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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Comme l’a révélé l’hebdomadaire Marianne, le titre de séjour «étranger malade» permet d’accueillir en France des étrangers atteints de troubles psychiatriques graves. Une pratique qui illustre un nouveau travers du masochisme occidental, estime Gilles-William Goldnadel.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Je sais bien que l’homme n’est pas qu’un être de raison. Je sais que son inconscient est gouverné par la peur, la jalousie, le sexe et l’argent. Je sais la folie de tous les temps, de Néron à Hitler en passant par le terrible Ivan. Il n’en demeure pas moins que j’entends soutenir ici, à travers trois exemples, que notre France contemporaine va de travers et même est devenue par masochisme occidental un asile, au sens littéral.
Touchant, précisément, au droit d’asile, l’hebdomadaire Marianne révélait cette semaine la régularisation massive d’étrangers souffrant de troubles psychiatriques via le titre de séjour «étranger malade». La France est présentée comme le seul pays au monde à proposer une prise en charge aussi généreuse pour les étrangers atteints de troubles psychiatriques graves, ce qui en fait effectivement une «terre d’asile pour les malades psychiatriques» selon l’hebdomadaire.
Un article complémentaire fait le lien entre immigration clandestine et troubles psychiatriques. Il évoque des cas violents commis par des étrangers irréguliers souffrant de pathologies mentales. Et l’on sait qu’ils sont légion pour ne pas écrire quotidiens.
On ne voit pas pour quelle raison particulière ils auraient plus de raisons d’être guéris ici qu’ailleurs
Il s’agit à triple titre d’une véritable histoire de fous. Premièrement , parce qu’accueillir prioritairement des schizophrènes ou des paranoïaques est évidemment cause de danger mortel et d’insécurité quotidienne. La justice est parfois trop bonne fille de France pour certains mauvais esprits. L’avocat qui signe cette chronique n’oubliera jamais l’affaire Halimi. Quand il défendait la famille de Sarah Halimi et que son tortionnaire et assassin antisémite Traoré, certes un peu particulier, a vu sa responsabilité pénale totalement écartée sous le prétexte un peu abusif qu’il aurait abusé du cannabis...
Il n’est pas exclu qu’il soit aujourd’hui en liberté et susceptible de récidiver. La seconde raison insensée c’est qu’il est assez aisé de contrefaire le fou et de tromper son monde. Des parents clandestins peuvent aussi alléguer sans raison le défaut de raison de leur progéniture auprès de fonctionnaires plein de candeur avec le soutien d’associations militantes pleines d’ardeur.
La dernière raison du caractère déraisonnable de ce laxisme fou , c’est que dans l’hypothèse où il s’agit effectivement d’acceptation privilégiée sur le territoire national de malades mentaux, on ne voit pas pour quelle raison particulière ils auraient plus de raisons d’être guéris ici qu’ailleurs... Quand on sait au surplus les problèmes de la médecine psychiatrique française débordée autant que sinistrée.
À la lumière blafarde de cette folie d’accueillir massivement des fous, je viens donc soutenir ici effectivement que seule une entreprise de décérébration morale et intellectuelle cinquantenaire a été de nature à sécréter dans les esprits français un véritable masochisme occidental mental entraînant ce que j’ai nommé une xénophilie toute aussi détestable que la xénophobie ou, pour l’appeler autrement, une dilection pour l’altérité. Cette préférence pour l’Autre aurait pour origine le remord pour le péché originel du colonialisme.
Les étudiants en keffieh de Sciences Po et des universités parisiennes et provinciales n’ont pas troqué leurs étendards palestiniens pour des bannières iraniennes.
Une seconde folie, au fond peu éloignée de la première dans sa cause première, aurait pu être diagnostiquée cette semaine par des médecins raisonnables : le grand silence du monde intellectuel, politique, artistique sur les massacres immondes commis par la République islamique à l’encontre de la population iranienne.
Première constatation : le ministère français des Affaires étrangères a ouvert en août 2025 sur X un site officiel en anglais intitulé «French Response». Celui-ci n’hésite pas à brocarder sans grand esprit diplomatique la politique américaine ou la Russie en Ukraine. C’est ainsi qu’il a obtenu un grand succès en prêtant faussement à Elon Musk un salut nazi. Le site électronique très libéré du Quai d’Orsay n’a pas cru devoir user de la même liberté ni même de la moindre humanité pour consacrer une seule ligne aux ayatollahs massacreurs. Le président de la République, quelquefois très lyrique et peu économe de ses émotions, est demeuré bien mutique.
Le monde artistique, qui ne se caractérise pas ordinairement par une pudeur d’expression excessive, est demeuré lâchement dans sa semaine de relâche. Les étudiants en keffieh de Sciences Po et des universités parisiennes et provinciales n’ont pas troqué leurs étendards palestiniens pour des bannières iraniennes. Trop accaparés sans doute par leurs cours de sciences humaines ou d’histoire contemporaine.
Dans un excellent article du Figaro Magazine de cette semaine, intitulé : «Les leçons de la révolution islamique pour la France», Alexandre Devecchio rappelle les connivences entre l’islamisme et le gauchisme. Et le soutien de Sartre et Foucault pour Khomeini. Devecchio y voit, avec raison, l’obsession, évidente chez Mélenchon, d’utiliser les masses communautarisées dans une perspective révolutionnaire. Mais je soutiens qu’il n’y a pas que cela. Loin de là. J’affirme que la question religieuse ne doit pas obérer le racisme de la question raciale. Que lorsque Sartre se réjouissait pendant la guerre d’Algérie de la mort d’un Européen, il jouissait de la mort d’un blanc. Que lorsque les féministes gauchistes, il y a deux ans, n’ont pas dit un mot pour les femmes violées et massacrés des kibboutz, c’est moins parce qu’elles étaient juives que parce qu’elles étaient blanches et que, surtout, parce que leurs violeurs et assassins ne l’étaient pas.
Les ayatollahs massacreurs ne le sont pas non plus . Raison pourquoi ils ne sont pas vraiment détestables par l’extrême gauche qui marche dans la rue et qui tient les bahuts. Ce racisme-là est pure folie. Folie peut-être aussi de ne pas vouloir le voir.
Un dernier regard sous l’angle de la psychologie problématique. Jeudi, dans Le Figaro, Eugenie Bastié a commis la savoureuse recension du livre Néron à l’Élysée, sous-titré «Comment il a tout gâché» publié par les anciens macronistes distingués Nicolas Domenach et Maurice Szafran.
Il leur aura fallu bien du temps pour diagnostiquer le narcissisme particulier de leur ancien dieu olympien. Et ses volte-faces incessantes. Dès son accession au pouvoir suprême, je l’avais surnommé dans ces colonnes, songeant à La Fontaine, «le président chauve-souris» : «Je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats !» Shakespeare écrivait : «Malheur au pays qui est gouverné par un enfant». William parlait de Richard III. Aujourd’hui les Richard peuvent appuyer sur un bouton et leur peuple qui ne s’aime plus vit dans un asile à ciel ouvert.


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