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Relégué aux marges du débat politique, le Nouveau Parti démocratique (NPD) joue sa survie ce week-end. Réunis dès vendredi à Winnipeg, ses militants devront choisir la personne capable de relancer une formation en perte de sens et d’influence. Le résultat sera annoncé dimanche matin, près d’un an après la démission de Jagmeet Singh.
La course, dans laquelle cinq candidats sont en lice, devrait se jouer entre les deux favoris : Avi Lewis, ancien journaliste et militant écologiste, et Heather McPherson, actuelle députée néodémocrate d’Edmonton Strathcona.
Même si les sondages accordent une légère avance à M. Lewis (13 %) sur sa rivale McPherson (9 %), rien n’est encore joué : la majorité des sympathisants néodémocrates n’ont pas arrêté leur choix, voire ne connaissent même pas les candidats en lice. Parmi les Canadiens ayant voté pour le NPD au moins une fois lors de l’une des quatre dernières élections fédérales, 44 % disent ne reconnaître aucun des candidats à la direction du parti, selon un sondage d’Angus Reid Institute publié mercredi.
Le vote, qui se déroulera au scrutin préférentiel, pourrait aussi donner lieu à un rebattage des cartes si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour.
Le nouveau chef néodémocrate aura visiblement du pain sur la planche pour se faire connaître, le tout au terme d’une course à la direction de six mois qui est largement passé inaperçue. Ce sera néanmoins sans doute le moindre de ses soucis : il ou elle héritera d’un Nouveau Parti démocratique au plus bas niveau de son histoire, privé d’un statut officiel au Parlement et affaibli par le départ d’une députée, Lori Idlout, qui a traversé chez les libéraux de Mark Carney.
Les deux aspirants chefs ont présenté des visions opposées de la direction à donner au parti. Avi Lewis, malgré deux tentatives infructueuses au fédéral, critique le style politique traditionnel et milite pour un virage marqué à gauche. Sa rivale, Heather McPherson, met en avant son statut de députée comme un atout et privilégie une approche pragmatique de « grande tente » pour rallier des électeurs de différents horizons.
S’il est couronné chef, Avi Lewis devra également se faire élire pour obtenir un siège au Parlement, mais il a déjà indiqué qu’il n’était pas pressé de devenir député.
Près de l’extinction au Québec
Peu importe la personne élue à la tête du parti, celle-ci ne maîtrisera pas le français — un défi de taille dans le contexte du départ attendu d’Alexandre Boulerice, qui effacerait le NPD de la carte au Québec.
L’élu de Rosemont–La Petite-Patrie n’a pas encore confirmé son départ, mais il n’a pas non plus démenti les rumeurs d’un saut vers Québec solidaire, qui le courtise depuis longtemps. Le NPD tomberait alors à cinq élus et ne compterait plus aucun député à l’est de Winnipeg.
L’ancien député Matthew Dubé, qui a siégé à Ottawa de 2011 à 2019, estime que le départ de son ex-collègue — le dernier survivant de la vague orange de 2011 — constituera un défi supplémentaire pour le futur chef, qui devra s’entourer d’une équipe de Québécois. Car si les candidats ont répété « les bonnes choses » sur le Québec durant la course à la direction, leurs propos sont restés « très en surface », déplore-t-il.
Dans leurs entrevues accordées au Devoir, tant Avi Lewis qu’Heather McPherson ont affirmé vouloir améliorer leur maîtrise du français et reproduire le phénomène de la « vague orange » de 2011. Ils sont toutefois demeurés très vagues quant à la manière dont ils comptent y parvenir. Les lacunes des candidats dans la langue de Molière ont particulièrement fait les manchettes lors du débat supposément « en français » à Montréal en novembre dernier.
Selon Pierre Ducasse, ancien conseiller spécial de Jack Layton, l’extinction du NPD au Québec marque un véritable retour à la case départ. Il se rappelle les années 1990, lorsqu’il a commencé à construire patiemment le parti au Québec avec d’autres militants — un chantier qui a duré près de 15 ans avant de mener à la vague orange. « Je ne connais pas l’équipe actuelle, mais je me demande qui aura la patience de travailler 15 ou 20 ans pour rebâtir le parti. J’espère qu’il y en a », confie-t-il.
L’ancien élu néodémocrate Raymond Côté se souvient, lui aussi, de la morosité des troupes au Québec dans les années 1990. Il refuse toutefois de parler de « découragement » aujourd’hui. « Ce n’est pas le premier creux de vague qu’on affronte », dit-il. À ses yeux, les milliers de nouveaux membres et les sommes récoltées par les campagnes des candidats à la direction témoignent d’« un intérêt et d’un soutien incontestables » envers la formation politique de gauche.
Nouveaux membres
La course à la chefferie aura permis de refaire le plein de cartes chez les sympathisants. Le nombre de membres est passé d’environ 60 000 au début de la course, en septembre, à 100 000 aujourd’hui, selon les données transmises par le parti.
Ces chiffres demeurent toutefois bien inférieurs à ceux de la course à la chefferie de 2017, qui avait mené à l’élection de Jagmeet Singh. Le nombre de membres était passé de 41 000 à 124 620, soit une hausse de plus de 83 000 adhérents — plus du double de la progression enregistrée cette année.
Depuis le 9 mars, les membres du NPD sont appelés à voter en ligne, par téléphone ou par la poste pour élire leur nouveau chef. Quelque 2000 néodémocrates sont attendus à Winnipeg pour le congrès national, qui se conclura dimanche.
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