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Pour que cesse la ségrégation scolaire au Québec, le mouvement École ensemble propose une solution concrète : créer un réseau scolaire commun où les écoles privées seraient financées à 100 % par l’État et renonceraient à la sélection basée sur les résultats scolaires. L’objectif est de mettre fin à l’école à trois vitesses et tendre vers l’idéal de l’égalité des chances en éducation.
Le système actuel est complètement brisé et ne répond pas du tout à ses objectifs officiels, se désole le coordonnateur d’École ensemble, Stéphane Vigneault. On propose de le remplacer par quelque chose de beaucoup plus simple et qui va bénéficier à tout le monde.
Le père de deux adolescentes qui fréquentent le secondaire milite depuis 2017 pour une réforme en profondeur du système d’éducation. C’est lorsque l'aînée de ses filles s’est retrouvée devant la possibilité d’intégrer un programme international dans une école primaire à l’extérieur de son quartier qu’il a vu la nécessité de changer les choses. Rapidement, j'ai vu qu'on avait un problème qui dépassait notre école, c’était panquébécois, se souvient-il.
Interpellé par l’écrémage des écoliers selon leurs résultats à des tests d’admission, leurs bulletins scolaires ou les moyens financiers de leurs parents, le père de famille de Gatineau sent qu’il a le devoir de s’engager. Il fonde avec d’autres parents, École ensemble, qui, après des années de réflexion et de consultations, propose en 2022 un plan précis.
On veut changer l'école à trois vitesses mise en place au Québec, où on met en compétition les écoles pour aller chercher les enfants les plus payants entre guillemets.
L'école à trois vitesses, comme on la décrit aujourd'hui, c'est : le public avec ses programmes particuliers sélectifs et son programme régulier et l’école privée. Stéphane Vigneault croit, comme plusieurs, que ce modèle divise les élèves et favorise les meilleurs au détriment des plus vulnérables.
Un avis partagé par le sociologue sherbrookois Christophe Allaire Sévigny qui défend dans un essai un retour aux valeurs fondatrices d’une école basée sur l’égalité des chances.

