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Les dédales du système de l’immigration causent des maux de tête à l’entreprise valdorienne Abitibi Remorquage Michaud, qui veut conserver un employé devenu crucial pour dispenser ses services à la population.
À l’emploi d’Abitibi Remorquage Michaud depuis 2023, Darren Yan Ping Yuen n’a pu obtenir le renouvellement de son permis de travail temporaire, malgré une multitude de démarches administratives entamées en mars par son employeur.
Selon la copropriétaire Lee Ann Roy, le départ de son employé depuis juillet vient fragiliser l’entreprise, l’une des deux seules du secteur qui dispose d’un contrat avec la Sûreté du Québec pour intervenir dans des situations d’urgence.
Pour respecter les critères de la SQ, on a besoin de gens autonomes qui peuvent respecter des délais d’intervention rapidement, fait-elle valoir. Après le départ à la retraite d’un de nos propriétaires, Darren est devenu notre employé principal, celui qui peut aller seul sur les appels. On l’a formé et il a l’expérience et la compétence pour être notre conducteur senior. Un nouvel employé qui arriverait demain ne pourrait pas faire ça.
Salaire trop élevé
Lors de la demande de renouvellement de son permis de travail, l’entreprise a dû remplir une Évaluation de l'impact sur le marché du travail (EIMT) pour confirmer aux autorités provinciales et fédérales qu’aucun candidat canadien n’est disponible pour pourvoir le poste.

Immigration Canada a révoqué le permis de travail de Darren Yan Ping Yuen. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
En août, un mois après qu’Immigration Canada ait révoqué son permis de travail, Service Canada a fait savoir à l’entreprise que l’EIMT était rejetée, notamment parce que le salaire offert de 35 $ de l’heure était plus élevé que la moyenne pour cette profession.
Oui c’est une bonne augmentation par rapport à ce que Darren recevait avant, mais c’est normal si on considère ses fonctions et son rendement, ajoute Mme Roy. Il est important pour nous. Aussi, on ne semble pas comprendre que c’est dur d’avoir des bons employés dans la région avec la compétition des salaires offerts dans les mines. On n'a pas le choix de booster les salaires. C’est frustrant que les fonctionnaires ne tiennent pas compte de notre réalité. Des candidatures, on en reçoit, mais c’est souvent difficile de garder les nouveaux employés quand ils réalisent ce que ce travail implique en termes d’heures et de compétences.
Pour une meilleure vie
La situation cause évidemment beaucoup de stress et de frustration pour Darren Yan Ping Yuen, contraint à attendre un dénouement heureux pour son dossier.

L’homme originaire de l’île Maurice et sa conjointe, Kalina Rinolf, ont accueilli leur premier enfant à Val-d’Or en décembre dernier.
Photo : Gracieuseté
L’homme de 33 ans origine de l’île Maurice espère toujours poursuivre son rêve de vivre au Canada avec sa conjointe Kalina et sa petite fille née en décembre dernier.
Mon but en venant au Canada, c’est d’avoir une meilleure vie que j’avais avant, explique-t-il. Je donne tout à mon travail pour réaliser mon rêve. C’est super frustrant et moralement stressant présentement. Je n’ai plus de paye et on ne sait jamais ce qui va arriver demain. On en vient à se demander si le système d’immigration du Canada est fiable. J’ai rempli les critères et je fais bien mon travail. Qu’est ce qu’on fait de mal? Je ne comprends pas.
Si sa situation ne se règle pas rapidement, Darren et sa famille devront considérer un retour dans leur pays d’origine ou ailleurs, un scénario qu’ils souhaitent éviter à tout prix.
Système mal adapté aux régions
Pour Me Jorge Alejandro Torres Gomes, l’avocat qui représente Darren et Remorquage Michaud dans ses démarches en immigration, il est temps que le système s’adapte aux réalités des régions comme l’Abitibi-Témiscamingue.
Il y a sûrement un agent de Service Canada qui est allé trop loin dans le système et qui n’a pas pris compte de la nécessité d’offrir des salaires plus élevés en région éloignée, lance l’avocat spécialisé en immigration. Il y a une pénurie de main-d’œuvre chronique dans la région pour des postes comme ceux-là. Service Canada doit prendre en compte cette réalité quand vient le temps d’analyser des dossiers.
Il déplore aussi les délais de traitement qui se sont allongés pour les EIMT, un processus conjoint entre le principal et le fédéral. Ces délais ont entraîné la fin du contrat de travail de Darren Yan Ping Yuen avant même que l’analyse de l’EIMT soit complétée.
C’est le problème numéro un ses employeurs dans les demandes de renouvellement. On dirait que Service Canada et Immigration Canada ne se parlent pas. Il faut de la transparence et réduire les délais, ajoute Me Gomes Torres.
Une demande de reconsidération de la décision de Service Canada a été formulée par Remorquage Michaud et Darren Yan Ping Yuen
Pour Lee Ann Roy, qui dit consacrer la majorité de son temps à ce dossier depuis plusieurs mois, il est temps que l’importance de son employé et du travail qu’il accomplit soit reconnue à sa juste valeur.
Darren, il aide des gens tous les jours, rappelle-t-elle. Le travail de conducteur de remorqueuse, ce n’est pas toujours mis en valeur. On pense que ça ne prend pas de connaissance, mais c’est faux. C’est exigeant autant sur le physique, que le mental et le moral. On est un service essentiel au bon fonctionnement du système des services d’urgence. On a beau tout faire dans les règles et dans les délais pour expliquer notre situation, on sent qu’on n'a aucun pouvoir et c’est frustrant.


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