octobre dernier.

Marié à Anne-Chantal Nama, ministre plénipotentiaire, il est père de cinq enfants.

Franchement, la ligne est nette : trente ans d’appareil d’État, quasiment sans interruption côté Etoudi.

Un homme de dossiers, pas de tribune

Ce qui frappe dans ce CV, c’est ce qui manque. Pas de passage en politique partisane. Pas de poste ministériel. Pas de tribune publique que l’on retienne.

Son profil est celui d’un technicien du droit, proche du sommet de l’État depuis 1995. Un homme de confiance, au sens où le Palais l’entend : discret, fiable, rodé aux dossiers sensibles.

Le signal est clair : le Conseil constitutionnel ne confie pas son fauteuil le plus haut à un homme que l’on n’a jamais entendu. Il le confie à quelqu’un que le système connaît par cœur.

Mais cette discrétion, qui rassure en haut, est peut-être aussi ce qui laisse sceptique en bas. On ne sait pas comment il tranchera quand le dossier sera brûlant. Personne ne l’a vu trancher en public.

Le lendemain de sa nomination, à Odza, des membres du Conseil, des élites de la Mefou-et-Akono et le ministre de l’Eau et de l’Énergie sont venus le saluer. La maison était pleine. Lui, il a pris le temps de recevoir tout le monde. « Quand vous êtes nommé à un tel poste, cela veut dire que vous bénéficiez de la haute confiance du chef de l’État », a-t-il déclaré.

La formule dit tout, et rien. Elle dit d’où vient la nomination. Elle ne dit pas à qui il rendra compte.

Un fauteuil resté vide douze jours

Clement Atangana est mort le 4 octobre à Paris. Son successeur est connu douze jours plus tard. C’est rapide, quand même.

Le Conseil constitutionnel ne peut pas rester sans tête, et le décret est arrivé avant que le deuil ne soit digéré. On attendait mieux sur la décence du calendrier, diront certains. D’autres répondront que c’est la logique d’une institution qui ne s’arrête pas.

Une chose est sûre : la nomination s’est faite en deux temps. Un premier décret l’a désigné membre, avec Abdoullaye Doauda. Un second, lu séparément, l’a fait président.

On ne sait pas à ce stade quand il prêtera serment. On ne sait pas non plus quelles seront ses premières décisions, ni si d’autres sièges seront renouvelés dans les semaines qui viennent.

Reste l’essentiel : le Conseil constitutionnel a un nouveau patron, et il vient de l’intérieur du système. Sa première prise de parole sur un dossier sensible dira si la discrétion de trente ans cède la place à une voix.

Christiane Tamoura Engo

Christiane Tamoura Engo

Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.

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