Christophe Allaire Sévigny enseigne la sociologie au Cégep de Sherbrooke. Il est l'auteur de l'essai «Séparés mais égaux : enquête sur la ségrégation scolaire au Québec.»
Photo : Radio-Canada / Samuel Montigny
Faire des écoles privées des écoles conventionnées
Le plan d’École ensemble est donc d’abord d’inviter les écoles privées à devenir des écoles conventionnées. Cela veut dire en gros qu’elles garderaient leur statut légal d’école privée en tant qu’organisme à but non lucratif (OBNL) ou comme coopérative scolaire avec son conseil d’administration. Elles deviendraient des écoles de quartier et seraient dans l’obligation d’éliminer la sélection de ses élèves.
Ces conditions remplies, elles seraient financées à 100 % par Québec, explique son coordonnateur, Stéphane Vigneault. Les écoles privées conventionnées ressembleraient un peu à nos centres de la petite enfance (CPE) où ce sont des organismes privés qui reçoivent un financement public pour rendre un service public, précise-t-il.
Toujours selon le modèle proposé par le mouvement École ensemble, les écoles du réseau public devraient, elles aussi, mettre fin à la sélection de ses élèves basés sur les résultats scolaires et seraient dans l'obligation d’offrir des programmes particuliers à tous les élèves de leur secteur, indique le coordonnateur, Stéphane Vigneault. Les écoles privées conventionnées et les écoles publiques deviendraient gratuites. Ce serait la fin des frais de scolarité et des frais de toutes sortes qu'on peut imaginer.
Ce qu'on veut faire, c'est mettre à l'abri du marché scolaire les écoles publiques et ce qu'on va appeler les écoles privées conventionnées.
À contrario, les écoles privées qui ne voudraient pas faire partie du réseau commun proposé par École ensemble deviendraient des écoles non conventionnées. Conséquence, elles ne recevraient plus aucun financement public.
Une proposition rejetée par les écoles privées
Pour la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP), l’idée du réseau commun proposée par École ensemble ne tient pas la route. Sa directrice générale, Vicky Viens, qui a travaillé autant dans le réseau public que dans le réseau privé depuis 25 ans, juge que la richesse de notre système d’éducation réside dans la diversité de ses programmes et dans la variété de ses modèles d’établissements d’enseignement. Selon elle, les écoles privées offrent des méthodes innovantes en éducation, une contribution souvent méconnue.
L'adéquation de l'offre de services est parfaite, juge-t-elle. On est en complémentarité au réseau public, on travaille de plus en plus de façon conjointe. On a ces discussions très courantes. On essaie de mutualiser nos services.
Je pense qu'on a chacun un rôle à jouer et, malheureusement plus souvent qu'autrement, on attaque le réseau privé. Je pense qu'il est important qu’on fasse ressortir aussi les bons côtés de l’école privée.
Selon Vicky Viens, l’idée qu’on se fait de l’école privée n’acceptant que la crème de la crème ne correspond pas à la réalité. Elle affirme que dans les dix dernières années, le réseau privé à ouvert ses portes à une plus grande diversité d’élèves, rejetant ainsi le constat du Conseil supérieur de l'éducation que l'école québécoise est la plus inégalitaire au pays.
Globalement, on parle d'environ 40 % de nos écoles qui ont des critères de sélection basés sur le résultat scolaire de l'élève, un examen d'admission, explique Vicky Viens. 60 % ont d'autres critères de sélection, entrevues, intérêts, premier arrivé, premier servi, base de fratrie.
La directrice générale de la FEEP mentionne que le quart des élèves au privé ont un plan d’intervention et que près de la moitié sont issus de l’immigration de première ou de deuxième génération. Elle ajoute d'ailleurs qu'elle souhaite que l'école privée puissent en faire plus et obtenir les permis nécessaires pour ajouter des classes d'adaptation scolaire à ses écoles régulières.
Le critère économique
Vicky Viens convient toutefois que le critère économique limite l’accès à l’école privée à une catégorie d’élèves plus défavorisés, tout en ajoutant qu’un certain effort est consenti pour venir en aide à des familles moins nanties.
On travaille beaucoup dans ce sens-là avec certaines fondations pour identifier des élèves pour lesquels on croit que ça serait avantageux ou bénéfique de fréquenter une de nos écoles parce que, justement ça répondrait davantage aux besoins de cet élève.
Reste que l’école privée coûte cher et que ce n’est pas tous les parents qui peuvent l’offrir à leurs enfants. Le coordonnateur du mouvement École ensemble, Stéphane Vigneault se bat justement pour que les parents n'aient plus à vivre un casse-tête lorsqu’arrive l’étape de l’admission au secondaire. C'est au système d'être équitable, ce n’est pas aux parents à porter l'iniquité du système sur leurs épaules, juge-t-il.
Moi, je pense que les parents n’aiment pas la compétition dans laquelle ils sont obligés de jouer le jeu. Ils sont obligés de sortir le chéquier, mais ils n'aiment pas ça.
Pour la réussite des élèves et des enseignants
Stéphane Vigneault ajoute que la création du réseau commun permettrait d’offrir de meilleures conditions d’enseignement, ce qui permettrait de rendre la profession plus attrayante et garantir un meilleur taux de rétention.

Le Centre de services scolaire des Chênes (CSSDC) à Drummondville.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Dumas
Nombreux sont ceux qui déplorent depuis des années les conditions difficiles d'apprentissage et d'enseignement des groupes réguliers au secondaire, qui accueillent près de 60 % des élèves. Le Centre de services scolaire des Chênes de Drummondville (CSSDC) n’a d'ailleurs pas attendu une réforme venant de Québec pour démocratiser ses programmes au régulier,c'est certainement un pas dans la bonne direction, juge le coordonnateur d'École ensemble.
C'est positif, il y a une prise de conscience. Je pense, ça illustre le fait que l'acceptabilité sociale du système de tri des enfants a atteint sa limite.
Or, pour la directrice générale de la FEEP, Vicky Viens, ce serait une erreur d’offrir un système d’éducation plus uniforme. Ce qui me fait peur c’est cette tendance à vouloir offrir une solution homogène à des besoins hétérogènes, c'est-à-dire à des élèves qui ont des profils, des intérêts, des compétences [variées]. On essaie de proposer une école pareille pour tous. Je ne pense pas que ce soit la solution.
Stéphane Vigneault est persuadé de présenter un mode de fonctionnement plus inclusif et axé sur la réussite de tous. Le Québec a le plus fort taux de décrochage au Canada, déplore-t-il. Clairement, quand on divise les jeunes, on baisse notre moyenne générale alors que de les rassembler permet de la remonter.
Le cofondateur d'École ensemble exhorte d'ailleurs les partis politiques à inscrire la proposition d’École ensemble dans leur plateforme électorale et de la présenter à la population lors des prochaines élections provinciales, prévues le 5 octobre prochain. Collectivement, on est capable de mettre fin à ça, affirme-t-il, convaincu plus que jamais, qu'un virage s'impose.


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